Publié dans Economie

Personnes à mobilité réduite - Une discrimination omniprésente

Publié le vendredi, 23 février 2018

Plus de 10 % de la population malagasy, soit 2 millions de gens sont aujourd’hui des personnes en situation de handicap (Psh). Leur handicap peut être physique ou mental. Mais dans les deux cas, leur intégration dans la société demeure toujours difficile. Actuellement, prendre le bus, par exemple, est encore un luxe que les personnes à mobilité réduite ne peuvent se permettre. Entre l’absence d’infrastructures adaptées à leurs besoins et le regard discriminant de leur entourage, leur inclusion risque encore de prendre du temps autant dans le milieu social que dans le milieu professionnel. Pourtant, la Convention internationale relative aux droits des personnes handicapées a déjà été ratifiée dans le pays depuis 2014, mais son application tarde à se manifester.

L’application de la Convention internationale en attente depuis 2014
Même avec toutes les avancées technologiques, la situation reste encore critique pour les personnes en situation de handicap (Psh). Effectivement, pour un pays en voie de développement comme Madagascar, les priorités de l’Etat ne se focalisent pas sur les minorités. Ainsi, plus de 80 % des établissements publics ou privés dans la Grande île ne prennent pas en compte l’accessibilité des personnes à mobilité réduite, comme les établissements scolaires, les bâtiments ministériels, les bureaux administratifs, les hôpitaux, et même les centres commerciaux et les aéroports dont la majorité ne disposent pas de rampe d’accès ou d’infrastructures adéquates.
Pour cause, aucun budget spécifique n’est alloué à cet effet. Quant à la Convention internationale relative aux droits des personnes handicapées, elle n’est pas encore appliquée dans le pays. D’après les propos de notre source, « la ratification de cette convention a déjà été signée par le Président de la République lui-même en 2014 après une série de négociations engagées par les différentes associations et Ong défendant les droits des Psh. Toutefois, c’est le décret d’application de cette convention qui tarde à sortir. Elle doit encore passer par le Conseil du Gouvernement et l’Assemblée nationale. Donc, jusque-là, nous sommes toujours en phase de négociation dans le but d’obtenir ce qui nous est dû ».
Aujourd’hui, les handicapés ne peuvent pas encore jouir pleinement de leurs droits et doivent se contenter de subir toutes les choses qui leur sont affligées, plus particulièrement la discrimination au niveau de la société. Ils sont soumis à des rudes épreuves dans leur quotidien et doivent se débrouiller par leurs propres moyens.

Le transport en commun : un problème permanent
Le bus est aujourd’hui le moyen de transport le plus utilisé dans la Capitale. Mais pour les personnes en situation de handicap (Psh), c’est encore un luxe qu’elles ne peuvent pas s’offrir. Considérées comme une charge, un bon nombre de bus refusent de les transporter. « Certains bus nous fuient pour éviter de nous transporter », témoigne Jean Rakotoson, une personne avec un handicap physique. Il continue en ajoutant : « Avec mes béquilles, je prends énormément de temps pour monter et descendre de la voiture, et les transporteurs le savent bien évidemment. Ainsi, ils préfèrent ne pas me prendre pour éviter de perdre du temps ». Pour les étudiants handicapés en fauteuil roulant par exemple, aucun bus ne veut les transporter. Ils sont donc forcés de se faire pousser d’Antanimena à Ankatso. Au final, ils se retrouvent toujours en retard et n’arrivent plus à suivre leurs cours à temps. Toutefois, quand un autobus daigne les prendre, ils doivent se contenter des places qui restent, aussi inconfortables soient-ils. « Avant, nous avons eu le privilège d’avoir les places du fond étant donné qu’elles sont plus accessibles. Mais actuellement, les gens ne se soucient plus de cela et nous devons nous adapter à la situation », affirme Tsiry, un malvoyant.
Le projet « Lamina »
C’est pour remédier à ce genre de situation que le projet « Lamina » ou « Lalanjotra miaty ny namana » a été mis en place. Il a pour objectif de faciliter l’accessibilité des Psh et à  les gens à mobilité réduites aux véhicules de transport en commun. A travers ce projet, toutes les personnes à l’image des transporteurs, passagers et même des responsables étatiques ainsi que les organisations comme les coopératives de transport et les auto-écoles, concernées de près ou de loin, ont alors été sensibilisées en vue d’atteindre cet objectif. Le projet a pris fin le mois de janvier dernier, mais les collaborations et les sensibilisations ont quand même continué.

Education : des abandons scolaires très fréquents
Actuellement, seulement 10 % des enfants en situation de handicap sont scolarisés. Et parmi eux, moins de 2 % arrivent à obtenir leur diplôme de baccalauréat et entrer à l’université. Les abandons sont effectivement très fréquents. « C’est le manque d’infrastructures adéquates facilitant l’accessibilité des Psh qui favorise ces abandons scolaires », affirme le président de l’Association des étudiants handicapés de l’université d’Antananarivo (Aehute), Ratsiresena Jacques Clogène. Effectivement, aucune école publique ou privée n’est aujourd’hui dotée d’une rampe d’accès pour faciliter la mobilité de ces enfants dans l’établissement scolaire ou encore d’infrastructures sanitaires répondant à leurs besoins. Par conséquent, au bout de quelques années d’études, les enfants se fatiguent. Ils finissent par se décourager et abandonner l’école.
Cependant, il existe ceux qui persévèrent et atteignent l’université. Pour faciliter leur intégration au sein du système éducatif, l’université d’Antananarivo a alors donné l’exemple en mettant en place des infrastructures pour permettre une meilleure circulation des étudiants handicapés. « Ces infrastructures résultent de la collaboration de l’Aehute avec la présidence de l’université d’Antananarivo et de l’appui financier de l’Union européenne », explique Clogène Ratsiresena. Cette collaboration a ainsi permis la construction d’une rampe qui mène vers la bibliothèque universitaire, la mise en place de matériels spécifiques pour permettre aux personnes non-voyantes de se documenter, mais également la rénovation des infrastructures sanitaires.
« En tout cas, c’est loin de suffire, surtout que le campus universitaire est essentiellement composé d’escaliers et de pentes. Ainsi, la mobilité des Psh reste toujours particulièrement difficile, notamment quand il faut changer de salle à chaque cours », continue-t-il. Malgré cela, aucun budget n’est dédié à cet effet, surtout que la mise en place d’infrastructures de ce genre requiert énormément de moyens financiers. « Le coût de la construction de la rampe a coûté plus de 45 millions d’ariary. Toutes ces infrastructures coûtent donc vraiment cher, ce qui fait que l’octroi de budget n’est pas encore vraiment d’actualité », affirme Clogène Ratsiresena.
Dossier réalisé par Rova R. et Anatra R.

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Editorial

  • Suicide collectif !
    En Occident (France, Suisse et Canada), un phénomène rare brisait l'émotion des gens. En effet, une secte communément appelée l'Ordre du temple solaire (OTS) fondé par Luc Jouret et consorts en 1984 parvenait à convaincre ses adeptes, apparemment fanatisés, à se suicider ensemble entre les années 94 et 97 faisant 74 victimes. Pour des raisons diverses, l'insolite phénomène « s'institutionnalise » au Japon.

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