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Publié dans Politique

Natifs d’Androy - Non à l’exhumation de Monja Jaona

Publié le jeudi, 23 mars 2017

En cette veille de la célébration du 70e anniversaire du 29 mars 1947, l’exhumation du corps du feu nationaliste Monja Jaona, inhumé à Ankotsobey, un endroit sacré situé à une trentaine de kilomètres à l’ouest d’Antanimora Atsimo, a fait débat depuis qu’un groupe, représenté par un sociologue malagasy basé à Paris, a proposé aux autorités de Madagascar de transférer ses cendres au mausolée à Antananarivo. Le groupe ethnique ntandroy s’y oppose farouchement. Nazaire Paubert Tsimanova, un opérateur à Ambovombe et non moins chercheur en anthropologie politique, s’en fait le porte-parole. Il déclare avoir consulté les notables locaux avant de coucher sur du papier les idées détaillées ci-après.

 

 

L’appréhension de la  « ntandroïté » a été toujours mal considérée jusqu’à dire que ses coutumes d’usage dans les cérémonies funéraires sont ses principales, sinon une des sources la plongeant dans ses pauvretés selon les dires des économistes forgés par le concept trop civilisé. Alors que, pour beaucoup, nous, en tant que peuple de Madagascar, sommes riches de notre diversité culturelle et c’est l’une des sources d’attraction touristique régionale. Madagascar n’est pas pauvre mais a été appauvri tout simplement. A présent, on cherche à nuire la bonne manière des Malagasy, ses cultures et traditions alors que, nulle part ailleurs, aucun peuple n’accepte de ternir ses propres valeurs culturelles et identitaires. La dernière en date est la proposition d’inhumer le défunt Monja Jaona, un illustre patriote nationaliste originaire de l’Androy qui, jusqu’à sa mort, luttait pour la paix et l’équité pour Madagascar. Nous allons laisser dans les coulisses son histoire de patriotisme car le sujet ici est, comme Bearisoa Rakotoniaina, chercheur associé à La Sorbonne, France, a soumis au Président de la République de Madagascar, Hery Rajaonarimampianina, une attribution honorifique post-mortem. Il s’agit, selon l’association Rfd, de transférer le corps de Dada Monja au mausolée. 

Dernier hommage

Des semaines se sont passées à tel point qu’à partir de la date de publication de cet article dans un quotidien de la place, les internautes ont mal réagi sur les réseaux sociaux et considèrent cela comme une idée à la fois farfelue et extravagante de la part de celui qui a émis ladite proposition et nous allons comprendre pourquoi. Les Ntandroy mettent toutes leurs croyances collectives que, après la vie, la mort n’est qu’une étape transitoire vers la vie éternelle, d’où le fait que la tradition oblige les familles du défunt à l’accompagner avec tous les meilleurs de ses zébus et en lui construisant une demeure (tombeau) digne de son rang en dernier hommage à lui. Pour cela, il y a des rituels bien définis par des étapes suivant le statut du défunt. Les funérailles ntandroy ont leurs particularités qui finissent souvent par le « havoriagne ». Jamais d’inhumation. Si le défunt meurt et enterré en dehors du cimetière familial ou dans un autre pays qui n’est pas le sien, il a droit à un « vatolahy » qui n’a pas la même considération comparée à une « tsangam-bato » (pierre levée).

Pas codifiables à volonté

L’on se pose la question en quoi l’inhumation ou le transfert du corps de Dada Monja aurait éveillé le sens des développeurs œuvrant pour la vie socio-économique de Madagascar. L’enjeu est si considérable que cela induit une  dépatrimonialisation d’un peuple attaché et conservateur de sa propre culture. C’est une nouvelle acculturation qu’aucun ne souhaiterait avoir. Chaque peuple peut vivre tributaire de sa propre culture et en assume les conséquences quels que soient les jugements attribués par autrui. Tout comme on peut dire à tout le monde que la notion de tabou vient d’être recodée. Et, pourtant, les croyances religieuses ne sont pas codifiables à volonté car il y a un principe moral infranchissable et cartésien. Comment pourrait-on manger du porc dans une mosquée ? Jamais. A Madagascar, à l’heure où la 70e commémoration du 29 mars 1947 avance, les décideurs politiques devraient réfléchir plutôt à quoi servent les luttes et combats contre l’inégalité perpétrée à son endroit initiés par nos défunts patriotes. A l’exemple des grands pays comme la Chine et le Japon qui, malgré leur attachement à leurs traditions, ne s’empêchent de se figurer parmi les émergeants de la planète en imposant leurs images de modernisme et de traditions ancestrales. Cela nous amène à réfléchir que tout simplement et fort heureusement, l’insularité de Madagascar est un atout considérable pour préserver nos cultures et de les promouvoir à des fins économiques.

Fils à retordre

En Ntandroy de sang, nous sommes radicalement contre cette proposition quelle que soit sa provenance. Si vraiment l’association Rfd veut redorer la considération des actes de Dada Monja, elle donne un sens aux dirigeants étatiques en tirant sur les sonnettes d’alarme. Au titre d’une conviction native d’un Ntandroy, un tel personnage mérite largement d’un  « vatolahy » digne de son rang qui sera placé à un endroit respectif suivant les normes ntandroy et avec des rites dignes de ce nom au mausolée sans y déplacer la moindre partie de son corps. Elle donne aussi des fils à retordre aux décideurs que, si nous tenons à lui, exaucer les désirs de son vivant mériterait largement plus qu’un hommage. Et c’est la lutte pour une indépendance totale de Madagascar, de faire cette île, une grande nation respectée. A l’heure actuelle, on est loin de ses souhaits : l’éradication de la pauvreté par le déploiement des infrastructures routières, l’insécurité qui règne partout, l’injustice, l’éducation, la santé publique, l’autosuffisance alimentaire, le chômage, la lutte contre la corruption… Le monde entier assiste à une déviation de notre trajectoire jusqu’à un virement de 130 degrés nous faisant le 5e pays le plus pauvre au monde.

Bref, le fait d’accepter la proposition de l’association Rfd remet en question le fondement de la base du pluriculturalisme à Madagascar et une nouvelle allégeance aux émissaires véhiculant des idées irréfléchies. Celle-ci ne contribuera guère au redressement du pays mais ébranlera la crédibilité des codes sociaux et moraux.

Recueillis par Manou Razafy

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Editorial

  • Le bon choix !
    A quelques encablures de la date fatidique du 27 mai, il faut mettre le paquet. Le régime IEM doit concentrer tous les efforts pour que le pays ne rate pas le coche. Un tournant décisif pour tous les Malagasy et une étape cruciale pour les tenants du pouvoir ! Tout dépend du choix intime de chacun dans le secret de l'isoloir. Cette fois encore, le verdict des urnes impactera sur l'avenir des 25 millions de Malagasy. En effet, un bon choix dans les urnes comblera le pays de la sérénité et de la prospérité.  

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