Publié dans Société

Légalisation de l’avortement à Madagascar - La révision de la loi de nouveau sur le tapis des parlementaires

Publié le mardi, 09 février 2021

Les articles relatifs aux pratiques de l’avortement thérapeutique ont été supprimés de la loi sur le planning familial, lors de son passage au Sénat en décembre 2017.

Malgré cela, les pratiques clandestines de l’avortement ne cessent de se multiplier, notamment durant le confinement lié à la Covid-19 l’année dernière. D’un autre côté, la lutte pour dépénaliser l’interruption volontaire de grossesse s’enchaîne à Madagascar, avec le renforcement des activités de sensibilisation et d’enquête.

Bloqués par les sénateurs. Les articles 22 et 23 sur l’interruption médicale de grossesse ont été supprimés de la proposition de loi y afférente. Les sénateurs ont avancés à l’époque que l’avortement n’est pas conforme à la culture malagasy. Ainsi, l’interruption volontaire de grossesse (IVG) reste punie par la Loi, même en cas de viol, inceste ou pour des raisons médicales. D’ailleurs, l’article 28 de la loi N° 2017-043 souligne que désormais, « toute personne physique qui aura pratiqué l’interruption de la grossesse pour motif médical au mépris des conditions prévues par la loi sera punie par les peines prévues par le Code pénal, dans son article 317 ». Toutefois, les pratiques de l’avortement médicalisé seront de nouveau remises sur le tapis auprès des parlementaires, selon les informations recueillies.
Une députée s’engage…
« En tant que mère de famille, députée et présidente de la Commission "Genre" auprès de l’Assemblée nationale, je pense que Madagascar aurait dû légaliser l’avortement depuis longtemps. Même chose pour la promotion des méthodes contraceptives. Réviser la loi y afférente, en tenant compte du contexte actuel, s’avère indispensable », s’exprime Masy Goulamaly, parlementaire élue à Tsihombe. « Les démarches devraient être entamées pour la dépénalisation de l’avortement, face à la peur persistante tant au niveau du personnel médical que des femmes qui la pratiquent. Toutefois, il faudrait renforcer les arguments à proposer aux députés. Tout dépend de la manière de les convaincre, comme le cas de la Loi sur les violences basées sur le genre », ajoute la députée. Cette élue a d’ailleurs exprimé son soutien pour ce faire, lors de la présentation du film documentaire sur les pratiques de l’avortement à Madagascar, le 6 février dernier à l’IFM Analakely.
Une question de santé publique
« Je suis catholique mais je suis aussi le Président de tous les Argentins. C’est une question de santé publique et il faut y répondre par la Loi ». Ce propos d’Alberto Fernandez, actuel Président de l’Argentine, a été rapporté par le leader du mouvement « Nifin’Akanga », en prenant comme exemple la dépénalisation de l’avortement dans ce pays catholique, le pays du Pape. « Il ne s’agit pas de remettre en question des croyances. Nous faisons bien la différence entre les croyances religieuses, philosophiques et personnelles et la Loi qui doit s’appliquer à tous les citoyens », souligne ce leader en la personne de Kemba Ranavela. « Avec ce film et les témoignages des femmes, nous avons acquis la certitude que la cause est juste. Nous disposons des données et des arguments y afférents », ajoute t-elle.
« Nifin’Akanga » s’active
Pour la dépénalisation de l’avortement dans le pays, « Nifin’Akanga » a mis en œuvre une initiative sur le renforcement des plaidoyers et du réseau national entre novembre 2019 et février 2021. Avec le soutien du fonds PISCCA de l’Ambassade de France, cette action a été menée dans les Régions de SAVA, Boeny et Atsinanana. Les 15 récits collectés auprès des 3 Régions sont mis en exergue dans le film documentaire de 30 minutes. Ce dernier sert d’outil de plaidoyer, en mettant en exergue les réalités que vivent les femmes et la société malagasy en termes de pratique de l’avortement. Le film sera diffusé auprès des décideurs et des parlementaires  D’un autre côté, un théâtre radiophonique de 6 épisodes constitue un travail de fond dans le cadre de la campagne contre la stigmatisation et les préjugés. Un recueil des données ou « Data book » a aussi vu le jour à travers l’initiative. Dans tous les cas, les activistes dudit mouvement sont convaincus qu’ « il est temps de changer de discours, vu son décalage avec la réalité concernant l’avortement. Le réglementer pourra éviter que les femmes le pratiquent clandestinement, ce qui pourrait nuire à leur santé ».

Une pratique punie par la Loi

Selon l’article 317 du Code pénal malagasy, « quiconque, par aliments, breuvages, médicaments, manœuvres, violences ou par tout autre moyen, aura procuré ou tenté de procurer l’avortement d'une femme enceinte ou supposée enceinte, qu’elle y ait consenti ou non, sera puni d’un emprisonnement d’un à cinq ans et d’une amende de 90 000 francs à 1 800 000 francs. L’emprisonnement sera de cinq ans à dix ans et l’amende de 900 000 francs à 3 600 000 francs s’il est établi que le coupable s’est livré habituellement aux actes visés au paragraphe précédent. Sera punie d’un emprisonnement de six mois à deux ans et d’une amende de 18 000 francs à 360 000 francs la femme qui se sera procuré l’avortement à elle-même ou aura tenté de se le procurer, ou qui aura consenti à faire usage des moyens à elle indiqués ou administrés à cet effet ». Cette législation malagasy sur l’IVG qui date des années 1960 est l’une des plus restrictives au monde. Toutefois, elle favorise les cas d’avortement clandestins. « Une loi qui ne colle plus aux réalités de la société n’en est pas une. Elle doit accompagner l’évolution de la société, sinon elle perd tout son sens », s’exprime une activiste. 

Des femmes en témoignent !

75 000 cas par an. Tel est le nombre d’avortements réalisés à Madagascar, selon les estimations du ministère de la Santé publique. Des femmes célibataires, en couple ou déjà mariées, optent pour cette pratique pour diverses raisons. « J’ai pratiqué 4 avortements en quelques années. Outre le manque de moyens pour subvenir aux besoins de mes enfants, la non-utilisation des méthodes contraceptives ou encore la grossesse fréquente font partie des raisons pour laquelle je me suis fait avorter. J’ai déjà fait face à l’utilisation de médicaments, le curetage, la mise sous sédatif ou autres pour l’IVG », avance une mère de famille de 5 enfants, âgée de 43 ans. « Je l’ai fait deux fois, et le second a failli me coûter la vie. En fait, je me suis fait avorter chez une matrone, faute de moyens de le pratiquer dans une clinique. Après quelques heures, j’ai ressenti des douleurs atroces dans le bas du ventre. Je me suis évanouie et s’est retrouvée dans les urgences de l’hôpital. J’ai fait une hémorragie suite à des complications », se désole H.A., une étudiante de 19 ans résidant à Itaosy.
Pour leur part, des personnels médicaux acceptent de pratiquer l’avortement, après avoir examiné chaque cas. « 20 à 25 femmes par mois viennent, seules ou accompagnées, dans ma clinique pour un avortement. L’utilisation des médicaments est le plus demandée, mais certains cas nécessitent d’autres méthodes, dont le curetage. En le pratiquant, j’aide les femmes à résoudre leurs problèmes », confie l’un de ces agents de santé. Dans tous les cas, ces derniers ainsi que les femmes qui pratiquent l’avortement se taisent ou gardent leur anonymat, non seulement à cause de la stigmatisation au sein de la communauté, mais aussi par peur d’être trainés en justice et emprisonnés.

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Editorial

  • Une question de sacerdoce !
    « En ce jour, je suis de tout cœur avec toutes les femmes qui sont encore victimes de violence surtout celles qui les endurent pour la protection de leurs enfants. Je réitère mon engagement à vous soutenir et à porter votre voix ». Serment et vœu d'engagement d'une femme militante, convaincue et motivée !

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