Publié dans Politique

Autrefois et naguère - Les orchestres et musiciens des années 80 à Tanà

Publié le jeudi, 26 février 2026

Jusqu'en 1979, la capitale malgache attirait des orchestres talentueux qui égayaient les soirées dansantes et autres événements festifs. Du côté des instruments, ces musiciens étaient dotés de guitares électriques, de basses et de batteries. Parfois, l'ajout de saxophones et de trompettes apportait une dimension supplémentaire à leur performance. Cependant, pour donner du corps à leurs petites formations, ils se contentaient souvent d'un orgue électrique professionnel de jazz. Ce dernier, bien qu'intransportable en raison de son poids de près de 80 kilos, produisait une sonorité agréable, mais qui, au fil du temps, a uniformisé le son des orchestres à Madagascar. Parmi les modèles en vogue à l'époque, l'orgue de jazz Yamaha YC 30, équipé d'une cabine Leslie pour un effet vibrato, s'est imposé tant en studio que sur scène. Les disques de variétés malgaches des années 70 étaient empreints de ce son légendaire, une véritable alternative au piano acoustique.

A partir de 1980, l'émergence des synthétiseurs a profondément transformé le paysage musical d’Anananarivo. Les orchestres les plus prisés, tels que les Rafales 2000, Ny Oro, et Lill's Music, se livraient à de âpres compétitions pour acquérir le matériel dernier cri, afin d'animer les soirées sélectes de la ville. En plus du piano électrique Fender Rhodes, des grands synthétiseurs analogiques polyphoniques tels que la Solina Behringer ou l'Arturia faisaient leur apparition, offrant des sonorités de violon typiques des orchestres symphoniques. Au fil des années 80, d'autres synthétiseurs analogiques monophoniques comme le Korg MS 10 et MS 20 ont été progressivement remplacés par des modèles plus performants de la marque Roland, tels que le Juno 60, le Juno 106, et le Jupiter 6. Bema, un musicien de studio et de variété, se faisait un nom en tant que spécialiste de ces instruments.

L'année 1986 a marqué l'entrée fracassante du Yamaha DX7, un synthétiseur polyphonique numérique basé sur la modulation de fréquence, sur les scènes de la capitale, notamment grâce aux Rafales 2000. Bien que le DX 7 ait été prisé pour ses sonorités de piano électrique, utilisées par des artistes internationaux tels que Whitney Houston, ainsi que pour ses imitations d'orgue Hammond B3, son potentiel restait limité par rapport à ses concurrents comme le Roland JX 8P ou le Roland D50, apparu en 1988, enfin le Korg M1.

Parallèlement à cela, les musiciens d'orchestre locaux se perfectionnaient, tant sur le plan technique que musical. L'intérêt grandissant pour le jazz, notamment la fusion et le jazz-rock, marquait cette période. Ny Oro et les Rafales 2000 émergeaient comme les deux plus grands orchestres des années 80 à Antananarivo, comptant parmi leurs rangs les meilleurs instrumentistes de la ville. Les Rafales 2000 étaient particulièrement sollicités pour les soirées dansantes, consolidant leur réputation. Lila Rabary, journaliste et musicien ayant côtoyé cette formation, se remémore : « A la batterie, nous avions Son, au clavier Vévé, et John à la basse, également membre du groupe Redona. Mais feu Alain Razafinohatra, pilier du groupe, jouait du clavier et du saxophone ».

D'autres artistes comme Ny Andry Zazamarolahy évoquent également le talent des Rafales : « Eva était la choriste, tandis que Gérard, éternellement jeune, était à la guitare. Haja Andrianary (flûte traversière et basse) a également fait ses armes auprès des Rafales ». Concernant Ny Oro, des musiciens de haut niveau tels que Solo Andrianasolo, Rolly, et Harly Rajaobelina ont été des figures marquantes de la scène musicale, propulsant l'orchestre vers le succès avec des tubes comme « Kiakin'ny manina" » du bassiste Rolly et « Isaky » de Solo Andria en 1981.

Au cours de cette période, Ny Oro a également accompagné Mamy Ralaivita dans son titre « Tanalahy », qui a remporté le prix Découverte RFI en 1982. Parmi les autres formations emblématiques, Lill's Music, avec Tiana au chant, Bema aux synthés, et des frères Elysé et Lalah à la batterie et au saxophone, ont également marqué les esprits, tout comme les Stars de Datita Rabeson et les Cadences Bleues de Samy Rakoarimalala, et enfin Ny Antsiva de Samy Andriamanoro.

Ces musiciens d'exception se produisaient à la fois lors de concerts de jazz et dans des orchestres pour les soirées exclusives du « jet set tananarivien », notamment au Hilton d’Anosy, au Cercle Franco-Malagasy sis à Anosy ou au SOLIMOTEL, situé à Ampefiloha. Ils accompagnaient également des stars locales comme Nônô, Kelly Rajerison, Henri Ratsimbazafy. Ces instrumentistes ont été aussi appelés par les Surfs, Serge et Nivo Rahoerason pour les accompagner lors de leur  passage à Antananarivo en 1981. A partir de 1989, beaucoup de ces instrumentistes ont choisi de poursuivre leur carrière à l'étranger, en particulier en France et à La Réunion.

D'autres orchestres tels que « Traits-d'union », « Tsikadraha », Papa James, les « Bérets noirs », le DAAP CAPSAT et la Police nationale ont également marqué les soirées des vendredis et samedis de la décennie 80 dans la ville des mille, contribuant ainsi à l'effervescence musicale de cette période inoubliable.

 

Fil infos

  • Autrefois et naguère - Les orchestres et musiciens des années 80 à Tanà
  • Serge Jovial IMBEH - "Il est essentiel d'accélérer la mise en oeuvre des décisions"
  • Cœur et carrière - Ces couples unis par la passion et la vocation
  • Salaire minimum à 300.000 ariary - Une victoire qui oublie 95 % des travailleurs
  • Professeur Henri Rasamoelina - « L’ombre de la France plane toujours ! »
  • Ministre Hanitra Razafimanantsoa - « 2026 l'année de la Concertation, 2027 l'année des élections »
  • La Vérité devient hebdomadaire
  • Refondation - Le chef de l’État reconnaît une guerre intestine
  • Grève surprise à l’Hôtel Carlton - Les salariés dénoncent une « mise au chômage technique » sans préavis
  • Université d’Antananarivo - Le Dr Alain Mérieux honoré du titre de Docteur Honoris Causa

La Une

Pub droite 1

Editorial

  • Opération délicate
    Le faux et l’usage de faux envahissent l’Administration, grand « A » s’il vous plaît, à savoir le domaine général qui englobe tous les secteurs d’activités de l’Etat ou de la République. Faux et usages de faux, du jargon populaire « fosika », faux diplômes ou certificats de fin d’étude gangrènent presque tous les Corps de métier de l’Administration entre autres les départements clés comme l’Enseignement supérieur, l’Education nationale, la Justice, la Régie financière, les Forces de défense et de la sécurité (FDS), etc. Les concours d’entrée dans l’administration publique sont infestés de faux dossiers. Des diplômes de Baccalauréat, de Licence, de Master I ou II se trouvent les plus menacés. Il y a eu même certains de faux diplômes de Doctorat !

A bout portant

AutoDiff