Publié dans Politique

Hery Rajaonarimampianina - Violer la Constitution pour enfanter un second mandat

Publié le vendredi, 08 septembre 2017

Le Président de la République Hery Rajaonarimampianina est resté évasif sur l'éventualité d'une révision de la Constitution, en marge du forum Royaume-Uni - Madagascar sur le commerce et les investissements, à Londres en Angleterre. « Le changement de la Constitution ne dépend pas du Président de la République uniquement. C'est le peuple qui a voté ça. Je pense que les discussions sur ce sujet sont en cours. Donc, on attendra l'évolution de ces discussions », a-t-il simplement répondu  lors d'un point de presse avec des médias anglo-saxons tels que la Bbc, Voice of Africa, Reuters et Cbi Publishing. 

Alors que les états-majors commencent à affûter leurs armes pour les élections de 2018, il est de plus en plus question au sein des cercles du pouvoir de faire une retouche à la loi fondamentale de 2010 pour avantager une probable candidature de l'actuel Chef de l'Etat. Le lapsus du Premier ministre Mahafaly Solonandrasana Olivier, en marge des inaugurations dans la Commune d'Ivato récemment semble être révélateur de l'intention du régime de procéder à cette retouche. Dans des propos rapportés par la presse, le chef du Gouvernement aurait laissé entendre la nécessité d'une révision de certaines dispositions de  la Constitution, notamment l'article 46 alinéa 2 relatif à la démission du Président de la République.  Ce prescrit dispose que « Le Président de la République en exercice qui se porte candidat aux élections présidentielles démissionne de son poste soixante jours avant la date du scrutin présidentiel. Dans ce cas, le président du Sénat exerce les attributions présidentielles courantes jusqu'à l'investiture du nouveau Président ». A entendre les propos prêtés au Premier ministre, une révision constitutionnelle visant notamment à supprimer cette disposition ne serait donc pas à exclure.
Sexennat
Relancé de suite par les journalistes à Londres, Hery Rajaonarimampianina a en tout cas rajouté: « Vous savez, pour moi, c'est la voix de la majorité qui est importante. Donc, le Président est là pour écouter et si cette majorité souhaiterait que pour une meilleure stabilité, on devrait le faire, on verra. Mais je crois que le plus important c'est la stabilité politique ». Dans le contexte marqué par les velléités de révision de la Constitution, l'ambigüité des propos du Chef de l'Etat ouvre donc la porte à toute éventualité. Il importe en tout cas de souligner qu'un tripatouillage de la Constitution nécessiterait un référendum après que le texte ait été rédigé, discuté et adopté en Conseil des ministres et au Parlement. En l'état actuel des choses, cette consultation populaire ne pourrait avoir lieu que l'an prochain. La question qui se pose est de savoir si on peut organiser ce référendum et en même temps faire des élections présidentielles la même année ?
Un référendum constitutionnel demanderait des moyens humains et financiers conséquents. Il mobilisera autant d'énergie électorale qu'une élection présidentielle. Cela reviendrait quasiment à faire deux élections présidentielles la même année. Faut-il en effet rappeler que le mandat de Rajaonarimampianina prendra fin dans moins de quinze mois. 
De nombreux observateurs se posent la question de savoir si quelque part en haut lieu on pense déjà à faire le référendum l'an prochain et se donner par la suite le temps d'organiser les présidentielles quelques mois après ? Pourquoi pas un an après 2018 ? Douze mois permettraient de répondre à un des vœux secrets de certains caciques du régime Hvm, celui de faire passer du quinquennat au sexennat. Ce qui constituerait une violation de la loi fondamentale.
Violation
En outre, rien ne dit que le référendum passera vu l'impopularité du pouvoir actuel. Aussi, devant l'ampleur de la tâche, une seconde option semble être ainsi la plus
probable : insérer des dispositions qui iraient dans le sens contraire à la Constitution, dans le projet de texte censé régir les élections à venir et qui est actuellement en gestation  au niveau d'un comité interministériel. Au contraire d'un référendum, ce texte ne nécessiterait qu'une adoption au niveau du Conseil des ministres, du Parlement ainsi qu'une approbation de la Haute Cour constitutionnelle (Hcc), des institutions majoritairement acquises à la cause du régime Hvm… Une violation de la Constitution qui ne dit pas son nom pour un second mandat ?
Jusqu'ici, le locataire d'Iavoloha n'a pas encore annoncé officiellement ou officieusement, son intention de briguer un second mandat. Néanmoins, il semble plus ou moins discrètement à poser les bases d'une potentielle candidature. Les multiples déplacements et inaugurations menées tambour battant ces derniers mois sont autant d'indicateurs de ce tournant. Lors de sa rentrée politique, mardi dernier, le parti au pouvoir Hvm a également réitéré son souhait d'une candidature de l'actuel locataire d'Iavoloha. En tout cas si les dirigeants actuels procèdent effectivement à une retouche de la Constitution ou la précisent par le biais du code électoral,  pour avantager la candidature de leur favori, ce serait la preuve que l'on est conscient des faibles chances de réélection de ce dernier.
Recueillis par A.R.

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Editorial

  • A quand ?
     Les choses commencent à bouger ailleurs. Les séismes du changement ébranlent les anciennes habitudes de certains pays.  En Arabie Saoudite, premier producteur mondial du brut (pétrole), un pays longtemps réputé d’être hermétiquement fermé à toute influence étrangère, notamment de l’Occident, commence à ouvrir, bien que timidement, les portes et enclenche des changements notables.  Entre autres, les femmes saoudiennes, depuis toujours ignorées, retrouvent, peu à peu considérés, leurs droits les plus élémentaires. Désormais, elles peuvent entrer au stade et voir des matches ; elles peuvent conduire, etc… En outre, le roi Salmane affiche sa détermination de moraliser la vie publique, surtout, dans les rangs de la famille royale. Personne « n’est plus » au-dessus de la loi.

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