Publié dans Politique

Zazamena d’Ambatondrazaka - Un « petit Gouvernement » dans un Gouvernement

Publié le jeudi, 28 janvier 2021


Le meurtre de l’adjudant-chef Lahatra Rahajaharison à Amparibolana, Tanambao Besakay, Ambatondrazaka le 20 janvier illustre une fois de plus combien ceux œuvrant pour la protection de l’environnement risquent gros pour leurs propres vies. Deux civils ont aussi été tués par balles. Un autre gendarme en tenue et un agent forestier sont alors sommés de s’agenouiller devant une foule les méprisant avant leur libération par des renforts dépêchés sur place.
Ce phénomène inquiétant a tendance à prendre de l’ampleur ces dernières années. De son côté, le Gouvernement mène la campagne de « tolérance zéro » et si, c’est ainsi, davantage de confrontations liées à l’accès aux ressources naturelles sont à craindre à l’avenir. Suite à ces incidents, la Gendarmerie a lancé une opération de ratissage pour arrêter toutes les personnes impliquées aux brutalités infligées aux agents de l’Etat.
Le jour de la tragédie, non seulement les habitants locaux ont commis un meurtre mais ils se sont aussi rebellés contre l’autorité de l’Etat, selon le commandant de la Gendarmerie, le général de division Njatoarisoa Andrianjanaka. Une semaine plus tard, le Premier ministre Christian Ntsay a réuni l’organe mixte de conception au niveau national en donnant des consignes claires sur la nécessité de restaurer l’autorité de l’Etat.
Défrichement à grande échelle
Amparibolana est un village situé à l’intérieur du Fokontany de Mandanivatsy dans la Commune rurale de Tanambao Besakay. En 2017, la gestion de la forêt d’Ambonivato se trouvant à proximité est transférée à la communauté de base VOI Fivoarana Fitarikandro présidée par Mickael Razafindramaro. D’une superficie totale de 2 000 hectares, le couvert forestier subit de fortes pressions.
Les habitants locaux la défrichent pour y cultiver du haricot, du maïs et du riz. « Presque la moitié de la forêt est détruite en ce moment. Même la zone tabou d’Ambatondralahy est touchée. La forêt est un héritage à léguer à nos descendants. Regardez ce qui nous arrive aujourd’hui ! Les pluies ne tombent plus à cause de changement climatique », regrette le président de la VOI.
Les habitants d’Amparibolana étaient membres de la VOI au début. Mais, petit à petit, ils l’ont quittée en grossissant les rangs des défricheurs. Face à la situation, force est pour les responsables de l’entité d’alerter la Direction régionale de l’environnement et du développement durable (DREDD) d’Alaotra-Mangoro. Des plaintes ont été effectivement reçues à Ambatondrazaka. « A deux reprises, les auteurs présumés du défrichement à grande échelle ont été convoqués. Mais ils ont toujours refusé d’obtempérer », souligne le directeur au sein de la DREDD Marc Behaja Rajaonarivo.
Travaux d’intérêt général
Insatisfaite de l’inaboutissement de la démarche, la VOI s’est directement adressée au Tribunal d’Ambatondrazaka qui a sorti un « soit transmis », le fameux ST, ayant permis à l’administration forestière de demander « main forte » à la Gendarmerie. Deux agents forestiers accompagnés de deux gendarmes dont Lahatra Rahajaharison ont alors été envoyés sur le terrain où la mission a viré au drame à la suite d’une embuscade préparée par les Zazamena appuyés par des habitants.
« Le but ultime de la mission était d’amener les chefs des défricheurs au Tribunal afin de leur faire faire un engagement solennel à l’égard du reboisement en guise de punition », explique le commandant de la compagnie territoriale de la Gendarmerie d’Ambatondrazaka. Cette année, plus de 3 millions de jeunes plants sont disponibles pour toute la Région. Comme la détention préventive systématique ou l’emprisonnement posent un gros problème de gestion des flux à la prison, les responsables locaux ont développé une nouvelle approche.
Désormais, la sanction judiciaire devrait prendre la forme d’une corvée consistant à planter des arbres sur les terres illégalement défrichées pour les petites gens dont l’existence reste fortement dépendante des ressources naturelles. C’est un peu à l’image de l’exécution des travaux d’intérêt général contre le non-port du cache-bouche dans le contexte de la lutte contre la pandémie à coronavirus.
Têtes brûlées
Pour ce faire, il faut viser les têtes brûlées parmi les défricheurs et le reste, par lâcheté, devrait fléchir facilement. C’est ce que l’administration voulait mettre en œuvre à Tanambao Besakay. « Nous l’avons appliqué à Didy et ça a marché », affirme le jeune commandant de compagnie d’Ambatondrazaka. Mais, à Tanambao Besakay, la présence d’un réseau d’organisations d’autodéfense villageoise connues sous diverses appellations à savoir Zazamena, Zazamainty, Zamami… complique les choses.
Les membres de ces organisations sont des habitants locaux et des immigrants. Ils sont les destructeurs de la forêt d’Ambonivato. Ils ont aussi organisé l’embuscade contre les quatre agents de l’Etat venant d’Ambatondrazaka. « Ce sont des organisations informelles. Elles commettent beaucoup d’abus. Les Zazamena prétendent être un petit Gouvernement dans un Gouvernement », insiste le général Andrianjanaka. Le démantèlement de ces réseaux est souhaité pour consolider la sécurité au niveau local.
M.R.

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Editorial

  • Et… la vie continue !
    La pandémie de Covid-19, variant sud-africain, assomme le pays. Le dernier bilan affiche la gravité et la dangerosité du virus. On parle, sans ambages, de record de nouveaux cas. La barre de cinq-cent-cinquante (nouveaux cas) est dépassée en une journée (du 8 au 9 avril) ! Et celle du décès atteint même au-delà de dix. La page « nécro » des quotidiens de la Capitale est prise d’assaut. Analamanga détient toujours le triste palmarès avec quatre-cent-trente-neuf (nouveaux cas). Et on n’est pas encore au bout de nos peines. Personne n’est en mesure d’anticiper à quand le bout du tunnel ! Catastrophique ! Apocalyptique ! Mais, attention ! La vie continue ! Et les problèmes classiques sinon « traditionnels » continuent aussi de sévir, redoublent même d’intensité. Que les tenants du pouvoir ne se trompent pas. Au front, ils ont en face non pas un seul « ennemi » (le variant…

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