Publié dans Politique

Féculerie de Marovitsika Moramanga - Vive tension autour des terrains agricoles

Publié le mercredi, 13 décembre 2017

D’un côté, la féculerie de Marovitsika. De l’autre, les habitants qui sont, pour la grande majorité, d’anciens employés de la société et leurs descendants. La communication est rompue entre les deux parties. Les habitants réclament leur droit à la terre. La féculerie, quant à elle, s’en tient à ce qui est écrit. Une commission déléguée par l’Etat est en activité sur le terrain depuis mardi. L’issue du problème dépendrait du résultat de son travail.

 

« Nous ne voulons plus être sous le joug  des colons »

« Même s’il se produit un autre ‘1947’, je ne quitterai jamais mon village », s’écrie Berthine Razafindramanana, 56 ans et grand-mère habitant au fokontany d’Antanifotsy, Belavabary, un des cinq villages concernés par le litige. Le maire de Belavabary, Benjamin Razafintsalama, affirme l’existence d’une pétition formulée par les communautés. « Je ne me rappelle pas le chiffre exact. Ils sont nombreux à la signer. Peut-être près d’un millier. Mais je ne peux pas confirmer s’il s’agit tous des gens qui habitent réellement dans ces fokontany », souligne l’élu en clamant son entière neutralité vis-à-vis du cas en question. Le maire a convoqué les deux parties en guerre à son bureau. Aucune solution n’a été trouvée. Il a alors dû renvoyer l’affaire à un niveau supérieur. Ces concernés seraient menacés d’expulsion, selon leurs dires. Environ 9 000 habitants sont touchés, selon leur représentant. Le maire réfute catégoriquement une telle affirmation. En revanche, les doléances avec des dossiers à l’appui, disent les habitants, sont déjà entre les mains des hauts responsables gouvernementaux.

 

Poursuivis

La dispute porte sur une surface totale de 4 528 ha, selon Héline Ranamina, une institutrice à la retraite. « On subit les représailles dès que l’on touche à la terre. Pourtant, il est des parcelles qui n’appartiennent pas à la féculerie. Par exemple, le domaine scolaire d’Antanifotsy est construit sur un terrain domanial. Je le sais. Des documents l’attestant sont disponibles. Les gens d’ici qui ont accès à ces informations sont poursuivis », soutient l’ancienne directrice de l’école primaire publique dudit fokontany.

Le litige a démarré après une décision prise à l’égard des habitants occupant des zones boisées. « La société nous a prestement demandés de quitter la forêt. C’était le début de ce mouvement de contestation que vous voyez  ici », témoigne une jeune mère appelée Lanto. Beaucoup ont dû s’extraire de mauvais gré de leurs lieux, selon le témoignage des habitants. « La mesure a affecté ceux dans la campagne comme leurs pairs aux villages. Elle s’applique de manière discrète pour ne pas trop ameuter les gens », affirment-ils.

 

Indéterminées

Ils se plaignent également de l’embargo qui leur est imposé. Ils ne peuvent rien faire car tout appartient à la société, selon leur observation. « Tout nous est interdit. Ceux qui coupent les arbres pour en faire du charbon sont envoyés en prison. Les gens se doivent de cultiver la terre car ici, c’est le substitut de leur patrie. Ceux qui construisent de petites cases dans les vallons sont pourchassés et accusés de vol. Nous sommes terrorisés et ne pouvons plus supporter toutes ces tracasseries. Nous ne sommes plus sous le joug des colons sur notre propre terre », s’emporte Berthine Razafindramanana. « Avant, nous vivions en paix avec la féculerie. Aujourd’hui, c’est devenu la terreur », ajoute Gilbert Rasoloarisoa, un autre grand-père. D’autres faits se rapportant à la vie scolaire et religieuse ont été rapportés. La construction de l’annexe de l’EPP d’Antanifotsy a été refusée alors que les petits écoliers doivent marcher à plus de 7 km pour rejoindre l’EPP-mère. Le pasteur Samuel Ranaivomanana a soulevé l’incendie dans des circonstances indéterminées d’une église FPVM. Héline Ranamina, pour sa part, préconise le renouvellement des opérations de repérage sur le terrain, ce dont s’occupe la commission évoquée plus haut. « Ils retiendront tout qui leur appartient. Le reste doit revenir aux communautés et ce sera tout », insiste-t-elle.  « J’ai passé 40 années à travailler à la féculerie. Il n’y a plus rien maintenant. Il n’y a plus de travail. Tout ce que nous désirons est de pouvoir exploiter librement les terrains agricoles que nous avons déjà mis en valeur. Nous n’avons rien pour vivre que cela », lance Ramanamahefa, un sexagénaire.

 

Soanera Gabriel : « Ces gens-là sont manipulés »

« Nous sommes surpris en apprenant la nouvelle concernant la requête exigeant la restitution des terres à l’Etat ». Ce sont les premiers mots prononcés par Soanera Gabriel, épouse de Modrin, le petit-fils de Gabriel Modrin, le fondateur de la féculerie de Marovitsika en 1901, en pleine période coloniale. « Comment est-ce possible pour une société qui est en règle vis-à-vis de la loi en vigueur depuis son existence ? », se demande la représentante des  associés. Selon sa remarque, une institutrice à la retraite (ndlr : Héline Ranamina) est à l’origine du désordre. « Puisqu’elle n’est plus en activité, nous lui avons prié de libérer la maison construite par la féculerie au profit des autres. C’est à partir de là qu’elle a manipulé les autres pour se lever contre  nous », révèle la dame. Une demande d’ordonnance d’expulsion de la retraitée est déposée auprès du tribunal de première instance de Moramanga. Le général à la retraite Raboanary, autre proche collaborateur de Soanera Gabriel, le confirme.

 

Démarche personnelle

« La raison pour laquelle nous avons envisagé son expulsion est qu’elle a convoqué des assemblées villageoises au cours desquelles elle a tenu des propos dénaturant carrément la décision de la société », raconte l’officier général admis à la retraite. Il dit en avoir la preuve. « Nous avons invité les gens installés dans la forêt à rejoindre les villages afin de faciliter leur recensement et leur encadrement », rajoute sa collaboratrice. Selon elle, les propos de l’institutrice sont tels que les villageois la croient sur parole. C’est l’ancienne fonctionnaire de l’Etat, selon les observations, qui a inculqué dans la pensée des gens l’idée de leur expulsion sans ménagement et d’interdiction formelle d’accès aux terrains agricoles par les villageois. « Elle a réussi à convaincre les pauvres gens à cotiser en vue de sa démarche personnelle », martèle Soanera Gabriel. « Les individus qui la suivent sont des marginaux. J’ai fait moi-même l’objet de menaces. J’ai déposé une plainte auprès de la gendarmerie à ce propos en juillet », le général Raboanary enfonce le clou. Questionnée effectivement sur le projet d’expulsion massive des villageois, l’héritière s’est exprimée en ces termes : « Jamais, jamais, jamais, nous n’expulserons personne. Même des employés retraités occupent toujours des logements de fonction alors que la société en bon droit de leur dire les libérer ».

 

Principaux initiateurs

Selon notre interlocutrice, l’expulsion n’a jamais existé et il est foncièrement infondé de le dire. Elle a toujours un doigt accusateur contre Héline Ranamina. « Elle était fonctionnaire de l’Etat et non employée de la féculerie. Pourtant, nous lui avons attribué un logement comme c’est le cas de tous les instituteurs et enseignants aux deux EPP et un collège d’enseignement général (quelque 600 élèves régulièrement inscrits) que nous avons construits par nos propres moyens », indique-t-elle. « Nous avons eu un problème avec son mari pris en flagrant délit de vol. Une autre personne, en l’occurrence Jean-Roger Andriambola, est en cours d’expulsion en ce moment. Nous avons entre nos mains une décision de justice en son encontre. Ces deux individus sont les principaux initiateurs de la requête visant la restitution de nos terres à l’Etat », poursuit-elle. Elle a encore fourni de plus amples détails sur la manière de gérer les rizières avec les villageois. « Toutes les rizières leur sont réservées. Une règle d’exploitation est établie. Mais les champs de culture sont uniquement pour la féculerie », précise-t-elle. En tout, le domaine couvre 5 392 ha, c’est-à-dire près d’un millier d’hectare de plus comparativement à la donnée avancée par sa contradictrice.

 

Validées

La féculerie qui est entrée en phase de production dans les années 1940 est en cessation d’activité à présent. La crise de 1972 a précipité son déclin. « Nous avons décidé d’arrêter en 2013 pour des raisons de sécurité. C’est une machine à vapeur qui peut exploser à tout moment faute d’entretien », mentionne-t-elle. Quant à l’accès aux rizières, les demandes reçues par la féculerie sont validées sous réserve de quelques conditions. Réfutant catégoriquement toutes les allégations au sujet de la féculerie, l’héritière se tourne vers les occupants illégaux et loue l’attitude de la majorité. « Nous préservons les zones humides et les zones tampons pour sauvegarder l’environnement et les espèces. C’est à Marovitsika que l’on peut encore voir les petits lémuriens nocturnes, les microcebus. Mais les habitants sont fâché quand nous leur interdisons de détruite les bas-fonds avec des plantes endémiques », regrette-t-elle. Tout est effectivement presque ravagé actuellement.

 

Plus intelligente

Se convertissant à la production d’huile essentielle, la société envisage de planter 70 000 pieds de girofliers, de caféiers et d’autres espèces. Contre toute attente, les gens tout autour ont planté du manioc… sur les parcelles préparées à cette fin. « Aucune portion n’est exclue de nos cadastres. Toutes les terres y sont comprises. On a ici une longueur totale de 110 km de routes et de pistes dans l’ensemble du domaine pour vous dire que tous les champs étaient exploités », lance l’intervenante.  Vers la fin de l’entretien, elle a révélé que Héline Ranamina exploite le maximum de rizières. Plus intelligente que tous les autres, elle endette les villageois car elle tient une boutique. Elle défend ses propres intérêts derrière le mouvement qu’elle a déclenché. Vous pouvez le constater par vous-mêmes. Il faut que quelqu’un de neutre refasse le lien. Les relations sont complètement coupées entre nous. « Nous n’avons fait que du social au profit des villageois depuis 60 ans », s’exclame-t-elle.

Reportage réalisée par  Manou Razafy

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'indiquer les informations obligatoires (*).
Le code HTML n'est pas autorisé.

Fil infos

  • Lois électorales et dérives démocratiques - Les députés opposants s'en remettent à la Communauté internationale
  • Hery Rajaonarimampianina - Départ en catimini à l'extérieur ?
  • Menaces contre des députés Tim-Mapar - Plainte de réserve contre le préfet et des gros bras
  • Syndicat des artistes - Halte aux abus des autorités !
  • Privation de discours à Vohipeno - La colère très mal placée de Hery Rajaonarimampianina
  • Déplacements de Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina - Le régime aux abois
  • Manifestations publiques interdites - Les catholiques font de la résistance
  • Régime Hvm - S’expliquer pour mieux couler !
  • Rencontre avec les Tananariviens - Manifestation des députés Tim -Mapar maintenue
  • Ramena – Antsiranana II - Abus de pouvoir d’un ancien maire

La Une

Editorial

  • Encore intacte !
    Les quatre longues années d'absence d'Andry Nirina Rajoelina, ancien Chef d'Etat intronisé au moment de la Transition, n'ont pas eu raison de la popularité de ce jeune meneur d'hommes  auprès des Malagasy. Le capital-confiance dont il jouissait  n'a jamais fait l'objet de la moindre écorchure ni montré la trace d'aucune égratignure.

A bout portant

AutoDiff