Publié dans Politique

Forces de l’ordre malgaches - Obéissance aveugle ou « baïonnette intelligente » ?

Publié le lundi, 27 mars 2017

Pour se disculper, les agents impliqués dans la dérive policière d’Antsakabary (Befandriana Nord) invoqueraient la subordination hiérarchique à laquelle ils sont soumis. Concrètement, ils soutiennent qu’ils n’avaient fait qu’exécuter les ordres émanant de leurs supérieurs et que de ce fait, ils seraient exempts de toute faute et responsabilité.

Un système de défense qui, en étant un aveu pur et simple de la réalité des faits de la part des auteurs même de l’acte criminel, rend désormais inutile la poursuite d’une longue enquête sur cette affaire. Il reste de ce fait à définir, qui des exécutants et des donneurs d’ordre devraient être retenus comme responsables de cette véritable « vindicte policière ». Pour les premiers, vu le précepte militaire selon lequel « un ordre ça s’exécute d’abord et ça se discute après », c’est du côté de leur hiérarchie qu’il faut chercher le ou les fautif(s). Il reste cependant que, étant donné le caractère insensé de ce qu’on leur a demandé de faire, les membres de la mission policière d’Antsakabary auraient très bien pu se prévaloir d’un autre précepte pour s’y soustraire : celui de la « baïonnette intelligente ». En de termes simples, cette notion signifie qu’un subordonné peut refuser de s’exécuter lorsqu’il s’aperçoit qu’il est en face d’un ordre « manifestement illégal ». Certains vont même plus loin en soutenant que le refus d’exécution, dans ce cas, n’est pas une simple faculté mais devient une obligation. Pour en revenir à l’affaire d’Antsakabary, il faut se demander si l’ordre reçu par la quarantaine de policiers envoyés dans cette localité peut être qualifié de « manifestement illégal » et si les missionnaires auraient pu ou dû refuser de l’exécuter ?

Obéissance aveugle

Rappelons que cette descente policière fait suite à la vindicte populaire dont ont été victimes deux policiers accusés, à tort ou à raison, d’abus de pouvoir dans le cadre d’une enquête dont ils avaient la charge. L’expédition, on le sait, s’est traduite par des sévices infligés à la population locale, par l’incendie de plus de quatre cent toits issus de plusieurs villages environnants et par la mort d’une vieille femme aveugle piégée dans les flammes. Des actes qui, on l’a vu, viennent d’être reconnus par leurs auteurs eux-mêmes dans leur maladroite ligne de défense. Car ces hommes en uniforme sur terrain ont donc en même temps révélé que  la mission qui leur a été confiée ne se limitait pas à débusquer, appréhender et à remettre aux tribunaux les présumés coupables de la vindicte populaire dont ont été victimes leurs deux frères d’armes, mais bel et bien de venger ces derniers.

Rien que de ce point de vue, l’on est incontestablement en face d’un « ordre manifestement illégal » car il est apparu que la Police s’est donc rendue coupable du même crime qu’elle reproche à ceux qui ont battu à mort ses deux éléments. A savoir celui de se faire justice soi-même. Dans tous les cas, il est hors de question de penser que des policiers puissent être persuadés que torturer la population civile et incendier des villages entiers pourraient correspondre à la mission normale dévolue aux Forces de l’ordre en général et au Corps de la Police en particulier.
En soutenant qu’ils n’avaient d’autres alternatives que d’exécuter les ordres qui leur ont été donnés, il apparaît que les policiers d’Antsakabary sont incontestablement dans l’ignorance totale de la notion de « baïonnette intelligente ». Visiblement, on a soigneusement évité d’évoquer celle-ci durant les formations des Forces de l’ordre malgaches et ce, afin de s’assurer une obéissance « aveugle » de leur part. Autrement dit de les transformer en robots. Et ce funeste objectif semble être atteint jusqu’ici.
Hery Mampionona

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