Publié dans Editorial

L’intouchable

Publié le vendredi, 19 mai 2017

C’est pratiquement impossible de s’éloigner, en ces temps-ci, de ce périmètre très sensible et trop sulfureux à l’intérieur duquel s’embourbe la grosse « affaire Claudine Razaimamonjy ». Un vaste clos de vase où pataugent les responsables étatiques, syndicats, sociétés civiles et l’opinion publique.

On parle en Inde, dans la profondeur de ce pays aux mille castes, d’un groupe d’individus de la classe des défavorisés de la société indienne appelés « les intouchables ». En effet, les éléments de la haute société ne peuvent ou ne doivent pas les approcher ni les toucher. A l’opposé, sous d’autres cieux, les « intouchables » existent effectivement. Seulement, il s’agit d’un groupe social très puissant et très haut placé qu’il est pratiquement impensable au commun des mortels de les approcher, de les atteindre et surtout de les toucher. 

Madame Claudine Razaimamonjy fait partie de ce groupe d’intouchables. Certains hauts responsables, à même du Gouvernement, imprudents ou intègres, c’est selon, ayant osé le « toucher », paieraient les frais, au prix fort, de leurs gestes trop téméraires.

Opératrice économique, de très haut vol, membre très influent du régime, bailleresse du parti d’Etat et très proche de la crête des crêtes du pouvoir central, Claudine Razaimamonjy jouit d’un privilège particulier ou spécial. Madame la conseillère spéciale auprès de la Présidence peut, très bien, prétendre le statut d’« intouchable ». Etant ainsi, le « boulevard des affaires » s’ouvre devant elle. Voilà un beau jour, le Bureau indépendant anti-corruption (Bianco) convoqua madame l’« intouchable » dans ses locaux, à Ambohibao, pour des affaires la concernant directement. En effet, le Bianco, bureau chargé de traquer les opérateurs ou les responsables publics compromis dans des allégations de corruption ou des affaires de détournement de fonds public, n’a pas fait de détail. Un pari risqué que le patron d’Ambohibao le savait déjà, mais, il tenait à le faire. Appuyé par l’intervention musclée des éléments de la Gendarmerie, saisis par réquisition, le Bianco a réussi le banco.    

Effets collatéraux immédiats, le Chef de l’Etat effectuait, à la surprise générale, un remaniement … ciblé. En fait, la retouche visait les personnalités ayant pris part à l’arrestation de près ou de loin de Claudine Razaimamonjy. Fusibles inévitables de ce « court-circuit », le Général Paza Didier Gérard, secrétaire d’Etat de la Gendarmerie, le Général Florens Rakotomahanina, cumulant les postes de commandant de la Circonscription de la Gendarmerie d’Antananarivo (Cirgn) à celui de l’Emmo-Reg Analamanga, sautaient. Tous deux, fidèles parmi les fidèles au régime. Le ministre de l’Eau, Roland Ravatomanga refusant, parait-il, de soutenir le cas de la dame de l’A&C, en faisait partie, et cela, en pleine mission à l’extérieur. Des tentatives de limogeage ont été, également, observées du côté de la Justice, mais le Conseil supérieur de la magistrature échoua. La procureure de la République de la Première instance d’Antananarivo restait à son poste. Le Directeur général du Bianco, protégé par un mandat impératif (5 ans) ne pouvait pas faire l’objet d’aucun « licenciement », sauf en cas de fautes lourdes avérées. Et le 

Syndicat des magistrats de Madagascar (Smm) qui se manifestait en marge du dossier reçoit des menaces et fait les frais des foudres du pouvoir central. En somme, Iavoloha et Mahazoarivo se démènent, bec et ongles, pour « protéger » madame « l’intouchable » jusqu’à déclarer une inutile guerre contre les magistrats.

Ndrianaivo

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