Publié dans Editorial

Jeu dangereux

Publié le jeudi, 13 juillet 2017

Le régime franchirait-il le Rubicon ? Serait-il en train de commettre l’irréparable ? Telles sont les questions que se posent observateurs et analystes politiques face aux dérives autoritaires des barons de l’Etat. A en voir de près, Madagascar n’est plus loin du sinistre sinon de l’apocalyptique état dans lequel s’enlisent certains pays d’Afrique tels le Burundi, la République démocratique du Congo (Rdc) ou même le Soudan du Sud où disparitions mystérieuses, enlèvements systématiques et arrestations arbitraires des journalistes ou dirigeants politiques gênants font partie du lot quotidien de la population.

En Rdc, particulièrement, la « mine poudrière » au Kasaï résulte d’un imbroglio sociopolitique incontrôlé. D’aucuns soulèvent, peut-être, que les exemples que nous avions choisis relèvent des cas extrêmes,  mais au rythme actuel des choses, Madagascar se dirigera, à coup sûr, vers cette situation. Au dernier Conseil du Gouvernement, le Premier ministre (Pm) ordonnait, aux hauts responsables, d’user la manière forte pour traquer les détracteurs. Des mesures de rétorsion qui ne font que ternir davantage l’image, déjà sombre, du pouvoir. Pas plus tard qu’en début de semaine, l’Ong « Amnesty International » interpellait les dirigeants politiques de la situation très préoccupante concernant le non- respect des droits de l’homme dans le pays. Cet organisme international dénonce la vulnérabilité du respect du minimum des droits relatifs aux conditions humaines à Madagascar. Les erreurs persistent. De source généralement informée, les tenants du régime concocteraient des mesures coercitives à l’encontre de l’ancien Chef de l’Etat. En effet, suite aux manifestations de rue que les partisans du « Tim » bravaient à Anosy et à Analakely, samedi 8 juillet, et qui ont failli dégénérer, le régime ne compte pas rester les bras croisés. Les proches collaborateurs de l’homme fort d’Iavoloha le bousculeraient à sévir.
 La liberté d’expression et d’opinion est plus que jamais menacée. Les actes d’intimidation deviennent de plus en plus osés et franchissent, pour certains cas, le point de non-retour. Le nouveau ministre de la Communication, un ancien « camarade de lutte » du Mouvement pour la liberté d’expression (Mle), au lieu de faire le nécessaire à maîtriser la flamme, jette de l’huile sur le feu. Une option qui s’inscrit dans la ligne pure et dure des cadres dirigeants du Hvm. L’avenir nous le dira concernant la portée d’une telle démarche. En tout cas, une tentative de discréditer ou banaliser un mouvement, largement soutenu, aura un effet de boomerang. Certes, il prônait le dialogue, mais soyons sincère, de quel « dialogue » veut-on ? De toute façon, l’usage de la force, quelque soit sa forme, ne conduira jamais à une solution acceptable et durable.
Quoi qu’il en soit, les dérives totalitaires des tenants du pouvoir s’érigent en mode opératoire « normal » en ces temps difficiles et complexes. Les barons qui nous gouvernent affichent leur volonté d’écraser tout sur leur passage. Un rouleau compresseur qui ne s’arrête pas devant n’importe quel « objet ». Un fait qui nous rappelle l’image de Tian’anmen (printemps 1989, Chine). La Communauté internationale se préoccupe de l’éventuelle escalade de provocations portant atteinte à la stabilité qu’elle entend préserver coûte que coûte. Ce jour, du côté d’Ivandry, l’ambassadeur de France emboiterait-il le pas des autres grandes chancelleries qui, pour leur part, avaient décrié la situation dégradante de l’Etat de droit à Madagascar. Le régime mise gros dans ce genre d’aventure, sans fin, en se livrant au jeu dangereux.

Ndrianaivo

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Editorial

  • Bataille rangée
    Guerre déclarée. L’escalade de provocations, déclenchée initialement par les maîtres du régime, propulse inexorablement le pays vers la logique de confrontation. Une guerre déclarée dont personne ne sait quel en est la véritable raison. Des troubles inutiles et incompris sciemment fomentés un peu partout.  En face, l’opinion publique, des acteurs pertinents de la société civile, les leaders des formations politiques principalement de l’opposition et même les prélats des Eglises, à l’instar de l’Eglise catholique apostolique romaine (ECAR) ou ceux des Eglises non affiliées au FFKM ne restent pas insensibles. Ils réagissent chacun dans leur propre camp. En fait, ils ne veulent pas rester indifférents et sont déterminés à manifester leur rejet aux dérives dictatoriales, répétées, de ces détenteurs de l’autorité d’Etat. Des tirs croisés, apparemment percutants, atteignent de plein fouet le centre de gravité du pouvoir. Ainsi, le régime doit faire face à une bataille rangée sur plusieurs fronts.Les catholiques, très…

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