Publié dans Politique

Quatrième République - Les artisans de la descente aux enfers du régime

Publié le vendredi, 15 juin 2018

Le Président Hery Rajaonarimampianina rejoint la longue liste des présidents dont le mandat a été écourté par la force des choses. Sanctionné par la Haute Cour Constitutionnelle (HCC), le premier Président de la Quatrième République doit en effet organiser des élections anticipées durant la période sèche de l'année en cours. Exit donc le mois de novembre défini dans la Constitution à moins que les proches du président s'entêtent à défier la HCC en envisageant même de reporter à l'année prochaine ces élections présidentielles.

Des proches qui, dès le début du mandat du président élu démocratiquement lui ont induit en erreur par des stratégies lugubres. Et au décompte final, c'est le Président qui s'avère être le grand perdant contrairement aux conseillers qui ne seront jamais les payeurs des pots cassés.
Avec ses moyens financiers dont tout le monde fait semblant de ne pas connaître la provenance, Mbola Rajaonah figure en tête de liste des conseillers responsables de la décadence du régime Rajaonarimampianina. Ce transitaire, qui a connu une ascension fulgurante durant ces quatre dernières années, est connu de tous comme l'homme le plus influent du cercle des Dieux d'Iavoloha. Proche du couple Hery et Voahangy Rajaonarimampianina, Mbola « Tafaray » souffle le chaud et le froid et personne ne peut le contrer ni lui faire de l'ombre. Il est la clé passe-partout pour accéder au Palais d'Iavoloha et d'y sortir également. Des hauts responsables évincés du régime et des amis du couple présidentiel bottés en touche peuvent en témoigner. En dépit de ce privilège, Mbola Rajaonah n'a pas su conseiller son boss dans la gestion de crise. Et aujourd'hui, au lieu d'indiquer la porte de sortie la plus honorable au Président de la République, il lui bande les yeux et les oreilles et l'emmène sur la pente glissante du déshonneur. Le plus important pour Mbola Rajaonah, d'après des sources concordantes, c'est de maintenir Hery Rajaonarimampianina à son poste afin qu'il puisse jouir des prérogatives qui vont avec. Le nom de ce conseiller influent est maintes fois cité dans les affaires juteuses qui font des vagues actuellement à l'instar de celle de la société Ametis. Bien que l'intéressé ait déjà démenti sa proximité avec cette entreprise qui collecte les taxes sur les visas d'entrée à Madagascar, les observateurs croient dur comme fer que Mbola Rajaonah a mouillé son maillot pour cette équipe. La vérité finira tout de même par éclater d'ici peu. Il en est de même sur les accusations, à tort ou à raison, portées contre lui et relatives aux entrées frauduleuses des containers de marchandises au port de Toamasina.
Dans le cercle d'Iavoloha se trouve également un certain Hugues Ratsiferana. Influent aussi, il n'a pas pourtant le gabarit de Mbola Rajaonah, n'empêche il jouit tout de même d'une oreille présidentielle attentive. A preuve, c'est à cet ancien pilote d'Air Madagascar que le Chef de l'Etat a confié les règnes de l'organisation du Sommet de la Francophonie dans la Grande île en 2016. Un Sommet qui, rappelons-le, a laissé un goût amer à certains opérateurs économiques, non payés jusqu'à maintenant, contrairement aux prestataires proches du régime. De cette confiance presque aveugle du Président à son endroit,  Hugues Ratsiferana figurait en bonne place pour guider son boss vers le droit chemin mais ce n'était pas le cas. Sinon comment expliquer ces dérives, non seulement politiques mais également économiques, perpétrées par le régime dont il en fait partie.
La troisième personne la plus influente et ayant certainement la lourde responsabilité de la chute libre du locataire du Palais d'Etat d'Iavoloha n'est autre que le président du HVM, Rivo Rakotovao. Mis à l'écart par l'équipe de Mbola Rajaonah, il est revenu en force au premier plan en devenant le président du Sénat. Il a bien attendu son heure pour prendre sa revanche sur ceux qui ont travaillé en coulisse pour l'humilier. Obnubilé par cette vengeance envers ses « faux frères », Rivo Rakotovao a mis en second plan le sauvetage du Président Hery Rajaonarimampianina en plein tourment dans cette crise politique. Ayant carte blanche sur la nomination des partisans dans le gouvernement de Ntsay Christian, il n'a trouvé mieux que de recaser les têtes indésirables du HVM au détriment des fidèles parmi les fidèles. Une clique de Rivo Rakotovao constituée autour du noyau dur formé par Henri Rabary Njaka et Riana Andriamandavy VII. Toutes les cartes entre ses mains pour redorer le blason terni du Président Rajaonarimampianina en particulier et de celui du régime en général, Rivo Rakotovao a commis l'erreur fatale d'évincer les Paul Rabary, Neypatraiky ou Anicet Andriamosarisoa. Une éviction vue d'un mauvais œil par les militants de base et certains ténors du parti présidentiel dont les députés. La démission de John Elite à la tête du groupe parlementaire HVM illustre parfaitement ce ras-le-bol des députés.
Mahafaly Solonandrasana Olivier, l'ancien Premier ministre, se trouve lui aussi sur le banc des accusés. A la tête de l'exécutif pendant les deux dernières années, il a multiplié les bourdes monumentales ayant entraîné cette chute libre du régime. La dernière en date a été celle de trop. En présentant et défendant becs et ongles, le projet des lois électorales, Mahafaly Solonandrasana Olivier, l'ex-PM a mis le doigt là où il ne fallait pas toucher. Au lieu d'entendre les recommandations et revendications des politiques et de la société civile par rapport à ces lois électorales, le gouvernement dirigé par l'ancien Chef du gouvernement s'est entêté. L'histoire rappellera que c'est l'adoption de ces textes controversés par le Parlement malgache que va débuter la crise actuelle. Les textes seront adoptés aux forceps le 3 avril par les députés partisans du régime et dans un contexte marqué par de lourds soupçons de corruption de haut niveau. Si les dispositions les plus controversées au sein des lois électorales ont finalement été annulées, 73 députés d'opposition ont, depuis le 21 avril, réclamé le départ du Président. Et ce, suite à la tuerie sur la place du 13 Mai qui a fait plusieurs morts et des dizaines de blessés dans les rangs des manifestants pro « députés pour le changement ».Saisie d'une motion de destitution par ces députés, la HCC ne lui a pas donné satisfaction, mais exigé la formation d'un nouveau gouvernement et la tenue d'une élection anticipée. Le 4 juin, le Président Rajaonarimampianina s'est plié à la première injonction et a nommé un nouveau Premier ministre, Christian Ntsay, proposé par le MAPAR après la démission forcée de Mahafaly Solonandrasana Olivier. Cette semaine, le nouveau gouvernement a été mis en place. Cette équipe gouvernementale aura la charge d'organiser l'élection présidentielle anticipée.
La rédaction

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Editorial

  • HVM, que reste-t-il ?
    Alors que toutes les formations politiques, du moins celles dignes de leur stature, resserrent les rangs pour affronter la course en vue de la magistrature suprême, le parti du Président démissionnaire Hery Rajaonarimampianina s’effrite. Le parti au pouvoir va en ordre dispersé.  Les démissions se succèdent. Une défection cache une autre ! A ce rythme, le parti présidentiel, une formation politique, sûre de sa puissance, à  l’époque, et qui défiait avec un certain orgueil et d’une fierté, mal placée, les autres serait d’ici peu une carcasse d’ossements, sans âme, ni corps,  l’ombre de lui-même ! Les « départs définitifs » se poursuivent. Et la liste n’est pas exhaustive !

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