Publié dans Politique

Critiques tous azimuts - Le pouvoir Rajaonarimampianina se fait tirer les oreilles

Publié le mercredi, 22 novembre 2017

Les critiques ne cessent de tomber pour le régime Rajaonarimampianina. La semaine dernière, le Parlement européen, la Conférence des évêques de Madagascar et la presse internationale ont tiré les oreilles et taper sur les doigts  des dirigeants malgaches.

Le Parlement européen n'a pas été tendre pour décrire la conjoncture à Madagascar. « La situation est restée explosive malgré la levée de toutes les restrictions à la coopération avec les nouvelles autorités grâce à la reprise des relations avec les pays donateurs », a soulevé le Parlement européen dans ses résolutions rendues publiques en milieu de la semaine dernière, à l'issue de sa session à Strasbourg.  Code de la communication, élections présidentielles, réforme constitutionnelle, droits de l'homme, affaire Antsakabary, non respect de la liberté d'expression, trafic illégal de bois de rose et d'espèces animales,  affaire Clovis Rakotomalala, affaire  Claudine Razaimamonjy ou encore indépendance de la justice, sont autant de dossiers pour lesquels le gouvernement malagasy a fait l'objet d'un vigoureux rappel à l'ordre des députés européens. De nombreuses recommandations concernant la Grande-île ont d'ailleurs été émises. Les députés européens préconisent ainsi un plus grand respect des libertés fondamentales et de l'Etat de droit ou encore la poursuite des procédures contre Claudine Razaimamonjy. Les parlementaires européens insistent en particulier sur les élections présidentielles, un domaine d'actualité à Madagascar avec les velléités manifestes des dirigeants de manipuler les lois électorales en leur faveur. Les eurodéputés invitent ainsi la communauté internationale à adopter toutes les mesures utiles pour que les élections soient libres et régulières (…) à s'attacher à veiller à ce que les préparatifs des élections présidentielles prochaines n'excluent personne, soient transparents et soient acceptés par tous.
L'argent et le pouvoir sont devenus maîtres
Le deuxième coup de semonce à l'endroit du gouvernement Mahafaly Solonandrasana Olivier vient de la Conférence des évêques de Madagascar.  A travers un message destiné à tous les Malagasy et rendu public jeudi dernier, les prélats catholiques ont dénoncé une politique basée sur le mensonge et de la démagogie. Les évêques reprochent notamment « la recherche permanente de richesses et la corruption de haut niveau règnent. L'argent et le pouvoir son devenus maîtres. Ce ne sont plus la connaissance et la sagesse qui sont utilisées pour le développement du pays ». La question foncière qui échappe complètement au contrôle de l'Etat est particulièrement soulevée, car selon eux, les terrains ancestraux ont été vendus aux étrangers. Une situation qui crée des tensions voire des confrontations au sein des familles.  Concernant les difficultés sociales, les évêques catholiques soulignent particulièrement la pauvreté, l'insécurité, l'inflation, la corruption. Autant de fléaux qui gangrènent la société malagasy et entretiennent la méfiance entre les citoyens. « La vérité est morte à Madagascar », selon le constat sans appel de la Cem. Sur un tout autre sujet en rapport des élections, les Evêques catholiques redoutent déjà le retour en force des mauvaises pratiques politiques.
« Les fausses promesses et les antagonismes créés volontairement entre différentes catégories de personnes vont-ils encore marquer les campagnes électorales ? », s'interroge la Cem.
L'énigme et le paradoxe…
« Madagascar est le seul pays qui s'appauvrit depuis soixante ans sans avoir connu la guerre ». Tel est l'intitulé d'un article paru dans la version web du journal Le Monde, la semaine dernière également. Une publication qui vient également mettre à mal la classe dirigeante malgache. Cet article signé par la journaliste Laurence Caramel, fait écho de l'ouvrage intitulé « L'Enigme et le paradoxe, Economie politique de Madagascar », écrit par des chercheurs suite à une étude menée sur le cas particulier de l'économie de Madagascar. Dans la publication, la confrère rapporte notamment les propos des chercheurs qui ont notamment essayé de comprendre pourquoi Madagascar n'a eu de cesse de s'appauvrir depuis son indépendance alors qu'elle n'a connu aucune guerre ni aucun conflit majeur. Les pistes de réflexions mises en avant par les chercheurs sont axées sur la faiblesse de la société civile, le rôle prédateur des élites et le tabou de la violence. Des points de vue qui ont été développés et exploités pour expliquer la « trajectoire singulière » de Madagascar. Dans la Grande Ile, actuellement, le revenu par habitant « est inférieur d'un tiers à ce qu'il était au moment de l'indépendance ». Pourtant, pour les autres pays d'Afrique subsaharienne, le revenu par habitant a triplé. Comparé à la Côte d'Ivoire, le Cameroun, le ¬Bénin ou le Burkina Faso, Madagascar « s'est fait distancer économiquement, y compris par ceux qui sont moins riches en ressources naturelles ». Une des conclusions avancées dans l'ouvrage, selon l'article, se réfère aux élections de 2013 qui ont permis à Hery Rajaonarimampianina d'accéder au pouvoir. Une élection qui aurait été loin de changer « la donne structurelle de l'équation malgache. Le déclenchement d'une nouvelle crise peut intervenir à tout moment ». En tout cas, reste désormais à voir si le régime Rajaonarimampianina va porter une oreille attentive à ces critiques ou comme à son habitude,  elle fera la sourde oreille.
Recueillis par A.R.

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Editorial

  • L'ingérable
    La Grande île échapperait-elle à tout contrôle ? Les dirigeants, maîtres de ce régime, ne parviendraient-ils pas à maîtriser la gestion des affaires nationales ? Tout porte à croire que le pays est sens dessus dessous ! Une cacophonie d'indiscipline et de cafouillage où tout semble, apparemment, permis.

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