Publié dans Politique

Haingo Rasolofonjoa - « Il faut préserver avant tout la paix sociale dans ce contexte difficile »

Publié le lundi, 12 novembre 2018

Alors que les tons montent et le microcosme politique s’anime, le candidat Haingo Rasolofonjoa tente de calmer les ardeurs et les passions très partisanes. Il fait appel à la retenue des acteurs politiques en général et des candidats en particulier tout en souhaitant que les résultats de cette élection ne présentent aucun trait de partialité ni de maladresse. Dans ce contexte difficile, fait-il remarquer nous devons avant tout préserver la paix sociale et l’unité nationale. INTERVIEW

La Vérité : Nous entrons dans une phase très délicate du processus électoral car la période post-électorale reste toujours très mouvementée. Etant partie prenante à cette échéance électorale, on veut savoir votre appréciation de la situation ?
Haingo Rasolofonjoa :
« Le contexte général est déjà délétère. La presse nous informe quotidiennement sur tous ces événements malheureux à travers le pays comme s’il ne se passait une journée sans meurtre, attaques à main armée, kidnapping, incendie meurtrier, trafics illicites, vindicte populaire, décès causés par le réémergence des épidémies  médiévales et de pauvreté. C’est dans ces décors que cette élection s’est déroulée. Je m’inquiète énormément car le torchon brûle entre les partisans respectifs des candidats et cela risque de se dégrader au fil des heures à l’approche des résultats finaux. La situation est d’autant plus alarmante que ces batailles rangées sans aucune retenue sont vécues en direct par les utilisateurs des réseaux sociaux. L’opinion déjà fortement divisée est gavée à tout moment des informations partisanes dénudées de tout recoupement avec des colorations des haines et des passions effrénées. Viennent s’ajouter à ces dérives les informations encore très partisanes et très passionnées des organes de presse formels. Ce grand ensemble s’apparente à un véritable baril de poudre dont la déflagration n’attend qu’une petite étincelle qui peut venir  à n’importe quel moment ».


LV : Néanmoins, les mises en garde de la CENI et de la communauté internationale sont déjà très claires.
H.R : « Quand la passion frise le fanatisme, on a du mal à revenir à la raison. J’émets cette remarque à l’endroit des partisans respectifs des candidats en lice sans exception. Quand les langages ont été poussés à l’extrême durant un mois de campagnes pour galvaniser les électeurs, il est très difficile de bloquer les ardeurs d’une foule de partisans dans leurs élans à la recherche d’une victoire à tout prix. Ces partisans jugent et raisonnent uniquement à base de l’apparence de l’affluence massive sur les terrains des campagnes sans imaginer en un seul moment que chaque électeur agit de sa propre conscience dans l’isoloir et tout peut arriver dans le verdict des urnes. C’est ce fanatisme des partisans dans ce moment très sensible qui est très inquiétant. La CENI et les observateurs internationaux ont lancé des mises en garde mais est-ce que leurs messages sont captés d’une même oreille ? Je reviens encore dans ce sens sur les réseaux sociaux et sur les articles trop passionnés des organes de presse et les déclarations enflammées des partisans respectifs ».
LV : Dans cette situation que vous jugez alarmante et fortement inquiétante existe-t-il encore de recours possible ?
H.R : « Il nous faut obligatoirement une issue pour éviter les éventuels chaos car les vrais dangers sont déjà à un pas de nous. Les solutions dépendent entièrement des candidats, des institutions de la République organisatrices de cette élection et des acteurs politiques. Ces trois entités sont les premiers responsables de l’échec ou de la réussite de ce processus électoral. Depuis le début de ce processus, on a déjà mis en exergue la méfiance et les suspicions et les acteurs politiques sont déjà scindés en deux camps adverses et ce n’est pas déjà de bon augure. Dès ce moment même, la situation est déjà confuse. Après soixante années d’indépendance, nous sommes restés bloqués dans l’état flagrant d’un pays sous-développé sur tous les plans. Nous ne sommes même pas capables de faire montre de maturité dans la préparation d’une élection, critère basique dans la capacité de mise en place d’une Nation moderne. Il n’est pas du tout étonnant que nous sommes figés dans cette situation de délabrement chronique. L’espoir de voir la situation changer était de mise en 2013 lorsque la crise post-électorale était évitée et voilà que le naturel revient au galop.
En tant que candidat et en me considérant comme membre d’une nouvelle génération de politicien qui veut voir se terminer ces cycles de malédictions persistantes dues à des erreurs humaines pendant des décennies ; je fais appel à la conscience citoyenne des trois entités que je viens de citer nommément pour qu’on n’embarque pas la population et le pays dans une aventure sans lendemain pour des questions d’intérêt quelconque d’un groupe ou d’un camp ».
LV : Malgré tout, croyez-vous à une victoire au premier tour d’un candidat ou faut-il un second tour ?
H.R : « Je ne réponds pas à cette question par souci de préservation des droits  et prérogatives légaux des institutions de la République ».
LV : Etes- vous prêt à reconnaître le résultat final ?
H.R : « Un candidat qui est élu est le choix de la majorité des 10 millions d’électeurs qui représentent les 22 millions d’habitants. Un citoyen qui se respecte doit accepter le verdict qu’on souhaite transparent et impartial. Madagascar est en ce moment à la croisée des chemins et nous devons avant tout préserver la paix sociale dans ce contexte déjà très difficile. Une simple erreur petite soit-elle peut tout basculer dans le chaos ».
La Rédaction

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