Publié dans Politique

Mobilisation contre l’insécurité - L’absence de réaction gouvernementale consternante

Publié le vendredi, 16 mars 2018

Le Conseil du gouvernement au palais de Mahazoarivo dans l’après-midi du jeudi 15 mars à partir de 16 heures était silencieux sur le mouvement bruyant mais pacifique baptisé « Aok’zay » initié par un certain nombre de groupements professionnels et bien d’autres entités pour dénoncer à haute voix l’insécurité urbaine et rurale ainsi que le kidnapping persistants sur l’ensemble du territoire de Madagascar. Aucune mention permettant aux citoyens d’apprendre les réactions immédiates des autorités gouvernementales n’a figuré sur le communiqué émanant des porte-parole du gouvernement à moins que ceux-ci aient encore commis une bourde. Personne n’a non plus vu la moindre réponse des trois départements ministériels chargés de la défense et de la sécurité publique à examiner les informations officielles.


 Exceptionnel
Il est un peu consternant de le constater dans la mesure où le Premier ministre lui-même est le premier responsable de la sécurité aux termes de l’article 65 de la Constitution qui stipule en son alinéa 9 qu’« il assure la sécurité, la paix et la stabilité sur toute l’étendue du territoire national dans le respect de l’unité nationale. A cette fin, il dispose de toutes les forces chargées de la police, du maintien de l’ordre, de la sécurité intérieure et de la défense ».
Dès jeudi après-midi, tout de suite après le tintamarre, les hauts responsables concernés auraient dû manifester un geste, même symbolique, pour signifier que l’appel a été bien reçu. La sécurisation de la délégation indienne les aurait peut-être trop occupés qu’ils n’ont pas eu le temps de le faire sur-le-champ. En effet, la ville d’Antananarivo a vu un déploiement exceptionnel des forces de sécurité ces derniers jours.
 Secrétaire d’Etat
Des coïncidences saisissantes, vraisemblablement dues au hasard du calendrier, ont pu être notées. Le mouvement s’est passé au moment où la délégation indienne était encore bel et bien dans nos murs. Point n’est plus besoin de rappeler que la récurrence du kidnapping, un des mobiles de la manifestation, frappe constamment la riche communauté indienne à Madagascar. La mobilisation générale s’est aussi produite peu de temps après le passage à Antananarivo du secrétaire d’Etat français à la Coopération Jean-Baptiste Lemoyne. Lors de son audience à Iavoloha dans la soirée de mardi, celui-ci a rappelé au maître du lieu la teneur de son échange avec le président Emmanuel Macron à l’Elysée qui, rappelons-le, a incité de façon pressante les autorités malagasy à faire le nécessaire pour identifier, arrêter et punir les kidnappeurs.
 Grosses sommes
Par ailleurs, la concrétisation du mouvement « Aok’zay » a eu lieu exactement un mois après le « team building » à Mantasoa où il était, entre autres, question de sécurité et de coordination des actions de développement au nom de
l’« émergence ». Difficile de croire que les discussions ont porté leurs fruits dans l’immédiat.
A ce stade, le gouvernement lui-même a besoin d’une bonne leçon de coordination à considérer l’annonce tonitruante du ministre des Affaires étrangères Henry Rabary-Njaka au sujet du calendrier électoral. La brûlante affaire « Antsakabary » aussi se réchauffe pour défier la solidarité gouvernementale.
Le locataire de Mahazoarivo a promis de prendre la bête par les cornes au début du mois. Mais les observateurs restent blasés sans des actes probants de la part de son équipe. Aucun gros bonnet n’est arrêté jusqu’ici. Jusqu’à preuve du contraire, personne ne croirait que les petits larcins aux 67 ha sont les auteurs des prises d’otage contre de grosses sommes d’argent.
 Fusillade
« Les enlèvements sont devenus un véritable business d’une mafia dont les ramifications sembleraient atteindre les hautes sphères du pouvoir militaire et politique, créant une situation de terreur nationale. Si de hautes personnalités censées nous gouverner ou nous protéger versent dans des pratiques aussi crapuleuses que criminelles, il y a lieu, non seulement de tirer la sonnette d’alarme, mais également de craindre le pire », observent les initiateurs du mouvement  « Aok’zay » dans un communiqué daté du 19 janvier. Le ver est donc dans le fruit.
Ironie du sort, au moins deux tristes événements ont été rapportés le jour du tintamarre. Dans la journée de jeudi, un gendarme « incontrôlé » a mis fin à la vie de deux de ses frères d’armes dans une fusillade encore à élucider avant de commettre un suicide avorté à Beraketa Androy. Dans la soirée, six hommes armés ont braqué l’agence du Microcred à Mahajanga. Des faits indiquant que le gouvernement de combat a intérêt à bien peaufiner sa stratégie en revoyant d’urgence sa copie.
Manou Razafy

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Editorial

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