Publié dans Société

Vindicte populaire - Le personnel de la santé désormais vulnérable

Publié le dimanche, 05 mars 2017

Les membres du personnel de la santé sont désormais devenus vulnérables à la vindicte populaire, selon des observateurs avertis. Ce problème qui prend une ampleur inquiétante à Madagascar reste irrésolu jusqu’à nouvel ordre. La dégradation avancée du système de la santé au pays peut constituer à ce propos une circonstance aggravante pour les employés du secteur.

« Tout semble indiquer que le phénomène peut s’étendre à nous dorénavant. Un juge à Toliara, un gendarme à Ikongo et dernièrement deux policiers à Befandriana-Avaratra ont été lynchés outre les simples citoyens », s’inquiète un cadre au ministère de la Santé publique. En effet, le secteur qui figure parmi les plus décriés par la population cumule davantage de reproches et de critiques acerbes à longueur d’année.
Caractère incendiaire
Le décès d’une parturiente ayant subi une opération césarienne au centre hospitalier de Befelatanana et celui d’une autre sujette à l’appendicectomie à Mahitsy Ambohidratrimo – autant d’interventions chirurgicales parmi les plus faciles – constituent des cas jamais signalés dans les annales médicales d’Antananarivo et ses environs qui concentrent le plus grand nombre de chirurgiens et de cliniciens expérimentés de l’île. Ces drames encore d’actualité brûlante sont de ce fait imputables à un mauvais traitement et non au manque de compétences. Pour l’incident de Befelatanana en particulier, beaucoup ont vu dans les propos tenus par le secrétaire général du ministère de la Santé publique, Dr. Joséa Ratsirarson, un caractère incendiaire assimilable à ceux de l’ancien ministre de la Sécurité publique, André Norbert Anandra, vis-à-vis des expéditions punitives menées par des hommes sous ses ordres à Befandriana-Avaratra. Au lieu de calmer les esprits, le spécialiste de la santé publique et de l’épidémiologie a plutôt protégé systématiquement son administration en faisant porter la responsabilité à la famille de la victime.
Frustrations
Le microbiologiste de formation et aussi un talentueux musicien est peut-être loin d’avoir en tête combien une telle réaction de la part d’un individu haut placé qu’il est peut générer des malaises dans la société. Indiscutablement, les frustrations sont toujours anxiogènes. Elles sont considérées comme la source primaire d’une situation explosive qui se traduit de temps à autre par ces tragiques vindictes populaires ayant cours un peu partout au pays. Des enquêtes devraient être ouvertes et des mesures similaires à celles prises à l’égard de l’affaire Antsakabary devraient être appliquées. L’investigation destinée à restituer le fait, afin de détecter tout éventuel manquement à la responsabilité, est possible dans la mesure où les détails des différentes étapes de la mise en main d’un patient fait l’objet des enregistrements réguliers depuis l’admission au centre de santé jusqu’à la sortie.
Fonds d’équité
De plus, tous les centres de santé, y compris les centres de santé de base, sont chacun dotés du fonds d’équité, une sorte d’assurance. Celui-ci est mobilisable en cas d’urgence extrême si la famille du malade est incapable de payer immédiatement le frais d’opération, de l’avis d’un connaisseur du milieu médical à Madagascar. Seulement, selon la règle, les bénéficiaires sont tenus de rembourser la totalité du montant dépensé après. Une question se pose alors pourquoi on n’a pas recouru à ce fonds en faveur de la parturiente de Befelatanana. Nous en venons maintenant à la question relative aux droits humains. Le droit à la santé fait partie des droits fondamentaux que des membres du personnel de la santé négligent quelquefois. Cela se manifeste plus souvent à travers les façons d’accueillir les malades et leurs familles. Outre l’existence de la corruption presqu’à tous les niveaux, le comportement de certains employés de l’hôpital attise encore plus les peines individuelles et collectives au lieu de les alléger.
Gesticuler
Le mauvais traitement réservé aux moins lotis est contraire à la mission du système de santé qui est déjà mal géré chez nous faute de management et de leadership forts des ressources humaines. Selon un avertissement solennel donné en janvier dernier, tout écart de comportement susceptible de nuire à l’image de l’Etat ne serait pas toléré.
Maintenant plus que jamais, il est judicieux de redorer le blason du secteur « santé » après ces malheureux événements au sein des grands hôpitaux qui regorgent de professeurs et de spécialistes. Des décès à ces niveaux sont plus qu’inacceptables. Le plus grand défi actuel est de redresser la confiance de la population et d’augmenter l’utilisation des infrastructures existantes au lieu de gesticuler sur des activités budgétivores à travers le pays mais qui ne répondent point aux vrais besoins de la population.
Manou Razafy

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Editorial

  • Soixante-et-un ans !
    Ce jour du 14 octobre, la République Malagasy a soixante-et-un ans. En effet, le 14 octobre 1958, la République malgache est née. Une étape voulue par l'Elysée avant d'octroyer l'indépendance. Il fallait attendre deux années après (1960) pour que le Général de Gaule se décide à le faire. Le Congrès des Assemblées provinciales réuni au lycée Gallieni (Andohalo Antananarivo) approuva par 208 voix pour, zéro contre, 26 abstentions et 6 portés absents l'instauration de la République à Madagascar. Zafimahova, celui qui a présidé la séance, annonça solennellement dans un tonnerre d'applaudissements la « nouvelle » ce jour du 14 octobre 1958 à 10 h 50 tapante (source Wikipédia) tout en restant dans la grande famille de la Communauté française.  

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