Publié dans Politique

Andrianjaka Rajaonah - « Madagascar n’appartient plus aux Malagasy »

Publié le dimanche, 05 mars 2017

Madagascar célèbre cette année le 70e anniversaire des évènements du 29 mars 1947. Fervent patriote, Andrianjaka Rajaonah, président du parti « Otrikafo » a accepté de donner son point de vue sur ce sujet au cours d’une interview.

La Vérité (+) : Les dirigeants promettent des célébrations à la hauteur pour cette « célébration ». Votre avis sur le sujet.
 
Andrianjaka Rajaonah (=) : « Je tiens à rectifier une chose. Durant de longues années, les Malagasy ont été menés en bateau. Aucun des leaders du mouvement n’est d’ailleurs enterré au Mausolée et pourtant chaque 29 mars, une commémoration a lieu en ce lieu. Je tiens également à corriger les affirmations qui parlent de lutte de libération nationale le 29 mars. Ce jour-là, c’est la France qui a préparé ce qui s’est passé et non le Mdrm.

C’est la version coloniale qui impute la responsabilité des évènements au Mdrm. A l’époque, les vrais patriotes n’avaient pas bougé le 29 mars. A Moramanga, un camp militaire a été attaqué par des Malagasy. Mais ce mouvement a été télécommandé par la France. J’ai d’ailleurs en ma possession les témoignages d’un lieutenant résident dans cette ville qui prouve ce que j’avance.  Ce qu’on célèbre aujourd’hui n’est que le génocide. Les revendications malagasy menées par le Mdrm n’ont pas été satisfaites. Dès lors, il est normal que l’indépendance acquise en 1960 ne soit qu’une image ».

(+) : 70 ans après ces faits, peut-on parler de réelle indépendance à Madagascar ?

(=) : Comme je l’ai dit précédemment, les militants pour l’indépendance de Madagascar ont été tués en 1947. L’indépendance acquise n’est pas celle réclamée. Celle remise au premier Président de la République malagasy est fausse. Pourtant, c’est ce semblant d’indépendance que certains Malagasy se transmettent de génération en génération. Après Tsiranana, il y a eu Ratsiraka, lequel a été renversé puis est revenu au pouvoir quelques années plus tard avant de passer le relais à Zafy Albert. Ces personnages ont tous été investis par la France. Et même ceux qui ont suivi sont des hommes de la France. 70 ans après les évènements de 1947, Madagascar n’a toujours pas recouvré son indépendance. Le résultat visible est cette pauvreté ambiante. Non, la Grande île n’est pas indépendante.

(+) : N’est-ce pas un paradoxe au vu des richesses malagasy ?

(=) : Les pays comme Madagascar doivent avancer réellement vers le développement. Mais il faut pour cela que les dirigeants de ces pays œuvrent pour le bien de la Nation et de la population. Pour le cas de notre pays, il semble que le Président de la République Hery Rajaonarimampianina soit asservi par la communauté internationale. C’est pour cette raison notamment que nos terres sont bradées à des ressortissants étrangers tels que les Chinois, qu’on laisse les ressortissants indo-pakistanais régner partout à Madagascar, que les Anglo-saxons gouvernent sur les richesses de notre sous-sol. Il n’y a aucune retombée économique pour les Malagasy. Si les dirigeants étaient de vrais patriotes, toutes ces richesses devraient être transformées en valeurs ajoutées avant d’être exportées et non vendues telles qu’elles sont.

(+) : A vous entendre, Madagascar n’est pas propriétaire d’elle-même ?

(=) : Madagascar est dépendante, et ce, dans tous les domaines. Environ 60 % des richesses dans la Grande île sont exploitées par des compagnies françaises. 10 à 15 % sont entre les mains des Chinois et des « Karàna », et une autre partie à d’autres nationalités. 10 % restent aux Malagasy. Madagascar n’appartient pas aux Malagasy. Que ce soit du point de vue économique et politique, Madagascar reste totalement dépendante. Et même jusqu’au niveau culturel. Les écoles d’expression française sont légion dans le pays actuellement. Dès lors que l’éducation de nos jeunes sera faite dans la langue de nos colonisateurs, il est difficile de penser que Madagascar sera un jour indépendant. Est-il également nécessaire de rappeler que notre code civil est un copier-coller de celui français ?

(+) : Comment s’émanciper de cette domination étrangère ?

(=) : Une sorte de cordon ombilical continue de relier Madagascar et la France. Si ce cordon n’est pas coupé, il serait inutile de parler d’indépendance. Il n’y a qu’une seule manière de couper ce cordon : la révolution. Il faut en effet savoir que les Malagasy ont longtemps été abreuvés de termes tels que démocratie, élection et alternance démocratique. Les élections ne changent rien. Certains Présidents ont fait plusieurs élections et ont toujours été réélus par la suite. Ils n’ont quitté le pouvoir qu’à la suite de gros mouvements de rue. De même pour la plupart de leurs prédécesseurs. Pour couper le cordon ombilical avec la France, la population doit prendre une part directe dans cette révolution. Une révolution qui doit être menée par un dirigeant digne. En Chine, la révolution a été menée par Mao Tsé-toung. Le pays est en passe de devenir la première puissance mondiale. Pareil pour le Vietnam. Même la France est passée par une révolution.

(+) : Une dernière chose à rajouter ?

(=) : Le régime actuel a été mis en place par la Communauté internationale. Faut-il également rappeler que le Président actuel a été élu, tout compte fait, par 10 % de la population ? Une élection qui a été acceptée par tous. D’autant plus que la Communauté internationale a souligné que ces élections ont été transparentes. C’est ce régime pourtant qui est la cause de toutes les souffrances actuelles. Tout le monde se plaint. Il y a notamment eu ces incendies à Befandriana-Nord. On sent que la population ne veut plus de ce régime. Mais elle a peur de la répression d’où sa réticence à descendre dans la rue. Le pouvoir actuel risquera alors de rester en place indéfiniment si des élections ont lieu, ce qui serait préjudiciable pour la population malagasy.
 Propos recueillis par L.A.

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Editorial

  • Soixante-et-un ans !
    Ce jour du 14 octobre, la République Malagasy a soixante-et-un ans. En effet, le 14 octobre 1958, la République malgache est née. Une étape voulue par l'Elysée avant d'octroyer l'indépendance. Il fallait attendre deux années après (1960) pour que le Général de Gaule se décide à le faire. Le Congrès des Assemblées provinciales réuni au lycée Gallieni (Andohalo Antananarivo) approuva par 208 voix pour, zéro contre, 26 abstentions et 6 portés absents l'instauration de la République à Madagascar. Zafimahova, celui qui a présidé la séance, annonça solennellement dans un tonnerre d'applaudissements la « nouvelle » ce jour du 14 octobre 1958 à 10 h 50 tapante (source Wikipédia) tout en restant dans la grande famille de la Communauté française.  

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