Publié dans Editorial

Antécédent fâcheux

Publié le vendredi, 14 avril 2017

Jusqu’où cette « affaire Claudine » va-t-elle nous mener en bateau ? Quand l’évasion s’organisait par les soins même du pouvoir en place, on perd complètement le nord. Le Bianco et la Cpac, deux organismes spécialisés dans la lutte contre la corruption et le blanchiment d’argent, en vertu de l’indépendance qu’ils se sont investis, marquent courageusement leurs empreintes ainsi que leur « territoire », au grand plaisir des contribuables. En effet, les citoyens désabusés des pratiques délétères des dirigeants en place et leurs acolytes qui gravitent autour, se félicitent des actes de bravoure des hommes de main d’Ambohibao-La Piscine et ceux des 67ha.

Ils ont osé épingler les « intouchables » de la haute sphère du pouvoir. Nonobstant que la principale inculpée ait pu… s’évader, gracieusement, avec le concours bienveillant de monsieur le ministre de la Justice, en personne, en collaboration avec un autre du Gouvernement, c’est déjà ça ! Du jamais vu dans les annales de la République ! L’affaire continue de susciter les intérêts du public. On ose espérer que le processus suivra son cours normal. Que les interpellations continuent. S’il le faut, les braves gens de Bianco devraient traquer « les bêtes nuisibles » jusque dans leurs dernières tanières. Entreprise qui rappelle, étrangement, ces Brigades spéciales de la voirie, d’antan, qui quadrillait la ville pour dératiser les quartiers. La « chasse » n’est qu’à son début. De gros gibiers tapissent encore quelque part.

Nous ne sommes pas tous sans savoir que la bataille pour éradiquer ce mal endémique, la corruption, n’est pas du tout repos. Elle exige persévérance, patience et surtout ténacité. Les régimes successifs ont tous buté contre un mur en « béton armé » et essuyé, par la suite, un échec cuisant. Le fléau résiste. Comme dans toute chose qui démarrait, il a fallu un début. C’est le premier pas qui compte, dit-on, souvent. Ce fut fait malgré la tournure subite et fâcheuse qu’avait eue l’affaire en prenant tout le monde au dépourvu.

Un écueil de taille gêne la démarche, fort louable, d’Ambohibao. En l’occurrence, l’antécédent fâcheux suscité par le geste irresponsable des barons du régime dans le traitement du cas Razaimamonjy. Le fait d’organiser officiellement une évasion d’une personne, confiée aux bons soins de la Justice, et dont l’auteur de la fuite n’est autre que le patron de la Justice, lui-même, crée des vagues et des situations incompréhensibles qui dépassent, de très loin, les bornes de l’entendement. Dès lors que la cause avancée pour justifier l’évacuation urgente n’est qu’une maladie… imaginaire, le choc bat le record. Comment cette Institution, la Justice, va-t-elle gérer les cas à venir du même genre ? Comment pourrait-elle éviter le phénomène de Justice « à deux vitesses » ? Ou de « deux poids, deux mesures » étant les pires ennemis de la démocratie, de l’Etat de droit et de la justice sociale ! Le cas de Nivo Ratiarison, entre autres, nous rend tous bêtes : punir un accusé reconnu coupable et faire évader un autre, ayant commis le même délit. La liste est longue. Et l’opinion se fâche ! Nous ne nous étonnons nullement si le peuple prend en main la charge de juger, lui-même, les fauteurs de crime pris en flagrant délit. Ainsi, où va-t-il ce pays ?
Ndrianaivo

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Editorial

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