Publié dans Dossier

Commune de Betsiaka - Rajaonarimampianina face à la réalité

Publié le mercredi, 18 octobre 2017

En cette fin de semaine, la commune rurale de Betsiaka revient au devant de l’actualité nationale. C’est dans cette localité située entre Ambilobe et Vohémar dans la partie nord de Madagascar que l’ancien Chef d’Etat malagasy, le Professeur Zafy Albert sera inhumé ce samedi. Sauf changement, le Président de la République, de retour de son séjour en terre romaine, devrait assister aux obsèques, à la tête d’une forte délégation étatique. Un déplacement longtemps attendu par les villageois.  Des firmes chinoises exploitent depuis plusieurs mois de l’or dans cette localité, en expropriant les résidents locaux.  Certaines rumeurs laissaient également entendre que des prospections étaient menées par les chinois dans le périmètre où est situé le caveau où l’ancien chef d’Etat sera enterré… 

A l’époque, les villageois de Betsiaka, en désarroi, peinaient à faire entendre leurs craintes et appels au secours des hauts dirigeants malagasy. Jusqu’à dernièrement, de nombreuses voix laissent entendre que des quantités énormes d’or sortent régulièrement des mines de Betsiaka.  Longtemps enfermé dans sa tour d’ivoire, le Président de la République aura l’occasion de faire face à la réalité à l’occasion de son déplacement dans cette partie de l’île. Près d’une tonne d’or a été déclarée pour le premier semestre 2017, selon les chiffres officiels.  Une dizaine de tonnes d’or sortent illicitement de nos aéroports, de l’aveu même du Premier ministre Mahafaly Solonandrasana Olivier, récemment.  L’or de Betsiaka figurerait-il dans ces 10 tonnes ? Alertés par citoyens d’Ambilobe sur l’existence d’exploitation aurifère hors de contrôle, des journalistes du Mouvement pour la liberté d’expression avaient mené des investigations dans cette commune rurale de la Région du Diana, à la pointe Nord de l’île.. C’était au mois de novembre 2016...
Betsiaka-Ambilobe
Sur la piste des pirates de l’or
Comme ce qui s’est passé pour le cas de Bealanana, ce sont des sonnettes d’alarme, émanant des gens originaires d’Ambilobe et faisant état d’exploitations aurifères en dehors de tout contrôle, qui ont amené les journalistes du Mouvement pour la liberté d’expression (Mle) à mener des investigations dans la Commune rurale de Betsiaka, située dans Région de Diana, à la pointe Nord de l’île. Sur place, il est apparu que tous les ingrédients étaient réunis pour parler de l’existence de véritables « pirates de l’or », ces derniers non seulement exploitent un périmètre attribué à autrui, mais se livrent aussi à de véritables rackets sur les petits exploitants locaux. Les produits ainsi collectés sont alors embarqués périodiquement par hélicoptère pour une destination inconnue. Encore une fois, des opérateurs chinois se retrouvent mêlés à ce scandale, mais aussi une société malgache du nom de « Madagascar Mining » dirigée par un certain T.B., un originaire de la région qui semble être le grand manitou dans l’affaire.
Une fois à Ambilobe, localiser l’endroit où l’on peut trouver l’exploitation en question ne présente aucune difficulté, la population locale sait d’emblée de quoi il s’agit dès qu’on aborde le sujet en quelques mots. Le campement des Chinois est repérable de très loin, avec leurs gros engins prêts à s’ébranler. Comme il fallait s’y attendre, la récolte d’informations n’a pas été des plus faciles car même les prises d’images et de son ont été interdites. C’est donc en caméra et micro cachés que s’est effectué l’entretien avec la Dame V., l’interprète des exploitants chinois. L’on ne sait s’il s’agissait d’une consigne qui lui a été donnée ou c’était par simple crainte, mais cette dernière a refusé catégoriquement de donner le moindre renseignement sur la société qui l’emploie (dénomination, effectif). Malgré les évidences, elle a soutenu que l’exploitation n’a pas encore commencé. Ce qui sera contredit par la réalité sur le terrain.
C’est sur indications des habitants que la carrière proprement dite a été repérée et c’est là qu’ont été surpris des matériels d’extraction tournant déjà à plein régime. L’employé rencontré sur place, plus coopératif que sa collègue interprète, a alors révélé l’existence de « problèmes » avec la population locale, celle-ci s’opposant à l’installation des Chinois sur les terrains qu’elle exploite depuis longtemps. L’on apprend en effet que, il y a environ trois mois, des manifestations en ce sens s’étaient déjà tenues et c’est ce qui explique que l’exploitation mécanique se limite, pour l’instant, sur une surface limitée en bordure d’un cours d’eau. Ce, en attendant que « les habitants se calment »… Quant aux ressortissants chinois qui ont pu être croisés aux environs, ils prétendront ne parler ni le français, ni l’anglais et encore moins, bien évidemment, le malgache. Chose curieuse cependant, lorsqu’il leur a été annoncé  -  dans la langue de Rabearivelo  -  que le reportage qui est effectué va être diffusé partout dans le monde, ces descendants de Mao ont tout de suite compris et se sont empressés d’essayer d’amadouer l’équipe de journalistes.
Si, à ce stade, il est bel et bien établi que l’entreprise chinoise se livre à une exploitation aurifère à Betsiaka, jusque-là, les recherches menées en son sein en vue de connaître la manière dont elle a pu s’y installer sont restées infructueuses. Visiblement, le mot d’ordre semble être « pour vivre heureux, vivons cachés ». Il a donc fallu orienter les investigations vers les notables du fokontany d’Andrafialava, la petite localité abritant la carrière exploitée. Et ce n’est que là que certains points, mais pas tous, se sont éclaircis. Comme à Soamahamanina et Bealanana, les impacts sur le plan social et celui environnemental sont dramatiques.         

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Editorial

  • Nuisible réseau
    Contre-productif. Le réseau de la filière « riz » va à l’encontre de la saine production de cet aliment de base des 24 millions de Malagasy dans le pays. Au lieu de jouer le rôle de levier à la croissance, il fait obstacle. La population souffre, de manière chronique, de l’insuffisance de ce produit vital pour la consommation quotidienne. Le « kapoaka » ou le kilo s’achète à prix d’or sur le marché.

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