Publié dans Dossier

Parc national d’Andasibe Mantadia - D’anciens parlementaires derrière les exploitants illicites

Publié le dimanche, 10 mars 2019

En recrudescence durant les périodes de soudure. Les coupes illicites de bois auprès du Parc national d’Andasibe Mantadia gagnent de l’ampleur durant la période de soudure. Les agents patrouilleurs de cette aire protégée, avec l’appui des Forces de l’Ordre, renforcent les surveillances pour y remédier. Des suspects sont déjà placés sous mandat de dépôt. Toutefois, la poursuite s’avère difficile avec l’intervention de certains élus de cette localité au niveau du Tribunal. Puisque ce parc national fait partie des 43 aires protégées sous tutelle de Madagascar national parks (MNP), cet organisme renforce ses activités dans la préservation, au profit des communautés villageoises. La restauration forestière constitue une issue pour faire face aux défrichements et coupes sélectives d’arbres au sein des aires protégées.
Pour information, le parc national d’Andasibe Mantadia et celui d’Analamazaotra étant les plus accessibles puisqu’ils sont localisés à 135Km d’Antananarivo, à abriter des espèces endémiques. Le « Babakoto » ou « Indri Indri » fait partie des 14 espèces de lémuriens qui y trouvent refuges. A cela s’ajoutent les oiseaux et grenouilles menacés par les feux de forêts.  Les parcs comptent de nombreux circuits accessibles aux visiteurs et touristes à un tarif d’entrée de 2000 ariary pour les malagasy et à 45 000 ariary pour les étrangers. En 2018, le parc d’Andasibe Mantadia a enregistré 33 700 visiteurs.


Huit cas de défrichement et 1 cas de coupe sélective en 2018. C’est ce que le Poste avancé de la Gendarmerie d’Andasibe a enregistré l’année dernière. « Les coupes illicites de bois existent tant dans les aires protégées que dans les parcs privés. Des personnes ont déjà été appréhendées et poursuivies en justice pour ce faire. D’autres restent non identifiées jusqu’à maintenant », avance le Gendarme Principale de première classe (GP1) Randriamiarana Yvon René,  Chef dudit Poste avancé. Les exploitants illicites proviennent des Communes environnantes, à savoir Andasibe et Ambatovola. Les cas de défrichement ont toutefois baissé ces dernières années, quoi que des anciens parlementaires soient derrière les exploitants, selon les informations. « Ces parlementaires font des interventions auprès du Tribunal afin de libérer ou alléger les peines des suspects pour défrichement et coupes illicites, comme le cas en 2017. D’un autre côté, ils envoient des personnes pour collecter de l’argent auprès des villages afin d’assurer la protection des inculpés », ajoute ce sous-officier.
Le dernier cas de coupe illicite enregistré auprès de cette aire protégée gérée par le MNP date du 1er février 2019. D’ailleurs, cette information a été largement véhiculée sur les réseaux sociaux, mais avec des renseignements erronés. « L’arbre coupé étant un « Ambora », un bois d’œuvre destiné pour la construction de meubles et tombeaux, et non un palissandre. En fait, les auteurs de cet acte ont voulu avoir du miel en cette période de soudure, au point de couper ce grand arbre âgé de plus de 100 ans », souligne Rabemila, agent de parc auprès d’Andasibe Mantadia. « Celui qui a effectué cette coupe est actuellement placé sous mandat de dépôt puisque toute chasse, destruction ou autres gestes déplacées auprès d’une aire protégée est interdite par la Loi en vigueur », ajoute ce responsable. D’après cet agent patrouilleur, ils notent 5 à 10 coupes illicites par mois.
Surveillances et préservation
Dix huit agents de parc pour 16 354 Ha de surface
Un effectif restreint. Le parc national d’Andasibe Mantadia, ouvert depuis 1989, s’étale sur une surface de 16 354Ha. 18 agents du parc y travaillent pour assurer les patrouilles à l’intérieur de cette aire protégée. Ils s’assurent également des sensibilisations et présentation du Code des aires protégées (COAP) auprès des villages environnants, afin d’intégrer la population dans la préservation. Ils effectuent les patrouilles à pied ou en voiture. Un tour de patrouille peut durer 10 jours de marche en pleine forêt. Pourtant, les agents ne sont munis que de « coupecoupes ».
Par ailleurs, le Comité d’orientation et de soutien des aires protégées (COSAP) collabore étroitement avec le MNP dans la protection des parcs nationaux, dont celui d’Andasibe. Ledit Comité regroupe des opérateurs, services techniques déconcentrés et autorités. Comme les agents de parc, ils assurent les sensibilisations sur le COAP aux villageois ou encore sur l’importance de la préservation des forêts. Les avantages tirés grâce aux aires protégées, sont l’affluence des touristes et la lutte contre le changement climatique, font également partie des sujets de ses sensibilisations. « Les habitants vivaient grâce au culture sur brulis pendant des années. Certains continuent à perpétuer cette pratique destructrice, d’où l’importance des sensibilisations. D’ailleurs, les habitants sont encouragés à soumettre des projets d’activités génératrices de revenues au lieu de dépendre de l’assistanat », avance Abdoul Kader Ismael, Vice- Président du COSAP. Aussi, ce dernier sert de médiateur entre le MNP et les communautés villageoises en cas de conflits. C’était le cas à Ambatovolo, où un litige foncier encouragé par des parlementaires a fini au Tribunal.
Restauration forestière
Le MNP comble les pertes
10 430 Ha de pertes forestières en 2017. La gestion des feux constitue une problématique auprès des parcs nationaux, outre les coupes illicites et défrichements. « Sur les 64 000 points de feux en 2017, environ 1900 ont été enregistrés auprès des 43 aires protégées sous la gestion du MNP. A cela s’ajoutent les 14 400 pieds coupés lors des coupes sélectives d’arbres maturés en 2018. Pour Andasibe, environ 26 Ha de surface, toujours l’année dernière, ce qui s’avère moins alarmant que celle dans les autres parcs nationaux », informe le Dr Mamy Rakotoarijaona, Directeur des opérations techniques auprès du cet organisme. Face à cette situation, le MNP envisage de combler ces pertes à travers le reboisement et la restauration forestière. « Sur les 40 000 Ha de surfaces à reboisement cette année, 20 000 Ha seront couvertes par le MNP et ses partenaires », précise ce spécialiste. Ils ont ainsi débuté la campagne de restauration forestière à Andasibe, où 2Ha de surface ont été reboisés de jeunes plants de « Harongana », « Mantalia », etc., le 1er mars dernier. La mobilisation des communautés villageoises était au rendez-vous à l’occasion.
Réalisé par Patricia Ramavonirina

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Editorial

  • Intouchables ou impénétrables !
    La réelle volonté d’assainir le régime existe-t-elle vraiment ? La détermination du Président Rajoelina Andry de traduire en actes le Velirano (point XI) est-elle concrètement partagée avec toutes les autorités compétentes notamment celles chargées de traquer les auteurs de malversations financières ou autres ? On a la triste impression que la culture de l’impunité dans le « jardin » de la République serait, le conditionnel est de rigueur, encore et toujours florissante. Tout comme la culture du chanvre dans la grande forêt du Nord où les « cultivateurs » n’ont pas de souci à se faire. L’immunité dont bénéficient les hauts responsables ou les parlementaires du pays devient une sorte de bunker impénétrable.

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