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Destruction du parc d’Ankarafantsika - La situation s’empire 

Publié le lundi, 29 juillet 2019

Rien n’a changé ! Les autorités de la Région restent impuissantes. Le danger est toujours imminent. Jusqu’à maintenant, la pression sur le parc d’Ankarafantsika continue. Au mois de juin dernier, après une descente sur terrain, des journalistes ont tiré la sonnette d’alerte face à la situation alarmante que ce parc subit actuellement. L’objectif étant de conscientiser les différents niveaux d’autorités sur la gravité des choses pour qu’ils trouvent une solution adaptée. Cette conscientisation a quelque peu réussi.  Cependant, étant toujours résolus, les destructeurs du parc n’en font qu’à leur tête.
Dossier réalisé par Rova Randria
Après avoir franchi des kilomètres de routes ensablées, la limite du parc est maintenant nettement visible. Tout autour, plus aucune forêt n’est presque plus visible. On n’aperçoit plus que des arbres isolés, tous noirs après des feux de brousse répétés. Vu l’état des lieux, il ne faut pas s’étonner que les « réfugiés du climat »  - ces personnes qui sont contraintes de quitter leur Région natale parce que le climat ne leur permet pas de s’y épanouir - commencent à s’attaquer aux forêts du parc Ankarafantsika. A l’entrée de la réserve, un foyer de charbon est retrouvé. Des résidus sont encore éparpillés tout autour. Ils n’ont pas encore tout raflé. A quelques mètres de là, une partie de la réserve est retrouvée brûlée, détruite, complètement saccagée, et envahie par un champ de maïs.
« Pour ces prédateurs de la forêt, le mode opératoire est le même. Dans la nuit, ils partent en groupe. Ils brûlent la forêt. Et quand vient la pluie, ils plantent leurs graines. Nos agents ne s’en rendent compte que quand le maïs ou autres plantes poussent. A ce jour, ils ont déjà détruit presque la majorité des alentours du parc. Et maintenant, ils commencent à dépasser la limite du parc. Malheureusement, aucune mesure n’a jusque-là permis d’éradiquer complètement cette mauvaise pratique », se désole le docteur Mamy Rakotoarijaona, directeur général de l’organisme Madagascar National Parks (MNP), lors d’une descente sur terrain la semaine dernière pour constater de visu la gravité de la situation.


Insécurité
Toutes les méthodes ont été essayées, mais sans succès. La méthode douce de la discussion et de la sensibilisation est inutile puisque ces gens fuient (ou presque) tout échange. Il en est de même pour la méthode forte. « En 2018, la Préfecture de Mahajanga a en effet sorti une réquisition stipulant que toutes les cultures illicites à l’intérieur du parc devront être détruites. Ainsi, avec l’appui des Forces de l’ordre, nous avons pu mettre fin à leurs activités. Cette destruction de culture s’est étendue jusqu’au début de l’année, aux mois de janvier et février, avec le défrichement de 67 hectares », a précisé Jaotera, directeur du parc Ankarafantsika. Mais rien n’a changé ! Au contraire, ils ont également riposté par la violence, générant ainsi une insécurité continuelle sur toute la région du parc.
Une insécurité qui se répercute sur les communautés environnantes. « Depuis leur arrivée, l’insécurité s’est doublement intensifiée dans notre Région. Comme ils arrivent les mains vides, ils nous dépouillent de nos biens. Depuis 2017, les vols de bœufs se sont multipliés. Nous n’avons pas beaucoup de biens et ils nous prennent encore le peu que nous avons. Cette année, le dernier cas remonte au mois de mars dernier. Là, ils ont pris près de 70 bêtes. Si cela continue, nous n’aurons plus rien, déjà que nous n’avons pas des infrastructures de base comme les routes ou les centres de santé. Bientôt, nous n’aurons plus de quoi se nourrir », se lamente Richard Lehizandry, président du fokontany d’Andranomiditra, le fokontany situé au plus près de la limite du parc, soit à 7 km.
Sous-effectif
Cette incapacité à résoudre ce problème résulte plus particulièrement du sous-effectif des agents du parc ainsi que celui des Forces de l’ordre. « Nous n’avons qu’une vingtaine d’agents pour surveiller tout le parc qui fait plus de 136 000 hectares. Rien d’étonnant s’ils n’arrivent pas à passer au peigne fin tout le parc afin de veiller à ce que personne n’entre pour le détruire. Et comme ces « réfugiés du climat » n’attaquent qu’en groupe de 20 à 50 personnes, il est un peu difficile pour nos agents de les affronter directement », détaille le directeur général de MNP. Il en est de même pour les Forces de l’ordre. Le MNP travaille de près avec la Gendarmerie nationale et la Police nationale. Pourtant, le nombre de gendarmes envoyés pour assister les agents du parc est très limité. Surpassées en nombre, les Forces de l’ordre restent donc impuissantes face aux attaques de ces « réfugiés du climat » qui, en plus de leur grand nombre, sont de surcroît armés.
Grands opérateurs
En tout cas, l’hypothèse que des grands opérateurs se cachent derrière tout cela tient encore la route. Mais jusque-là, les autorités dont le ministère de l’Environnement et du Développement durable n’ont pas encore pu les identifier. « Ces personnes qui viennent migrer dans la Région ne le font pas par plaisir mais par nécessité. Et il y a ceux qui profitent de la situation. Ils exploitent ces gens qui finissent par s’attaquer à notre patrimoine naturel. En tout cas, j’ai déjà pu discuter avec les grands opérateurs industriels dont la principale matière première utilisée est le maïs. Et nous avons conclu que désormais, ils achèteront des produits traçables en termes de provenance mais aussi de producteur. L’idée est notamment de lutter contre ces exploitants informels, profiteurs de la situation. Et si aucune industrie n’achète leur produit, ils finiront par se décourager. En plus, il ne faut pas oublier qu’Ankarafantsika n’est pas un cas isolé. Le même phénomène est observé dans les réserves de Menabe Antimena et de Bongolava Maitso. Il faut alors trouver une solution applicable partout », explique Alexandre Georget, ministre de l’Environnement et du Développement durable, vendredi dernier au parc national d’Ankarafantsika.
Un seul lieu
Actuellement, la solution de regrouper ces migrants sur un seul et même lieu est aussi en cours de mise en œuvre et discutée par les différentes parties concernées. Effectivement, les zones aux alentours du parc national d’Ankarafantsika sont tout à fait exploitables. « Nous ne sommes contre aucune migration dans la Région. Notre unique souci est la destruction du parc. Nous sommes alors à la recherche d’une solution commune qui conviendrait à tous. Le regroupement de tous ces " migrants " est en cours d’élaboration. Ce regroupement en un seul lieu permettra notamment de délimiter la zone d’habitation et les zones de production, bien évidemment en dehors du parc. Ce regroupement sera accompagné d’une assistance technique pour être vraiment efficace. Mais là, nous sommes encore en train de voir la possibilité de réaliser tous ces projets », soutient Lahiniaina Fitiavana Ravelomahay, préfet de Mahajanga. En les regroupant en un seul lieu, les autorités pourront donc mieux régulariser les déplacements en amont et en aval dans la Région, tout en préservant la limite du parc. En plus, cette Région est fertile, et ce, sans avoir recours aux feux de brousse. L’objectif est de leur offrir une source de revenu pour qu’ils ne détruisent plus le parc par nécessité.
Ces réactions et initiatives doivent alors être immédiates parce que tout un système de production repose sur le parc d’Ankarafantsika. En effet, la plupart des plaines de la région comme Marovoay, soit 90 %, puisent de l’eau dans ce parc. La destruction de ce dernier mènera à la sécheresse de toute la Région qui sera également ensevelie sous le sable. 
Petite description :
Le parc d’Ankarafantsika s’étend sur 136 513 hectares. Il se compose surtout de forêts denses sèches, de savanes et de lacs permanents. Et depuis 2017, il est catégorisé comme site Ramsar avec ses 16 espèces endémiques locales et régionales. Ce sont surtout les adeptes d’oiseaux qui viennent visiter le parc. Pour ce premier semestre, il a recensé 68 000 visiteurs dont la plupart sont des étrangers en provenance de la France ou encore de l’Allemagne.
Quelques statistiques de recensement
Coupe illicite : 2 476 diamètres d’arbres
Carbonisation : 218 sacs de charbon
Braconnage : 5 cas
Infractions rapportées : 30
Zones brûlées : 1 456 hectares
Points de feu détectés : 141

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Editorial

  • Enfin, du changement !
    Le verdict est tombé ! Le pouvoir sous la direction de Rajoelina Andry Nirina abrogea, ce mercredi 14 août 2019, en Conseil des ministres le décret n°2017-096 du 26 avril 2017 portant nomination du directeur général de la Compagnie nationale Jiro sy Rano Malagasy (JIRAMA) Olivier Jaomiary. Nommé il y a deux ans et quatre mois de cela, le 26 avril 2017, sous le régime HVM, Jaomiary Olivier n’a pas réussi à convaincre ni le pouvoir en place, issu de la dernière élection, ni l’opinion publique notamment les usagers. Un moment, se croyant être indéboulonnable de son poste, au-dessus de toute tentative de limogeage, le désormais ex-DG de la JIRAMA finit par se faire rattraper en raison de son incompétence à redresser la Compagnie, mission principale qu’on lui avait confiée.

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