Publié dans Politique

Ville d’Ambatondrazaka - Montée inquiétante de l’insécurité

Publié le vendredi, 16 décembre 2016

La ville d’Ambatondrazaka est sur le point de devenir l’un de ces points chauds en matière d’insécurité urbaine à Madagascar. Ses habitants, d’habitude de nature calme, ont dorénavant droit à des vacarmes continuels, nuit et jour, à cause de la présence massive de migrants temporaires, étrangers et nationaux, en passe d’acquérir le statut de résidents permanents. Outre les trafiquants de pierres précieuses, les originaires du Nord et du Sud de l’île, assez nombreux par rapport aux autres, sont parmi les pointés du doigt en raison de leur tempérament un peu turbulent et arrogant.


Les buveurs d’alcool commencent à se rendre dans les endroits habituels vers le milieu de l’après-midi. Les attroupements ne cessent de grossir et le summum des rassemblements entre amis se situe à la nuit tombante, aux alentours des 18 heures où tous les bars sont littéralement pris d’assaut. La récurrence du délestage durable, qui peut durer au moins trois heures dans la soirée, n’a aucune prise sur ceux qui se mettent autour des baraquements installés en dehors des espaces clos, généralement sur les abords de la route ou les trottoirs. Ambohimasina, Atsimondrova, Avaradrova, « 67 ha», Atsimontsena et Madiotsifafana sont les quartiers les plus fréquentés où les liquides enivrants coulent à flot, parallèlement aux épaisses fumées des cigarettes qui se mélangent avec celles dégagées par les fours à brochettes.


La loi aux oubliettes


Chez nous, personne n’a vent de l’ordonnance no 61-053 du 13 décembre 1961 portant régime de vente et de consommation de boissons alcoolisées qui, théoriquement, reste toujours de rigueur jusqu’à nouvel ordre. Ses dispositions interdisent, entre autres, la vente en plein air et la consommation de boissons alcoolisées sur la place publique, surtout quand l’acte peut nuire à l’ordre public et mettre en danger la vie des enfants mineurs. Même le fait d’être vu en train de tituber dans la rue après avoir bu quelques verres de rhum, par exemple, peut valoir un séjour de remise en conscience dans le violon du Commissariat, plus une amende.


Réciter tout cela revient à dire délirer aux yeux des fêtards quotidiens d’Ambatondrazaka d’aujourd’hui comme c’est aussi le cas partout sur l’île, les transformations sociales et le changement de mœurs étant. Vers 21 heures, les rues et voies urbaines s’animent encore et les réjouissances collectives migrent désormais dans les salles de karaoké, parfois condamnées à ne recevoir les premiers clients qu’à partir de cette heure car la précieuse électricité fait défaut depuis le début de la soirée. Le retour du magique produit de la Jirama est accueilli dans une euphorie passagère.


Ambiance nocturne


Les salles se remplissent vite. La température monte et l’ambiance s’échauffe dès les premières chansons et dont les paroles sont projetées sur des écrans placardés sur les murs intérieurs. Le volume est mis à fond et l’on entonne ensemble les opus populaires par moments. Evidemment, clientes et clients sont amenés à se côtoyer selon des convenances personnelles. De costauds barbus de type asiatique au ventre bien rond, accompagnés d’un interprète, débarquent et prennent place un peu à l’écart. L’un d’eux ne veut jamais enlever les lunettes noires qui lui collent au nez. Toutefois, personne ne semble prêter attention à eux, sauf les serveurs et quelques filles qui sont manifestement averties à l’avance de leur passage. Ces dernières sont arrivées plus tôt.


Ce sont des Sri-lankais acheteurs de saphir, selon les habitués du lieu. Des bouteilles à 130 000 ariary chacune sont servies à leur table alors que des bouteilles de bière et de rhum industriel local qui se vident à une vitesse petit « v » remplissent celles occupés par des natifs. Des vendeuses de charme qui ne parlent pas leur langue se joignent à eux, de larges sourires aux lèvres. Du coup, une forte odeur de cannabis qui se reconnaît facilement pénètre la salle, à la grande surprise des non avertis. La musique est subitement coupée à minuit tapante.

Des policiers… à la solde des commerçants

Des policiers en uniforme armés de fusils effectuant des patrouilles donnent l’ordre au propriétaire du karaoké de fermer car c’est déjà l’heure. Le traditionnel arrangement qui se règle dans les coulisses, loin des regards indiscrets, s’ensuit alors. Puis, les hommes de la loi repartent aussitôt qu’ils sont venus. A peine le chauffeur du véhicule 4x4 les transportant parvient-il à changer de vitesse troisième que des tables et chaises dans la salle du karaoké sont rangées sur les côtés pour dégager une aire de dance. Et ceux qui veulent danser dansent sur des rythmes variés.


Après s’être mêlée un moment avec celle sur la piste, l’équipe de trafiquants étrangers quitte le lieu vers 1 heure du matin. Deux filles, dont une a bougé son corps d’une façon plus ou moins obscène, a accepté de les suivre de leur plein gré. Moins d’une heure après leur départ, le répertoire joué par le disc jockey semble annoncer l’approche imminente de la fin de la partie. Puis, tout s’arrête, le bonus (la séquence dansante) étant épuisé. Vivement remercié, le restant de la clientèle est invité à évacuer la salle. Mais le règlement des comptes est parfois ponctué des voix qui montent. Deux serveurs aux noms et gestes très féminins se chamaillent dehors avec un client, lui aussi, aux allures vraisemblablement féminines.


Des attaques récurrentes


Loin d’être exhaustive, cette description cache beaucoup d’épouvantes non dites. La Capitale régionale d’Alaotra-Mangoro a été quatre fois le théâtre d’attaques à main armée en plein jour ces deux dernières semaines. Celle qui reste encore sur toutes les lèvres a eu pour cible un riche marchand demi-grossiste au marché municipal. Il se fait dérober de dizaines de millions d’ariary sous les yeux des passants apeurés au moment où il s’apprête à aller à la banque pour y verser des liquidités. Des policiers négociés avec la hiérarchie se relaient maintenant pour monter la garde aux alentours de sa boutique.


Des mesures sont appliquées de concert avec l’Organe mixte de conception conduit par le préfet pour préserver la paix dans la cité, selon le maire de la Commune urbaine d’Ambatondrazaka, Louis Fidèle Rafidimanana. Des contrôles de légalité sont effectués à partir de 21 heures. Les résidents locaux ont pris cette injonction à effet restrictif pour un couvre-feu décrété en temps de guerre. Tous les chefs de quartier aussi ont reçu l’ordre formel d’identifier les non résidents et tout individu au comportement suspect.
Manou Razafy

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