Publié dans Culture

Noely Sakelidalana - « Malgré mes problèmes oculaires, je ne cesserais jamais de chanter »

Publié le vendredi, 28 juillet 2017

Derrière ce « petit homme », mettant d’ardeur dans son travail et beaucoup de sérieux dans la musique, se cache un personnage généreux, souriant et drôle dans la vie quotidienne. Lui c’est Robiaritovo Tyd Noël, connu par ses fans par Noely Kely dans le groupe Sakelidalana. On reconnaît sa voix parmi des milliers. Cette personne ayant une tonalité simple comme celle d’un enfant, mais ornée d’une sagesse et d’une innocence inouïes, arrive à chanter une note très haute que seules les filles pourront exercer. Bref, Noely est unique en son genre. Cela fait maintenant cinquante-deux ans qu’il est derrière son micro, mais il est toujours impeccable, toujours cet artiste qui peut reprendre à sa manière tous les rythmes de chansons qu’on veut. Noely a actuellement plus de 60 ans et pourtant, il n’a jamais pris la retraite. Et ce, malgré son problème oculaire qu’il porte maintenant depuis 9 ans. Une difficulté qu’il assume et qui ne lui pose aucune gêne car il continue de vivre son quotidien normalement, à part son travail de couturier professionnel qu’il ne peut malheureusement plus exercer. Auteur et compositeur, Noely fait partie des artistes locomotives du Ba-gasy depuis les années 80 jusqu’à maintenant. Participant à l’édition 2017 de Tana in Love qui se déroulera demain au Palais des sports Mahamasina, il nous accordé une petite interview !

La Vérité : Pourriez-vous nous raconter votre début dans la musique ?
Noely : L’aventure a commencé en 1965. On n’était encore que des gamins et je me souviens bien de cette époque car je n’avais que 13 ans. On aimait chanter entre camarades, après les parties de foot dans les rizières juste à côté du village. On se donnait rendez-vous pour chanter du Vaky Sôva en groupe. C’était une habitude et l’on ne se séparait que très tard. Etant donné que la famille Rakotozanany Stanislas était locataire de la maison familiale de ma grand-mère, on se côtoyait souvent et il a apprécié ma voix. Il a détecté mon talent et puis il m’a proposé de chanter avec son groupe portant son nom. La formation a été créée en 1963 et je l’ai intégrée en 1965. A l’époque, on ne faisait que du Vaky Sôva et parfois du Vakodrazana et on aimait ça. On a voulu professionnaliser ce que l’on faisait et ça semblait marcher car le groupe Rakotozanany Stanislas était une des formations les plus connues de l’époque. Je me souviens de ma première apparition sur une grande scène. C’était à Antsahamanitra durant un événement « Bemiray » organisé par Ny Railovy. Le public nous a appréciés et cela nous a motivés pour continuer de l’avant dans la musique.
La Vérité : Vous avez ensuite rejoint le groupe Sakelidalana.
Noely : Effectivement, je suis plus connu par le grand public en tant que membre du groupe Sakelidalana. Ce dernier est en fait composé des derniers membres de mon ancienne formation, Rakotozanany Stanislas. Puisque son fondateur, un journaliste, ne pouvait plus continuer la musique à cause de sa vie professionnelle, il a dû quitter le groupe en 1979. Les autres membres dont moi ont par contre continué la musique. Je me souviens bien de ce moment car notre dernière chanson sortie était
« Voahangy ». Nous avons donc décidé de poursuivre notre bonhomme de chemin et mettant sur pied le groupe Sakelidalana en 1980. On a choisi ce nom par hasard car à l’époque beaucoup nous appelaient sans raison Sakelidalana.  On a pris la décision de nommer la formation ainsi car c’est un nom plus proche de la bouche du public. Nous avons ensuite repris le morceau « Voahangy » et c’était un grand succès auprès du public. Je pourrais dire que c’est seulement le nom qui a changé mais le feeling et l’ambiance sont restés les mêmes. C’est aussi à ce moment qu’on a décidé de se consacrer plus au Ba-gasy, un rythme choisi par amour de la culture malgache mais surtout pour sa musicalité. Nous avons ensuite sorti plusieurs titres et des clips et des albums.
La Vérité : Combien d’albums avez-vous réussi à sortir ?
Noely : En réalité, nous nous sommes plus consacrés à la création mais pas trop sur l’enregistrement en studio. Nous comptons plusieurs chansons, étant donné que la plupart des membres sont auteurs. Mais nous ne les avons pas encore publiées, dans les médias. De plus à l’époque, il n’y avait pas encore d’Internet. Au total, nous avons réussi à sortir 3 albums dont le premier s’intitulant
« Voahangy »  est sorti en 1998. En 2000, le groupe a sorti le volume de 2 « Nandalo teto ve », produit par Studio mars. Le dernier album en format Cd est « Sakelidalana chante Rakotozanany Stanislas ». Cet opus est une reprise de toutes les anciennes chansons du groupe avec d’autres touches musicales. Les morceaux ont été réenregistrés en studio, réarrangés. Par ailleurs, nous avons déjà aussi sorti plusieurs disques 45 tours bien avant les Cd, c’est-à-dire en 1982, comme « Azafady ry sakelidalana », « Fitia manalasala », « Zovy », « Vazon-dravalovotaka », ou encore « Vetso sara-dray ». 
La Vérité : Concernant les tournées…
Noely : Jusqu’à maintenant, nous avons réussi à effectuer plusieurs tournées dans la Grande île et aussi à l’étranger. Notre première sortie du territoire malgache était en 1988. C’était en France, lors du premier festival de la Francophonie. Cette grande première a marqué ma vie et j’en remercie Dieu de m’avoir donné cette chance de pouvoir partir à l’étranger car sans la musique et le talent qu’il m’a donné, je n’aurais jamais réussi. Cela fait maintenant 3 fois qu’on a effectué des voyages à l’étranger, en France mais aussi en Suisse. 
La Vérité : Quels sont les thèmes que vous évoquez souvent dans vos chansons ?
Noely : Comme je l’ai dit, Rakotozanany Stanislas était un grand journaliste et puisqu’il était un grand patriote, on parlait souvent du « Maha-Malagasy » dans nos chansons. Nos œuvres étaient plus ou moins revendicatives. Il a voulu que la formation soit une vitrine de la morale, la culture et la musique malgache et jusqu’à maintenant, cela ne change pas même si on parle d’autres thèmes notamment l’amour dans nos chansons. Puisque la vie était dure, à l’époque, et que les artistes menaient leur part de responsabilité afin de dénoncer les injustices à travers leurs œuvres, les Sakelidalana se consacraient aussi à cette lutte. Nous nous sommes inspirés de la réalité sociale et politique que nous extériorisons à travers nos morceaux.
La Vérité : Vous avez une voix et un timbre vocal hors du commun. Pourriez-vous nous révéler le secret de son entretien ?
Noely : Effectivement, j’ai cette voix un peut aigüe qui ressemble à un jeune homme n’ayant pas encore atteint son adolescence. Beaucoup même me taquinent avec ma voix. Tout d’abord, je remercie encore le grand Dieu de me donner encore la force de pouvoir chanter comme je le fais car à mon âge, il serait bien difficile de chantonner ainsi. En fait, il n’y a pas vraiment de secret mais j’entretiens depuis toujours ma voix. Je ne bois jamais d’alcool et je ne fume pas. Aucune goutte d’alcool ni aucun joint n’ont touchés ma langue et ma bouche depuis toujours jusqu’à maintenant. J’ai toujours évité les aliments excitants comme le poivre, le piment ou encore le gingembre. J’adore aussi chanter et chaque fois que je n’ai rien à faire, je me mets au chant. Ce qui me permet de maintenir ma qualité vocale.
La Vérité : Les collaborations artistiques ?
Noely : Depuis toujours jusqu’à maintenant, je n’ai jamais eu de problème avec les autres. groupes. Que ce soit l’ancienne ou la nouvelle génération d’artistes, je suis toujours ouvert à toute collaboration artistique. J’ai par exemple déjà chanté avec Volatiana, Bodo, Abel Ratsimba et bien d’autres encore. Et pour ce Tana in Love, je chanterai encore avec plusieurs jeunes artistes et je trouve cela merveilleux.
La Vérité : Votre problème oculaire pose-t-il un problème sur votre carrière musicale
Noely : Jamais ! Cela fait maintenant 9 ans que je suis complètement aveugle mais je continue toujours de chanter. Au contraire, ça ne me pose aucun problème car je peux toujours faire ma musique avec ou sans mes yeux. Dieu l’a voulu ainsi et je le remercie toujours car il juge que c’est bien pour moi. Je voudrais même dire ce mot pour les lecteurs :
« Na sompatra aza ny natiora, manao izay analam-baraka, Noely dia mbola mihira, raha tsy Jehovah no maka ! ». Tout simplement pour dire que tant que je suis en vie, et que j’aurai de la force, je continuerai toujours de donner le meilleur de moi-même dans la musique. Jusqu’à maintenant, j’écris toujours des chansons et mon fils m’aide beaucoup dans la réalisation. Il enregistre sur un dictaphone ma voix et les paroles sur son bloc note et on le travaille ensemble jusqu’en studio. Dès fois, je mets deux jours à écrire une chanson et parfois ça dépasse le un mois. Néanmoins, je ne peux plus exercer mon métier de couturier. On va dire que j’ai pris ma retraite (rire) et quand je ne suis pas en tournée ou en studio, je passe mon temps à écouter la radio Vaovao Mahasoa (Rvm).
La Vérité : Le Ba-gasy a-t-il toujours sa place dans le monde du showbiz ?
Noely : Bien sûr que oui. Même si on n’entend pas souvent ce genre de musique à la radio, le Ba-gasy occupe toujours une grande place dans le monde du showbiz national. Pour preuve, d’autres grandes formations sont toujours très célèbres malgré l’existence d’autres rythmes qui attirent plus les producteurs. D’ailleurs, en ce moment, les gens veulent plus de musique qui font bouger. C’est donc normal que les organisateurs événementiels se tournent tous vers eux et pas vers nous. Cependant, nous effectuons toujours des tournées dans la Capitale ou dans les régions sans faire des grandes publicités médiatiques.
La Vérité : Votre point de vue sur la musique actuelle
Noely : La musique malgache a été et est toujours meilleure. Chaque région dispose de son style et genre musical et cette richesse culturelle fait de nous un pays de l’inspiration et du talent. Ces genres sont tous appelés du Ba-gasy car ça reflète la culture malgache. Le seul inconvénient, les paroles de chansons. Par manque de qualité et d’inspiration ou tout simplement de culture générale, on n’utilise plus la musique pour éduquer mais pour amuser. Je me souviens de l’époque où régnait la censure.  On ne pouvait même pas dire « chien » dans nos paroles. De 1963 jusqu’à 1972, tous les auteurs devaient présenter leurs œuvres à la commission d’écoute du gouvernement avant de les diffuser sur les ondes. On passait même des auditions auprès de ce comité pour vérifier l’arrangement, la qualité de la musique et surtout les textes.
La Vérité : Quel genre de père êtes-vous?
Noely : Je suis le genre de père qui ne veut que du bonheur pour sa famille. Je suis strict et parfois sévère surtout quand il s’agit de l’éducation de mes petits-enfants. Je suis marié à une seule femme et j’ai un seul garçon qui se consacre actuellement à la musique avec moi. Il est aussi membre de mon propre groupe faisant de l’évangélique mais aussi du Sakelidalana. Je suis le grand-père de deux petits anges : Aina et Tita. J’aime beaucoup mes petits enfants et j’espère qu’ils se mettront aussi à chanter comme leur père. 
La Vérité : Tana in Love 2017…
Noely : C’est un grand plaisir et un honneur pour moi que l’organisateur réserve une partie pour moi dans ce grand concert. J’ai depuis le début participer à ce concept Tana in Love et à ce comeback, je suis toujours à l’affiche et je suis fier de partager de nouveau la scène avec mes amis artistes. Le show va être exceptionnel et je promets de me donner à fond pour le spectacle. Une occasion pour les fans de me voir dans la peau d’autres chanteurs.

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'indiquer les informations obligatoires (*).
Le code HTML n'est pas autorisé.

Fil infos

  • « China-Africa Investment Forum » à Marrakech - Andry Rajoelina au rendez – vous des décideurs
  • Politique étrangère du régime Rajaonarimampianina - Au ras des pâquerettes !
  • Gouvernement - Mamy Ratovomalala pressenti ministre
  • Trafic de bois de rose - Un colonel et un ex-chef de District déférés devant la Chaîne pénale
  • Ressources minières - Madagascar, premier exportateur mondial de saphir
  • Assaut de la prison d’Ikongo - Condamnation unanime des magistrats et des pénitentiaires
  • Pension de retraite pour les parlementaires - Bottée en touche par l’Exécutif
  • Féculerie de Marovitsika Moramanga - Vive tension autour des terrains agricoles
  • Affaire de Claudine Razaimamonjy - Un ancien responsable des marchés publics en prison
  • Refus d’une décision de justice - 800 personnes prennent d’assaut la prison d’Ikongo

Editorial

  • Canular !
     Et la farce continue. De mascarade en mascarade, les hommes du pouvoir mènent en bateau les 25 millions de Malagasy. Des numéros, très maladroitement interprétés, au lieu d’égayer la galerie, offusquent. La comédie vire à la pitrerie. La sauce mayonnaise tourne. C’est raté ! Iavoloha, mordicus et contre vents et marées,  persiste et signe de sa volonté à tripoter la Constitution. Ayant butté à une fin de non recevoir de la part des partenaires nationaux soutenus par la Communauté, les dirigeants aux cravates bleues ne désarment point. Pour contourner la chose, ils sont en train de mettre sur pied une nouvelle tactique. En effet, Iavoloha passe le relais aux parlementaires patentés au pouvoir. Les députés et sénateurs  proches du régime cogitent un plan machiavélique en vue de « toucher » à la Loi fondamentale. 

A bout portant

AutoDiff