Publié dans Politique

Entourage de Rajaonarimampianina - Sur les traces des pires colons à Madagascar

Publié le vendredi, 09 décembre 2016

Les abus perpétrés par les caciques du pouvoir continuent de plus belle. Les noms dans l’entourage immédiat du Président Hery Rajaonarimampianina et ceux du parti Hvm sont toujours cités dans des affaires brûlantes qui défraient la chronique à Madagascar et sous d’autres cieux. Exploitation illicite des ressources naturelles, détournement des deniers publics, usurpations en tous genres, fausses déclarations en douanes, trafic d’influence, insoumission aux autorités judiciaires et… accumulation des avoirs illicites sont parmi leurs réelles spécialités.

Ces gens-là règnent en maîtres incontestés partout où ils vont. Arrogants et belligérants, ils ne reculent devant rien. Ils sont au contraire prompts à recourir aux gros moyens pour intimider ou tout simplement pour faire taire ceux qui osent se mettre en travers de leur chemin. Des histoires de meurtre sont même racontées à leur sujet. « La volonté de puissance et l’avidité de jouissance ont toujours été les deux grands maux de l’humanité », rappelle le défunt jésuite Henri de Laulanié, père du système de riziculture intensive (Sri) inventé à Madagascar dans les années 80 mais pratiqué aujourd’hui dans le monde. Le raid policier lancé au siège de la radio privée Jupiter à Andohanilakaka, Sakaraha, d’hier ne sera pas le dernier des fâcheux exploits des hommes du régime Rajaonarimampianina, lesquels manifestent à tous les coups les indices reconnus aux pires des colons qui faisaient souffrir les populations autochtones dans l’île durant la première moitié du 20e siècle. L’historien Jean Fremigacci parle de la « transformation des travaux d’intérêt local en travaux d’intérêt privé» qui se produisait dans le Mangoro au moment de la construction de la deuxième tranche du chemin de fer partant du pont éponyme jusqu’à la gare de Soarano à Antananarivo dans les décennies de 1910 et 1920.

Abus  Le système corvéen institué à l’époque soumettait plusieurs centaines d’hommes au régime de travail forcé de dix jours en les inscrivant au plan de campagne des travaux de « fokonolona ». Plusieurs milliers d’autres étaient au service des colons en même temps. Ces derniers ont requis de fait les membres utiles des communautés villageoises pour les faire travailler sur leurs concessions. Les travailleurs du chemin de fer n’étaient libérés ainsi de la réquisition qu’après trente jours au lieu de dix, et ce, moyennant un salaire dérisoire. Les colons sont donc parvenus à privatiser de facto la main-d’œuvre publique en la détournant à leur profit. Le résultat en était « l’apprentissage, par les indigènes, de l’indifférence et du mépris à l’égard de l’autorité », selon l’écrit de l’historien. En reprenant l’extrait d’un rapport daté de janvier 1923 des deux administrateurs français, Jean Fremigacci note que « la multiplicité des graves abus qui s’y [ndlr : province de Moramanga] trouvent démontrés est tout simplement lamentable pour le bon renom de la colonisation française. Il a fallu toute la douceur, toute la passivité des Sihanakas et des Hovas pour que le régime instauré et rigoureusement appliqué dans la province de Moramanga (…) et qui n’est qu’un ‘succédané de la traite’… n’ait pas amené les plus graves incidents ».

Révolte
Plus loin, l’auteur dit : « La révolte de 1947 n’a pas été l’effet d’un accident ». Le travail forcé de dix jours (durée réglementaire) pour l’Etat, étendu en trente jours par les colons, a été la première source du mécontentement qui a jeté les populations de la côte Est dans la révolte. Face à la situation, l’Administration était dépourvue de moyens autres que la coercition sous la pression des colons ayant fait preuve d’un zèle trop grand.Ceux-ci sont en effet montés sur Antananarivo et ont manifesté devant le palais d’Ambohitsorohitra pour obliger le régime colonial à lancer des répressions contre les autochtones pour les punir dans des atrocités et nous connaissons tous la suite. « Nous n’oublions pas que c’était une épisode douloureuse dans l’histoire de Madagascar », tenait à rappeler le secrétaire d’Etat français chargé du Développement et de la Francophonie, André Vallini, lors de la signature des accords entre France et Madagascar durant le dernier Sommet francophone à Antananarivo (lire La Vérité du 3 décembre).La conjoncture actuelle à Madagascar est une reproduction presque fidèle de toutes les péripéties qui viennent d’être décrites ci-dessus. Seulement les acteurs principaux changent à quelques degrés près. Faites un peu de parallèle avec ce qui se passe depuis quelque temps déjà à Soamahamanina et à ce qui est arrivé à un de nos vaillants confrères Fernand Cello à Ilakaka, hier (lire article ailleurs). Mieux, les bandes des pratiquants du kung-fu wisa à la solde du maître Avoko Rakotoarijaona annoncent leur disponibilité pour s’occuper des « éléments perturbateurs » du régime. La multiplicité des meurtriers vindictes populaires et la perte progressive d’autorité des responsables étatiques, face à des populations de plus en plus têtues et nonchalantes un peu partout dans l’île, n’ont rien de surprenant quand on sait que les instances supérieures elles-mêmes apprennent les gens à passer outre l’ordre établi.

Une  stabilité inexistante
Un maire Hvm mal élu était, par exemple, installé en faisant du forcing à Ampasimbe Manantsatrana, Fenoarivo Atsinanana. Une conseillère spéciale du Président de la République a, par deux fois, refusé de répondre aux convocations en bonne et due forme du Bureau indépendant anti-corruption (Bianco). Se croyant intouchable, le frère du Président donne également des maux de tête aux habitants de Sabotsy-Namehana en même temps. La liste est très longue et il est complètement faux de dire que la stabilité existe dans ce pays. Il a fallu une bonne dose de contestations populaires pour enfin temporiser l’ardeur de ces gens-là. Les membres du parti Hvm ont tellement eu peur d’une éventuelle énième escarmouche avec la population locale qu’ils ont donné l’ordre aux chefs militaires et responsables de la sécurité publique de mobiliser des dizaines de gendarmes et policiers lors de l’installation du nouveau maire Hvm de la Commune rurale d’Ampasipotsy Soanierana Ivongo, Vavilisy Be Jean Laurette, le 29 novembre dernier. Elle a pourtant remporté haut la main la victoire lors du scrutin de juin 2015.
« Tsy misy hazo baka mahatohana ny lanitra, na ny be felan-tanana mahatakona ny masoandro » (Il n’y a pas d’arbre fourchu qui puisse soutenir le ciel, ni d’homme qui ait les mains assez larges pour cacher le soleil), dit la sagesse malgache. Que les gens du régime et l’entourage immédiat du Président de la République se le mettent bien dans la tête !
Manou Razafy

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Editorial

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