Publié dans Politique

Team building à Mantasoa - Au bord d’un lac artificiel entouré d’énigmes

Publié le mardi, 13 février 2018

Un lieu de villégiature privilégié, de réjouissances et d’évasion. La Région de Mantasoa, située à une soixantaine de  kilomètres à l’Est d’Antananarivo, l’est effectivement. Les promoteurs des activités écotouristiques, florissantes dans le coin, ne tarissent pas d’éloges pour vanter les qualités de la localité pour courtiser les visiteurs internationaux et nationaux. Une plaque servant de repère érigée sur un domaine privé affiche les distances des plus grandes villes du monde par rapport à ce point.

Le lac artificiel créé en 1931-1936, la cité industrielle bâtie par l’explorateur français Jean Laborde et son tombeau à l’ancien village d’Andrangoloaka constituent les trois principales attractions de l’endroit. La Première République a construit une résidence d’Etat à l’Est de l’actuelle ville de Mantasoa. De jolies villas et infrastructures suivant les standards internationaux aussi s’incrustent dans le paysage idyllique. La ruée vers les propriétés foncières locales continue de plus belle jusqu’à présent.

 

Bataille électorale

En effet, une tapée de personnalités et de hauts responsables étatiques ainsi que de partenaires, étrangers et nationaux, s’y réunissent hier et aujourd’hui à l’occasion du team building gouvernemental. C’est une sorte d’introspection collective sous la férule du Président Hery Rajaonarimampianina et du Premier ministre Olivier Mahafaly Solonandrasana.

Ce, afin de mieux contrôler sûrement la bataille électorale à venir qui s’annonce rude pour le parti au pouvoir Hvm. Les stratégies à déployer se discutent à huis clos au bord du grand réservoir d’environ 2 000 ha aménagé pour réguler le cours de l’Ikopa et d’irriguer la plaine rizicole du Betsimitatatra. Sa construction en pleine période coloniale recèle toutefois des anecdotes rarement racontées. Des tombeaux familiaux et autres monuments funèbres appartenant aux autochtones peuplent le lac artificiel.

Engloutis

Les uns sont encore visibles sur les divers îlots à l’intérieur du plan d’eau. Certes, les autochtones continuent de s’y adonner 

à des cérémonies funèbres comme l’enterrement et le retournement des morts. Par contre, les autres, plusieurs dizaines, sont entièrement engloutis sous les eaux avec les cadavres dedans. Il en est de même des rizières dans les vallons d’où les anciens occupants ont tiré 

l’essentiel de leurs moyens de subsistance. D’une capacité de plus de 100 millions de mètres cubes, le barrage qui ferme le lac artificiel alimente de fait les centrales hydroélectriques d’Antelomita et de Mandraka. Au moment  de l’exécution du projet de construction du bassin, l’administration coloniale a intimé les locaux à évacuer les périmètres en ramenant avec eux leurs morts contre des compensations financières symboliques.

Abandonnés de force

Ne sachant pas quoi faire face aux injonctions étatiques, les uns s’y sont pliés de mauvais gré tandis que les autres ont organisé la résistance. Des mouvements centrifuges se sont alors mis en marche afin de s’éloigner de la montée des eaux. Des migrations de proximité se sont imposées. Des migrants ont même atteint la vallée du Mangoro à l’est, là où ils s’installent définitivement jusqu’à nos jours.

Certains, en prenant les directions de l’ouest et du sud, se sont fixés à Miadanandriana et dans les secteurs d’Andramasina. En arrivant aux nouvelles terres d’accueil, ils ont dû construire de nouveaux tombeaux pour y enterrer les restes mortels des proches récupérés aux points d’attache traditionnelle à Mantasoa mais abandonnés de force.

Vengeance des ancêtres

Les réfractaires au projet colonial ont refusé de prendre l’argent proposé en s’abstenant de toucher à leurs défunts dont les demeures disparaîtront à jamais sous ce beau et vaste plan d’eau propice à la baignade, aux divers sports nautiques de haut niveau et à la pêche même si cette dernière est pratiquée par un infime nombre de résidents. Ces derniers redoutent que la rancune des ancêtres maltraités, enfouis sous les eaux, puisse avoir des effets néfastes sur leur vie.

Selon la croyance locale, la récurrence des accidents mortels dans le lac artificiel trouve une explication plausible dans les origines enchantées du réservoir par-delà toute autre raison jugée rationnelle. Les péripéties du passé restent fortement ancrées dans les cadres sociaux de la mémoire des descendants. Selon les témoignages, des pirogues transportant des cadavres pour rejoindre les divers îlots, se renversent de façon mystérieuse en pleine traversée du lac.

Résidence surveillée

Sur le plan purement politique, la Région de Mantasoa est un terreau fertile aux faits négatifs. Les politiciens malpropres aux yeux des régimes y ont été envoyés en résidence surveillée. Manandafy Rakotonirina, qui évolue actuellement dans l’entourage immédiat de Hery Rajaonarimampianina, a été parmi les victimes potentielles durant les premiers mois de la transition en 2009. Par ailleurs, le nom du coin reste inséparable de l’histoire contemporaine de Madagascar. Le durcissement du mouvement de contestation du résultat électoral en 2002 sur la place du 13 mai à Antananarivo est inévitable après que le siège de la Haute Cour constitutionnelle a été secrètement transféré à l’hôtel L’Hermitage. Quelque temps plus tôt, ses membres ont prêté serment au Palais d’Etat d’Iavoloha en présence du Président sortant de l’époque, l’amiral Didier Ratsiraka. L’on sait ce qu’il en sera de la suite après.

Troubles électoraux

Derrière ce fameux team building, d’aucuns entrevoient déjà le spectre de 2002 surtout qu’il est organisé quatre jours après la prestation de serment du nouveau juge constitutionnel, en l’occurrence Tahiana Rabetokotany, à Ambohidahy Antananarivo vendredi dernier en présence, entre autres, du Président de la République et du Premier ministre. Hier, le locataire de Mahazoarivo a évoqué parmi les motifs du regroupement à Mantasoa la nécessité pour les membres de l’équipe gouvernementale de se parer à d’éventuels troubles électoraux. Sur un tout autre plan, Mantasoa est un haut lieu de la 

« socio-folie ». Il s’agit d’un concept inventé par l’actuel ministre de l’Education nationale Paul Rabary, à la fois membre de bureau du parti Hvm, durant l’époque où il était président de l’Association des étudiants en sociologie de Madagascar (Aesm) au département de sociologie à Ankatso. Il en était aussi le principal bailleur de la mise en œuvre sur les rives du lac artificiel. « American pie » De façon succincte, la  « socio-folie » est un moment de détente de quelques jours d’affilée entre étudiants en sociologie selon un style semblable à l’« American pie ». C’est ce qui a amené la conscience collective à s’opposer pour de bon à la perpétuation de ce mode d’action inventé par certains sociologues en herbe pour stopper son imitation par tous les autres. Sûrement, le séjour au bord du lac artificiel de Mantasoa rafraîchit la mémoire du ministre et de son équipe pour qu’ils se remémorent des détails de leurs exploits et folies 

d’antan. Le team building gouvernemental se penche également sur le social. A ce propos, le lac de Mantasoa fait vivre des centaines de ménages ruraux. L’existence de la forêt d’eucalyptus dans et autour du lac leur offre la possibilité de fabriquer du charbon de bois à longueur d’année. Le plan d’eau sert en même temps de voie navigable pour les bouilleurs de toaka gasy (du rhum de fabrication artisanale) en provenance de la vallée de Mangoro.

Le team building entend résoudre le problème d’insécurité sur l’île et en voilà une autre facette de l’endroit choisi pour ce faire !

La rédaction

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