Laifara Yersin Connor, un jeune homme non-voyant, vient de marquer l’histoire de la faculté EGS – Economie, gestion, sociologie de l’université d’Antananarivo. Lundi dernier, il a soutenu avec succès son mémoire de Master 2 en économie, parcours Monnaie – banque – finance, sur un thème à la fois moderne et ambitieux : « Algotrading de cryptomonnaies via l’intelligence artificielle ». Ce dernier a obtenu la mention Très bien, une distinction méritée pour un étudiant au parcours exceptionnel. Derrière cette réussite se cache une histoire pleine de courage. Laifara a perdu la vue à l’âge de 13 ans, à la suite d’un incident médical qu’aucun médecin n’a su expliquer. Mais il n’a jamais baissé les bras. « Je me suis rendu compte que la vie continue, je ne devais pas la terminer en versant des larmes », raconte-t-il. Il apprend à lire et à écrire en braille, poursuit ses études et garde toujours sa place de premier de la classe. Au lycée, il obtient deux baccalauréats : d’abord un Bac série A2 avec mention Bien, puis un Bac série C l’année suivante. « J’ai toujours voulu prouver que le handicap ne veut pas dire incapacité », dit-il avec le sourire.
Persévérance
Passionné de chiffres, Laifara a choisi l’économie pour donner vie à ses compétences en mathématiques. « Je voulais que les maths ne restent pas juste des théories compliquées. L’économie me permettait de les utiliser pour comprendre le monde réel », a-t-il annoncé. Ce dernier s’est ensuite tourné vers la finance, un domaine qu’il juge à la fois exigeant et stimulant. Selon lui, « J’aime les choses qui font réfléchir et qui me poussent à aller plus loin. La finance est un monde imprévisible, il faut toujours être prêt à analyser et à s’adapter ». Son mémoire en est la preuve. A travers le thème « Algotrading de cryptomonnaies via l’IA », il s’est intéressé à l’utilisation d’algorithmes et d’intelligence artificielle pour automatiser le trading sur les marchés financiers. « Quand on parle de finance, on pense souvent à la statistique ou à l’économétrie. Moi, je voulais apporter une autre vision : celle de la programmation et de l’algorithme. Celui qui maîtrise le code, maîtrise la machine », explique-t-il avec passion. Son parcours n’a pas été facile. Le manque de matériels adaptés pour les étudiants non-voyants à l’université d’Antananarivo reste un vrai problème. « Il n’y a pas de livres scientifiques en braille. Alors, j’empruntais les cahiers de mes camarades et je demandais à mes amis de me lire les textes. Ensuite, je les traduisais moi-même en braille », raconte-t-il calmement. Malgré ces difficultés, il garde le sourire et remercie sa faculté pour l’avoir toujours soutenu. Il espère que, dans l’avenir, les universités malgaches seront plus accessibles pour les étudiants handicapés. En effet, après cette réussite, Laifara ne compte pas s’arrêter là. Pour l’instant, il souhaite se lancer comme freelance dans le domaine de l’administration système Linux et du data science, afin d’économiser et de créer sa propre entreprise d’algotrading. « L’étude n’est pas seulement un moyen d’avoir un travail. Pour moi, c’est une seconde nature. J’aime apprendre et je continuerai toujours », a conclu Connor.
Carinah Mamilalaina








