Publié dans Editorial

Leçon kenyane

Publié le vendredi, 08 septembre 2017

La haute Cour Constitutionnelle kényane a invalidé les résultats de l’élection présidentielle du 8 août au Kenya. La commission électorale avait proclamé les résultats du scrutin donnant la victoire, dès le premier tour, au président sortant Uhru Kenyatta. Le principal opposant, Raila Odinga, déclaré vaincu, rejeta les résultats selon cette Commission. Il a choisi, en écartant l’option « de la rue », de recourir par la voie légale. En effet, Odinga saisit la plus haute juridiction de son pays, la HCC, la seule habilitée à trancher, en dernière instance, sur les litiges électoraux. A la surprise générale, les Hauts Conseillers, après avoir sétudié les recours de l’opposition, rejeta les résultats et recommanda à la Commission électorale de réorganiser un nouveau scrutin.

Pour l’Afrique, toute entière, plus particulièrement francophone, il s’agit là d’une grande première. Et même dans les grands pays occidentaux, ténors de la démocratie, l’Arrêt de la HCC kényane étonne et qui va, certainement, provoquer une intense onde de choc, sinon, un cas d’école.
A travers cette décision historique, la lecture objective des faits démontre qu’i s’agit, à la base, d’une question de culture et d’éducation.
Le puritanisme des Anglais transmis dans l’Empire britannique par le soin des Missionnaires forgea la rigueur chez la mentalité des colonisés. L’Afrique anglophone se démarque, sensiblement, de celle francophone dans plusieurs domaines. Rien qu’à voir la prestation économique des Sud-Africains, Ghanéens,  Nigérians, Tanzaniens ou les Kényans. Ils émergent du lot. La culture politique anglophone rigoriste inculquée chez les leaders africains leur donne l’avantage d’être des hommes et des femmes responsables et... intègres.
Par contre, en Afrique francophone, à l’exception du Sénégal, la « perle rare » de la démocratie en termes d’alternance,  on baigne dans une culture ancrée sur le bordel. La France n’a pas su faire imprégner, comme il se doit, une éducation de valeur aux élites nationales des anciennes colonies. Résultats, presque tous les pays francophones dont Madagascar s’embourbent dans la vase de l‘idiotie et de l’ineptie. Les dirigeants tordent les cous de leurs peuples. La révolte des Togolais, actuellement, traduit les réalités morbides de l’Afrique francophone. Une crise qui risque de s’étendre jusqu’au départ définitif du président Faure Gnassingbé. A Madagascar, tandis que les tenants du pouvoir font du surplace, les pauvres citoyens vivent dans des conditions inimaginables. La HCC, au lieu d’apporter le secours nécessaire, complique la situation. En 2015, la majorité absolue des députés malagasy  votèrent la déchéance du Chef de l’Etat, mais, les Hauts Conseillers rejetèrent l’initiative. Ils deviennent, ainsi, le rempart d’un régime à la dérive, au bord du précipice.
L’Arrêt de la HCC kényane encensera du baume au cœur de l’opposition en Afrique. Elle fera, forcément, école. L’exemple que vient de montrer le Kenya donnera matière à réflexion dans d’autres pays, notamment, à Madagascar. Eric Rakotoarisoa, notre éminent constitutionnaliste et ses pairs en Afrique, du moins francophone,  sauraient-ils prendre la leçon ?
Devrait-on mentionner que cette décision gênait, bizarrement, quelque peu les observateurs internationaux, africains et occidentaux qui, eux, ont validé les résultats du scrutin.
A quelques mois du rendez-vous national pour appeler les citoyens aux urnes, les yeux se dirigent, déjà, vers Ambohidahy. Eric Rakotoarisoa et son équipe parviendraient-ils rétablir la confiance du peuple ? La leçon kenyane porterait-elle ses fruits ?
Ndrianaivo

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