Régression. Le secteur de l’entrepreneuriat à Madagascar traverse une phase de reconfiguration sous l’influence du régime de la Refondation. Après une croissance soutenue durant l'année 2024, le rythme de création d’entreprises a connu un fléchissement notable lors du semestre couvrant la crise de fin d'année. Selon les indicateurs de l’Economic Development Board of Madagascar (EDBM), le volume de nouvelles immatriculations s’établit à environ 890 unités entre octobre 2025 et mars 2026. Cette performance marque un recul par rapport aux 945 créations recensées sur la même période entre 2024 et 2025, période où la croissance annuelle affichait encore une progression de 2,3 %.
L’analyse des capitaux injectés révèle un changement structurel dans l’actionnariat des nouvelles sociétés. Si le cycle 2024-2025 était porté par un investissement privé représentant 14,6 % du PIB, la tendance actuelle favorise nettement l'entrepreneuriat local. Les promoteurs nationaux détiennent désormais 70 % des entreprises créées depuis octobre 2025, contre 67 % l’année précédente. Cette nationalisation progressive du tissu économique compense partiellement la rétraction des investissements directs étrangers (IDE), dont le flux a été perturbé par l'incertitude politique du dernier trimestre 2025.
Sur le plan opérationnel, la répartition sectorielle indique une résilience du secteur secondaire malgré les impacts climatiques, notamment le passage du cyclone Gezani en février 2026. L’agro-industrie et le textile représentent désormais 17 % des immatriculations, tandis que le secteur tertiaire reste prédominant à 81 %. Pour soutenir cette dynamique, le régime de la Refondation a maintenu l'efficacité du guichet unique numérique Orinasa, permettant de régulariser les dossiers en un délai moyen de 1,8 jour. Cependant, le Salaire minimum d'embauche (SME), réévalué à 300 000 Ar au 1er mars 2026, impose de nouveaux arbitrages financiers aux jeunes structures.
L’avenir de cette dynamique entrepreneuriale dépendra de la capacité de l'administration à transformer les réformes de la Refondation en leviers de croissance durable. Pour les observateurs économiques, le passage d’un entrepreneuriat de résilience à un investissement de grande envergure nécessite une visibilité accrue sur le coût de l'énergie. La mise en place de comités de suivi entre l'Etat et le secteur privé est essentielle pour lever les blocages administratifs persistants. La réussite de cette transition repose sur l’adéquation entre les ambitions de souveraineté du régime et les réalités opérationnelles des chefs d’entreprise sur le terrain.
Hary Rakoto








