Publié dans Dossier

Témoignage des habitants de Tsarahasina Ambohimangakely - « Nous n’avons vu Lama qu’une seule fois»

Publié le jeudi, 14 mai 2020


Contrairement à la déclaration des gendarmes, l’arrestation des hommes de main de Lama  s’est déroulée au Fokontany Tsarahasina Ambohimangakely et non à la colline Ambohimahitsy connue actuellement sous le nom de Fokontany Manantenasoa. « Je viens juste d’arriver au bureau et nous nous sommes posés la question, moi et mes  collègues, où exactement s’est déroulée la fusillade. Cette histoire donne une image  négative au Fokontany »,  martèle le chef Fokontany hier lors de notre passage.

« Mercredi dernier, vers 14 heures, trois véhicules 4X4  et une voiture plaisir  ont attiré l’attention des habitants de Tsarahasina, Ambohimangakely. L’avancée de ces automobiles à vitesse constante demeurait suspecte », poursuit-il. « J’ai cru voir un convoi funèbre mais je n’ai vu aucun cercueil», avance une épicière. Quant à son mari, il  a imaginé, un instant que les autorités sont venues accaparer leur terre faisant l’objet d’un problème foncier. Mais une fois que les voitures se sont arrêtées et que les passagers,  composés au moins de 8 individus dont deux arborant des gilets inscrits Gendarmerie nationale, se sont mis à courir aux alentours d’un bâtiment en cours de finition, les riverains ont commencé à prendre peur. Qu’est- ce qui se prépare et qui vont-ils arrêter ? Telles étaient  les questions que les habitants se posaient. Et d’après les témoignages des voisinages, trois coups de feu ont été entendus au cours de leur intervention. En effet, les éléments du groupement de gendarmerie d’Analamanga y ont planifié une opération  d’arrestation des hommes de main  de Norbert  Ramandiamanana alias Lama ou encore Baina.

D’ailleurs, un habitant de Tsarahasina, Ambohimangakely a déjà vu Lama sur place lors de la construction des fondations de la maison où ce dernier a retenu Anil Karim. « Nous n’avons vu Lama qu’une seule fois. Mercredi soir, j’étais pétrifiée de voir à la télé que la personne que j’ai cru être l’acheteur du terrain situé à quelque mètre de notre demeure n’est autre que le bandit  arrêté  et tué par les Forces de l’ordre. Je suis restée bouche  bée en apprenant qu’il a été recherché par les Forces de l’ordre depuis une vingtaine d’années après plusieurs opérations d’enlèvement. D’habitude, après l’acquisition  d’un terrain, les propriétaires ont tendance à le revendre et je me suis fait cette idée lors de son passage »,  raconte une dame du quartier.  

« Cela fait moins d’un an que Ramahefa , le propriétaire, domicilié à Ambohimahitsy, a fait construire ce bâtiment dont les travaux ont été arrêtés et il s’y rend de temps en temps à bord d’un Renault express de couleur verte ou encore  avec sa moto. Selon les conversations des ouvriers qui y travaillaient,  une pièce sombre  y a été aménagée. De temps à autre, il donne quelques billets de 2 000 ariary à mes enfants », raconte un de ses voisins

Pour d’autres riverains,  cette maison n’a jamais été aperçue comme telle mais plutôt un monument funéraire appartenant à des familles prestigieuses à peaufiner avec distinction. « Nous n’avons même pas remarqué qu’une  maison est  fondée devant nos yeux qu’après que les travaux aient pris de hauteur. Malheureusement, le bâtiment n’a jamais été fini. Or, nous y avons remarqué des mouvements constants avec des visites hebdomadaires », souligne un jeune homme du quartier.

En outre, en son absence, c’est un jeune homme surnommé « Radadafara » qui s’occupe de la surveillance de la maison. Et c’est celui que les gendarmes ont identifié comme étant son  frère et qui a été abattu par balles lors de la fusillade. « Quand nous avons montré la photo de son corps inanimé allongé par terre à visage découvert, publiée par la Gendarmerie, une famille, une de ses rares connaissances, a affirmé l’avoir côtoyé de son vivant. Tout le temps, il m’appelle pour lui chercher de l’eau depuis la source. Je n’entre pas dans la propriété mais nous échangeons le sceau et l’argent  juste devant le portail. Quelques fois aussi, je le vois boire du café dans les épiceries du coin », formule un jeune garçon. « Personnellement, moi, je ne connais pas le propriétaire dudit bâtiment, je suis  juste au courant qu’il vient d’Ambohimahitsy. En ce qui concerne  le gardien, je ne l’ai jamais rencontré»,  avance une femme habitant du quartier depuis 5 ans.  

Selon la Gendarmerie nationale lors d’une conférence de presse à Ankadilàlana avant-hier, ses éléments ont surpris le frère de Lama, c’est-à-dire Radadafara à l’intérieur de la maison lors de cette arrestation. La version officielle avance qu’il n’a pas hésité à leur tirer dessus et les échanges  de coup de feu lui ont été mortels. Or, selon les témoins, ces gendarmes ont mis la  main sur ce bandit au cours de cette altercation violente. « Un gendarme m’a appelé pour reconnaitre leurs cibles se trouvant à l’intérieur de la maison. Tourmenté par les coups de feu, j’ai refusé d’y mettre les pieds. Entre-temps, j’ai vu un des leurs tabassant Dadafara, toujours en vie, contre la muraille », témoigne un autre riverain.
Quant à Rajim et Herman, ils  ont pu s’échapper lors de cette opération, avancent les gendarmes. Apparemment,  les habitants ont bel et bien vu deux hommes ayant pris la fuite. « Ma fille m’a raconté qu’un homme habillé d’un pull noir et de tee- shirt  noir et blanc s’est enfui de l’autre côté de notre maison. Nous avons entendu par la suite qu’il a traversé  plusieurs domaines  avant de prendre un taxi », raconte un homme d’un certain âge qui était présent au moment de l’action.  Il a ajouté  que deux éléments de la Gendarmerie l’ont approché pour informer de cette fuite et de lui demander de camper pour éviter les balles perdues.
La Rédaction

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