Publié dans Politique

Démission de Gervais Rakotoarimanana - Premier gros clash au sein du régime

Publié le lundi, 17 juillet 2017

Après deux ans de bons et loyaux services, ponctués par de nombreuses rumeurs de démission, le ministre des Finances et du Budget François Marie Maurice Gervais Rakotoarimanana quitte le navire.
Cette énième fois aura été la bonne. Après une première vrai-fausse démission, hier dans la matinée, le Grand argentier s'est exprimé en direct depuis l'hôtel Carlton d'Anosy pour annoncer qu'il avait effectivement adressé sa démission au président de la République Hery Rajaonarimampianina, le vendredi 14 juillet dernier. Lors du point de presse, le ministre a justifié sa démission par « l'absence de soutien » ou encore « des différences de point de vue ». 

Une annonce qui confirme les rumeurs qui circulaient dans le microcosme politique depuis dimanche dernier. Un point de presse avait été prévu par le Grand argentier dimanche en fin d'après -midi avant que l'intéressé ne fasse subitement machine arrière au dernier moment, suite à une intervention en haut lieu, précisent des sources indiquées.  « Il n'est pas dans mes habitudes de débuter un travail et d'arrêter en cours de route surtout dans la phase où nous sommes actuellement. Quand je fais une chose, je le fais jusqu'au bout. Cependant, les critères pour que je puisse mener à bien toutes les réformes qui nous attendent ne sont pas réunis », a indiqué le ministre des Finances et du Budget.
Continuel dénigrement
Gervais Rakotoarimanana, 61 ans, était en poste au Canada avant d'être rappelé par son homonyme de nom, Hery Rakotoarimanana Rajaonarimampianina, le chef de l'Etat, pour s'occuper des départements ministériels des Finances et du Budget. Un portefeuille que Gervais Rakotoarimanana occupa successivement sous le gouvernement du Général Jean Ravelonarivo et actuellement celui d'Olivier Mahafaly Solonandrasana. Expert-comptable certifié et professeur, le ministre s'était forgé une réputation de rigueur et d'orthodoxie financière, calquées sur les vues des institutions de Bretton Woods. Une rigueur qui lui a valu d'être la cible d'un continuel dénigrement de la part de certains proches de Hery Rajaonarimampianina, qui accusent le ministre d'être la marionnette des bailleurs de fonds traditionnels.
Les proches du ministre lui reconnaissent également une intégrité à toute épreuve et ce, malgré les pressions de personnes qui ont le bras long… Gervais Rakotoarimanana aura eu, pendant ses deux années à la tête du ministère, le mérite d'avoir réussi à assainir un peu les finances publiques et d'avoir ramené à Madagascar la confiance de ces institutions ou encore à transformer le Programme de développement national en un cadre budgétaire sur 3 - 4 ans. La mise en place de réformes de la gestion financière du pays, la réduction drastique de la corruption au niveau des douanes et bientôt au niveau des impôts, l'amélioration des recettes fiscales,  le début des assainissements des entreprises d'Etat figurent au tableau des mérites de ce ministre. 
Le navire Rajaonarimampianina chavire
L'annonce de la démission du ministre des Finances et du Budget a en tout cas provoqué une véritable onde de choc dans le monde politique malgache en général et au niveau du régime en particulier. Et ce, d'autant plus que personne ne s'y attendait véritablement. Il s'agit en effet du premier membre d'un gouvernement à claquer la porte depuis que Hery Rajaonarimampianina est au pouvoir. Un fait qui est rarissime à Madagascar. Malgré qu'ils multiplient les bourdes et les scandales, la plupart des ministres malgaches s'accrochent à leurs fauteuils envers et contre tous. A l'instar de l'ancien ministre de la sécurité intérieure Anandra Norbert qui, malgré une « bourde » dans sa communication sur l'affaire d'Antsakabary, n'avait pas déposé sa démission. Ce fut sur une décision du chef de l'Etat que l'ex numéro Un de la police fut limogé.
La démission du Grand argentier intervient alors que les nouveaux billets de banque de 20 000 ariary, 10 000 ariary et 2 000 ariary sont sortis officiellement hier, ce qui pour bon nombre d'observateurs rend encore plus surprenante la décision de celui-ci. Beaucoup se demandent donc, que s'est- il passé vraiment pour que Gervais Rakotoarimanana se décide à quitter le navire aussi brutalement ? Reste à savoir désormais si la démission, qui met le régime Rajaonarimampianina dans l'embarras aux yeux des bailleurs de fonds, va être acceptée par le locataire d'Iavoloha.
Recueillis par Lalaina A.

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Editorial

  • Futiles doublons
    Madagascar, un archi-pauvre pays, se permet le luxe d’avoir deux ou trois instances administratives pour s’occuper d’un même secteur d’activité. Parmi les cinq pays les plus pauvres de la planète, la Grande île malmène les maigres possibilités financières entre ses mains. La notion d’austérité échappe totalement à nos pauvres dirigeants. Le peu que l’on dispose doit être géré scrupuleusement et consciencieusement. Trois grands domaines sont principalement touchés par l’ineptie du gaspillage de l’argent public : l’environnement, le tourisme et le transport. Des secteurs d’activités qui nécessitent, chacun pour leur part, une meilleure gestion. Les deux premiers, grands pourvoyeurs de devises, ont besoin d’un ensemble de stratégies bien ficelé. Tandis que le troisième, le transport, exige un traitement particulier. L’environnement, un patrimoine particulièrement riche et endémique qui ne demande qu’être traité de façon méthodique et rationnel, se trouve tiraillé par le ministère de l’Environnement et de la Forêt (Mef), d’une part, et…

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