Publié dans Dossier

Miorhasina Lorah - Un garçon manqué et complexé devenu une militante féministe

Publié le dimanche, 29 novembre 2020



Un visage familier aux téléspectateurs. Randrianiaina Miorhasina Lorah était la star du petit écran il y a dix ans. Elle se faisait un nom dans le monde du cinéma grâce à la série télévisée « Ankilabao » et dans laquelle elle portait le nom de « Mialy ». Aujourd’hui agée de 33 ans, mariée et mère de deux enfants, la jeune femme est actuellement devenue une militante féministe sur les réseaux sociaux. Sa page « Iam Lorah Gasy » compte plus de 80 000 abonnés. Elle publie de temps en temps des vidéos de sensibilisation, dans le cadre de la lutte contre la violence faite aux femmes. Cependant, sa mission s’oriente également vers l’éducation sexuelle de la gente féminine. Nous avons donc décidé de la rencontrer pour connaître un peu plus les tenants et aboutissants du combat qu’elle mène à travers sa page Facebook. Interview.

La Vérité (+) : Quelle est la raison d’être de votre page Facebook « Iam Lorah Gasy » ?

Miorhasina Lorah (-) : J’ai spécialement créé ma page « Iam Lorah Gasy » le 26 novembre 2019, soit exactement il y a un an, pour valoriser les femmes et dénoncer les violences qu’elles vivent au quotidien. A Madagascar, au moins trois personnes de nos entourages ont déjà été victimes de viol mais personne n’a osé en dénoncer les auteurs. D’ailleurs, la société malagasy tolère également la maltraitance des femmes, surtout au sein du mariage. On prend souvent au pied de la lettre l’adage qui dit : « tokantrano fihafiana ». Les violences conjugales sont par la suite considérées comme des faits « normaux » et qu’il faut les accepter. Mon objectif consiste ainsi à conscientiser les femmes sur leurs droits, sachant qu’elles se trouvent au même d’égalité que les hommes. Il faut avouer que je suis la seule à mener ce combat sur le féminisme parmi les influenceurs malagasy.  

(+) : Dans votre vie personnelle, quelles expériences avez-vous vécues au point de vous concentrer aujourd’hui vers le féminisme ?

(-) : J’ai deux sœurs et trois frères. Nos parents nous ont traités différemment durant notre jeunesse. Les garçons possèdent beaucoup plus de liberté que les filles. Ils ont droit de rentrer tard le soir et de ne pas faire les tâches ménagères. C’est à ce moment-là que j’ai réalisé le problème de l’éducation des filles dans notre pays. A mon avis, ce n’est pas le genre qui détermine le droit de sortir tard le soir, mais plutôt l’âge. Ce n’est pas le genre non plus qui définit la répartition des tâches à la maison.

Outre l’éducation octroyée par mes parents, j’ai ressenti un mal être profond durant mon adolescence. A cette époque, je me suis sentie comme un garçon manqué et assez complexé. Je n’arrivais pas du tout à m’assumer. Je me regardais dans le miroir chaque jour et me disais que je n’étais pas assez belle. J’avais un gros nez et une silhouette imparfaite. Mais à un moment donné de ma vie, j’ai commencé à prendre confiance en moi et à développer ma personnalité et valoriser mes atouts. J’aimerai que toutes les femmes ressentent cette confiance en soi pour qu’elles affrontent, la tête haute, la vie quotidienne. Et même si je porte des tatouages, ai des cheveux courts, loin de l’idéal de la société, je me bats pour cette bonne cause, à savoir le féminisme. C’est le genre de contraste que je veux apporter dans la vie.

(+) : Avez-vous une cause particulière qui vous tient à cœur dans le cadre de cette lutte ?

(-) : Je souhaite dépénaliser l’avortement dans le cadre d’un viol ou d’un inceste. Nous connaissons le traumatisme subi suite à un viol. Mais c’est encore beaucoup plus dur d’élever un enfant non désiré. J’ai mené une enquête auprès de 100 femmes. 72 d’entre elles affirment avoir déjà procédé à l’avortement. Tandis que seulement 48 % acceptent la dépénalisation de cette pratique. Ce qui est incroyable à entendre.

(+) : La publication de ces vidéos sur la violence a-t-elle des impacts sur votre vie privée ?
(-) : En effet, les abonnés de ma page Facebook s’identifient rapidement à moi et à ma vie de famille. Certaines personnes pensent même que je vis la violence dans mon foyer. Mais tout cela n’a rien à voir avec ma privée, ni ma vie conjugale. C’est seulement une cause à défendre comme tant d’autres. D’ailleurs, je ne parle jamais de mon mari et de mes enfants sur ma page. Néanmoins, ces derners restent quand même mes plus grands fans et me soutiennent dans mon combat.

(+) : Un an après sa création, quels sont les impacts tangibles de votre page sur la société ?

(-) : D’abord dans la rue, les gens m’appellent tous Lorah et non plus « Mialy ». C’est déjà grand-chose (rire). En plus les « Facebookers » aiment créer des débats sur les thèmes que j’aborde sur ma page. Je pensais au départ que les gens vont mal réagir car d’une manière générale, la sexualité reste encore un sujet tabou à Madagascar. Un jour, j’ai parlé de l’organe sexuel et du clitoris. Or, contrairement à ce que je m’attendais, mes abonnés s’intéressaient à ces sujets et posent beaucoup de questions. Ils ont vraiment soif de savoir.

Des collaborations sont par la suite nées avec des Organisations non gouvernementales (ONG) et des sociétés privées. Le rôle d’influenceuse féministe est devenu mon deuxième travail. On me paie pour être la porte-parole des ONG mais aussi pour faire de la publicité des produits sur ma page. Je travaille actuellement avec le ministère de la Population et le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) dans une émission intitulée « Herisetra Teboka ».

(+) : Vos mots de la fin ?

(-) : Comme le dit Simone de Beauvoir, « la femme n’est victime d’aucune mystérieuse fatalité. Il ne faut pas conclure que ses ovaires la condamnent à vivre éternellement à genoux ».

La gente féminine possède plusieurs atouts et une beauté immense. Elle jouit également des mêmes droits que les hommes. Il ne faut pas avoir peur de les réclamer et de les vivre. Mais cette égalité de droit implique souvent une responsabilité. Si par exemple, par malheur, votre mari se retrouve au chômage, il est de votre responsabilité d’assurer la survie de la famille. Je souhaite plein de bonheur et de liberté à toutes les femmes.

Lorah et le cinéma : « Je ne m’imagine plus jouer dans des films »

La jeune Lorah a commencé à jouer dans des films et séries télévisées à l’âge de 17 ans. Son visage est apparu dans sept films au total. Depuis 2010, elle s’est retirée du monde cinématographique. Selon ses dires, elle n’envisage plus de plus jouer dans des films ou séries télévisées. « A cette époque, je cherchais vraiment ce qui me passionne dans la vie. Effectivement, le monde du visuel me fascine, mais plus en tant qu’actrice. Je suis directrice de production dans une agence publicitaire et en même temps animatrice dans l’émission « Karakôry » diffusée sur la chaîne de télévision nationale. Si jamais je retourne dans le monde du cinéma, je voudrais occuper le poste de producteur ou de réalisateur ».

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Editorial

  • Esprit solidaire !
    L’heure est grave ! L’intraitable « Kere » dans le Sud fait fuir des gens. La Covid-19 reprend le poil de la bête. La violence atteint le paroxysme. Les sociétés et entreprises ne sont pas encore sorties de l’auberge des suites des frappes aveugles de la pandémie du coronavirus durant l’année passée. Le moment crucial arrive où nous devons, tous sans exception, faire preuve d’esprit solidaire. Chacun doit se sentir concerné sans être forcément responsables du malheur d’autrui. La solidarité nationale s’avère être la solution la meilleure sinon l’idéal.Dans le Sud, l’intensité de la sécheresse atteint, cette fois-ci, un degré… inhumain. Quand les gens de la région concèdent à fuir ou à abandonner la terre de leurs Ancêtres, leurs animaux d’élevage et leurs activités cela explique une situation inédite voire intenable. Depuis l‘époque coloniale jusqu’à un passé récent, les autorités publiques ont tenté de convaincre les habitants du grand Sud,…

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