« Mon engagement est né d’une blessure », confie-t-elle, en faisant référence à une histoire personnelle douloureuse. En fait, Florentine a été victime de violences sexuelles dans son enfance, mais elle a longtemps gardé le silence. Lors de son retour au pays, elle a constaté que rien n’a changé. « D’autres enfants, d’autres femmes, continuaient de vivre ce que j’avais vécu ».
Florentine a décidé de transformer sa douleur en levier d’action, en refusant que son histoire se répète chez d’autres. Elle fonde ainsi l’association « TAO », dédiée à la sensibilisation, à l’accompagnement des victimes et à l’évolution des mentalités. « Mon militantisme est né de ce refus : je n’accepte pas le fait que ce que j’ai vécu continue d’arriver à d’autres ».
Le sport comme pilier de la reconstruction
Outre la vie associative, le sport est aussi devenu un pilier dans la reconstruction de Florentine. « Il m’a permis de me réapproprier mon corps, de survivre », explique-t-elle. Mais le sport est également devenu un outil militant, une voix. Elle a multiplié les actions, dont des courses engagées, les défis extrêmes et les événements de sensibilisation. Chaque année, elle se mobilise à travers « Run and Bike - Stop aux viols ». Elle enchaîne aussi des exploits sportifs, de la traversée du Makay à l’ascension de sommets emblématiques.
L’ascension du Kilimandjaro constitue le point culminant de cet engagement, une expérience à la fois physique que symbolique entreprise en janvier 2026. « Le Kilimandjaro est une métaphore. C’est le symbole de ce que vivent les femmes : un chemin difficile, semé d’obstacles,… mais aussi de courage et d’espoir ». Arrivée au sommet, Florentine a brandi le drapeau malagasy, avec un message clair « on peut essayer de nous briser, mais on peut se relever. Plus fortes ». Elle s’adresse même à son agresseur dans une déclaration : « Tu as voulu me détruire, mais au final tu m’as donné un combat à mener ». Cette ascension du Kilimandjaro était un message aux victimes « vous n’êtes pas seules », et aux agresseurs « la peur peut changer de camp ».
Porter la voix des femmes, jusqu’au sommet
Aujourd’hui, Florentine Razanajafy mène plusieurs combats de front. La lutte contre les violences sexuelles, notamment celles faites aux enfants, en fait partie. Elle milite également pour l’application effective des lois. « Une loi qui n’est pas appliquée ne protège personne », insiste-t-elle. Derrière ce plaidoyer, la militante exige une prise en charge réelle des victimes, tant sur le plan médical que psychologique et juridique. D’un autre côté, elle défend un droit fondamental : celui de disposer de son corps pour les femmes. Dans un contexte où 75.000 femmes ont recours à des avortements clandestins, souvent au péril de leur vie, elle dénonce une injustice profonde. « Pourquoi une femme devrait-elle porter seule la honte, la douleur, et parfois la mort ? ».
Avec d’autres militantes, à savoir Kemba, Jessica, Sarindra, Njaka, Jess, Viviane, etc., Florentine a lancé le mouvement « une montagne pour nos droits, une voix pour les femmes ». L’objectif étant de se mobiliser largement autour de ces enjeux, notamment à travers un festival féministe. Elle avance malgré les difficultés, les critiques et le poids émotionnel de son engagement. La féministe s’inspire de « celles qui tombent, mais se relèvent ». Leur force est immense, d’après ses dires.
La militante féministe n’a pas manqué d’adresser un message teinté de résilience à toutes les femmes malagasy. « Nous portons toutes une montagne. Parfois, on tombe. Parfois, on doute. Mais l’essentiel, c’est d’oser ». « Si j’ai atteint le sommet du Kilimandjaro, ce n’est pas pour devenir un symbole isolé. C’est pour rappeler que cette force, nous l’avons toutes en nous », conclut-elle.
Par Andry Niaina









