Publié dans Culture

Francophonisation - Le plus grand nombre d’Alliances françaises à Madagascar

Publié le vendredi, 25 novembre 2016

Madagascar est le pays qui a le plus grand nombre d’Alliances françaises dans le monde, selon la révélation de l’historien et artiste-plasticien Hemerson Andrianetrazafy, qui est aussi membre de l’ « Akademia Malagasy » tout en étant enseignant-chercheur à l’université, lors de la conférence-débat organisée mercredi dernier par la Fondation Friedrich-Ebert-Stiftung (FES) sur la francophonisation à la gare de Soarano. L’assistance était quelque peu ébahie
en entendant cette information qui n’a rien d’énigmatique.

En effet, la Fondation Alliance française (AF) dispose d’un réseau de 29 AF dans toute l’Ile. Une exposition-photo faisant connaître chacune d’elles se tient même dans le cadre du Sommet de la Francophonie dans la cour de l’AF d’Antananarivo, à Andavamamba, la plus ancienne de toutes. Sa création date de 1947.
Quatrième rang mondial
Patrick Stuby, un étudiant de l’université de Lausanne, Suisse, a présenté en 2014 un mémoire de « master of advanced studies » (MAS) en enseignement sur « Les usages de la langue française à Madagascar ». Il s’agit d’une étude dirigée par Dr. Célestin Razafimbelo, un enseignant-chercheur à l’Ecole nationale supérieur (ENS) d’Antananarivo. Voici l’avis de l’étudiant étranger sur ces Alliances françaises : « L’Alliance française est une institution de promotion de la langue et de la culture française à travers le monde. L’AF est fortement implantée à Madagascar. Avec 29 institutions, Madagascar trône au 4e rang mondial des pays possédant la plus grande densité d’AF. Cette organisation a d’ailleurs reçu le titre d’association reconnue d’utilité publique par le Gouvernement malgache. Un tel réseau d’Alliance française est la preuve qu’un lien étroit existe encore aujourd’hui entre la France et Madagascar. Nous avons eu l’opportunité de visiter l’AF d’Antsirabe.

Selon Célestin Razafimbelo, l’AF est le point central de l’enseignement privé du français à Madagascar. Son enseignement est plus efficace que celui dispensé dans les autres écoles. Tout le monde y va, autant l’administration publique, que les enseignants et les élèves. Cette information est confirmée par nos autres entretiens. Plusieurs interlocuteurs sont passés par l’AF, notamment pour obtenir le Delf (ndlr : diplôme d’études en langue française)/Dalf (ndlr : diplôme approfondi de langue française). Selon Soa, secrétaire de l’AF, toutes les classes sociales fréquentent l’Alliance Française. Des enseignants du collège viennent même y suivre des cours pour approfondir leurs connaissances et il existe des programmes de formation des maîtres FRAM
(lire ‘Association des parents d’élèves’) ».

Une escarbille
Cette description qui correspond parfaitement à la réalité incite à des réactions. Les différentes interventions qui ont eu lieu au cours du débat d’idée à Soarano ont effectivement mis en exergue la sensibilité des nationaux vis-à-vis du statut de dominé de la langue malgache, toutefois parlée exclusivement par plus de 90 % des Malgaches, vis-à-vis de la langue du colonisateur. Le français – maîtrisé par 6 % de la population, pratiqué occasionnellement par 15,87 % des habitants et parlé uniquement par 0,57 % de la population – est certes érigé en langue administrative et langue d’enseignement au pays. Les discussions étaient une occasion de rappeler avec insistance la place où mettre la langue et la culture malgache sans pour autant nier celles des autres. Nous en venons ici au besoin impérieux d’avoir pour le pays une politique d’aménagement linguistique claire à ce propos.D’aucuns se souviennent que, lors du lancement officiel de la célébration du mois de la langue malgache au siège de l’« Akademia Malagasy » à Tsimbazaza, le président de cette institution, le défunt Rajaona Andriamananjara, a remis au Président de la République Hery Rajaonarimampianina, un document stratégique portant sur la politique nationale de la langue malagasy. Il a alors prié instamment les hautes autorités à faire l’examen et l’adoption de cette proposition de loi par le Parlement malgache une des priorités du Gouvernement. En réponse à sa demande, le Chef d’Etat lui-même s’est solennellement engagé à faire le nécessaire dans ce sens. Mais sa déclaration n’était qu’une escarbille, du moins jusqu’à nouvel ordre. Rien n’est fait près de cinq mois plus tard, l’accueil du Sommet de la Francophonie étant passé pour une priorité absolue avant tout. « Les Malgaches souffrent d’une schizophrénie fonctionnelle. Ils agissent différemment de ce qu’ils disent », a dit sans ambages Hemerson Andrianetrazafy à ce sujet.

Verbiages sans lendemain
A vrai dire, nos parlementaires, durant cette session budgétaire finissante, sont encore occupés par le marchandage motivé par l’hypothétique acquisition des véhicules de fonction 4x4 contre l’adoption du projet de loi de Finances 2017, chose faite à l’Assemblée nationale avant-hier soir. Du coté du Sénat, aucun écho se rapportant à la politique nationale de la langue malagasy n’y est parvenu jusqu’ici. «Personne n’est venue pour nous secouer les puces
dans ce sens», a affirmé le sénateur de Madagascar Olivier Rakotovazaha dans un entretien privé. En revanche, il tenait à souligner que le Sénat peut réagir en conséquence si de simples citoyens de bonne volonté l’interpellent à cette fin. Interrogé, le sénateur de Madagascar Zo Rakotoseheno, président de la commission chargée de culture à la Chambre haute et non moins un ancien journaliste, a répondu que les discussions se rapportant à la proposition de l’« Akademia malagasy » ne sont pas encore à l’ordre du jour de son institution.

Manou Razafy

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