Publié dans Politique

Serge Jovial IMBEH - "Il est essentiel d'accélérer la mise en oeuvre des décisions"

Publié le vendredi, 20 février 2026

Un tournant décisif. Convaincu que Madagascar entre dans une phase charnière de son histoire, Serge Jovial Imbeh quitte la finance internationale pour s'engager sur le terrain. Il répond ici aux critiques sur la diaspora et détaille son approche pragmatique du développement économique. Entretien. 

LV (+) : Vous avez annoncé une rentrée définitive à Madagascar cette année. Est-ce toujours d’actualité ?

SJI (=) : Oui. Cette décision s’inscrit dans une conviction profonde : Madagascar entre dans une phase décisive de son histoire. Après un parcours international dans la finance et l’investissement, j’estime que le moment est venu de mettre pleinement cette expérience au service de la transformation structurelle de notre pays. Il ne s’agit pas seulement d’un choix personnel, mais d’un engagement envers les générations futures.

(+) : Qu’est-ce qui vous a motivé à participer au dernier forum d’investissement à Madagascar ?

(=) : Madagascar ne peut plus se contenter d’un développement fragmenté. Elle doit s’inscrire dans les grandes dynamiques économiques régionales et mondiales. Les forums d’investissement sont des leviers stratégiques pour repositionner le pays, attirer des capitaux structurants et bâtir des partenariats durables. Notre ambition doit être claire : faire de Madagascar un pôle crédible et compétitif dans l’océan Indien et en Afrique.

(+) : Le déroulement et l’issue du forum vous ont-ils satisfait ?

(=) : Le forum a constitué une étape importante en matière de visibilité et de dialogue. Cependant, le véritable enjeu n’est pas l’annonce, mais la transformation. Le défi stratégique consiste à assurer la continuité, la stabilité réglementaire et la capacité d’exécution. C’est sur ces éléments que se construit la confiance des investisseurs et, plus largement, la crédibilité d’un Etat.

(+) : Certains estiment que les personnalités installées à l’extérieur sont déconnectées des réalités quotidiennes des Malgaches. Que leur répondez-vous ?

(=) : La question n’est pas celle de la localisation, mais celle de la contribution. Dans le monde contemporain, les nations performantes sont celles qui savent mobiliser leur diaspora, leurs compétences et leurs réseaux internationaux. Madagascar doit adopter cette logique stratégique. L’essentiel est d’agir avec lucidité, enracinement et responsabilité.

(+) : Comment entretenez-vous concrètement votre lien avec les réalités du pays ?

(=) : Mon engagement est opérationnel : investissements, création d’emplois, accompagnement de projets structurants. Mais au-delà de l’action économique, je m’investis dans la transmission. Une nation se construit par la formation de sa jeunesse et par la diffusion d’une culture de responsabilité, de rigueur et d’excellence.

(+) : Quel regard portez-vous sur l’évolution récente du pays ?

(=) : Madagascar se trouve à un carrefour historique. Les défis sont immenses, mais les opportunités le sont tout autant. Ce moment exige une gouvernance cohérente, une vision partagée et une capacité à dépasser les intérêts immédiats pour privilégier l’intérêt supérieur de la nation. Un pays ne progresse durablement que lorsqu’il articule vision politique, discipline institutionnelle et mobilisation collective.

(+) : Les événements récents tardent à produire leurs effets. Partagez-vous ce constat ?

(=) : Les transformations profondes ne se mesurent pas à l’échelle de quelques mois. La reconstruction d’un Etat, la modernisation de l’économie et la restauration de la confiance exigent constance et méthode. Il est néanmoins essentiel d’améliorer l’efficacité administrative, d’accélérer la mise en œuvre des décisions et de renforcer la culture du résultat.

(+) : Quel est votre regard sur l’action actuelle du Premier ministre ?

(=) : Dans toute architecture institutionnelle, la cohésion et l’alignement stratégique sont déterminants. Le rôle d’un Premier ministre est central : il assure la coordination, la discipline gouvernementale et la traduction opérationnelle de la vision présidentielle. L’efficacité collective prime sur toute autre considération. C’est-à-dire même objectif que le Président. Ce qui n’est pas le cas. Je maintiens ce que j’ai dit. Il n’est pas à la place qu’il faut. On sait son passé et on sait sa mission. Avez-vous déjà vu une action concrète qu’il a menée ?

(+) : Faut-il repenser notre modèle de coopération internationale ?

(=) : Toute diplomatie mature repose sur une lecture lucide des rapports de force et sur la défense constante de ses intérêts stratégiques. Madagascar doit diversifier ses partenariats, renforcer sa souveraineté économique et négocier avec exigence. Une coopération équilibrée ne signifie pas l’isolement, mais la capacité à choisir librement et intelligemment ses alliances.

(+) : Quelles réformes devraient être prioritaires ?

(=) : La priorité stratégique repose sur quatre piliers :

■ L’énergie, socle de toute industrialisation ;

■ Les infrastructures de transport, pour connecter le territoire et réduire les coûts logistiques ;

■ L’éducation, pour préparer le capital humain de demain ;

■ La santé, garante de la stabilité sociale et de la productivité nationale.

Ces axes constituent les fondations d’un modèle de croissance durable, inclusive et souveraine.

(+) : Avez-vous partagé vos propositions avec les autorités ?

(=) : Oui. Mon approche a toujours été transpartisane et constructive. Les idées et les solutions doivent circuler au-delà des cycles politiques. Le développement d’un pays s’inscrit dans le temps long, bien au-delà des mandats.

(+) : Seriez-vous prêt à participer à la conduite des affaires de l’Etat ?

(=) : Servir son pays est un honneur et une responsabilité. Je contribue déjà à travers l’investissement, la réflexion stratégique et l’engagement économique. Toute autre responsabilité devrait s’inscrire dans une logique claire : efficacité, intégrité et vision à long terme.

(+) : Envisagez-vous une candidature à la prochaine élection présidentielle ?

(=) : La construction d’une nation ne peut être réduite à une échéance électorale. Aujourd’hui, l’enjeu fondamental est d’ancrer Madagascar sur une trajectoire irréversible de stabilité, de crédibilité et de prospérité. Les ambitions personnelles n’ont de sens que si elles s’alignent sur cette exigence supérieure.

Par Lalaina  A.

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Editorial

  • Opération délicate
    Le faux et l’usage de faux envahissent l’Administration, grand « A » s’il vous plaît, à savoir le domaine général qui englobe tous les secteurs d’activités de l’Etat ou de la République. Faux et usages de faux, du jargon populaire « fosika », faux diplômes ou certificats de fin d’étude gangrènent presque tous les Corps de métier de l’Administration entre autres les départements clés comme l’Enseignement supérieur, l’Education nationale, la Justice, la Régie financière, les Forces de défense et de la sécurité (FDS), etc. Les concours d’entrée dans l’administration publique sont infestés de faux dossiers. Des diplômes de Baccalauréat, de Licence, de Master I ou II se trouvent les plus menacés. Il y a eu même certains de faux diplômes de Doctorat !

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