Publié dans Dossier

Contexte du Covid-19 - Les employeurs à l'épreuve, les droits des travailleurs mis à mal

Publié le vendredi, 01 mai 2020

A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles ! La crise sanitaire provoquée par la propagation du Covid-19 n'a pas tardé à gagner Madagascar avec toutes les contraintes et  changements que cela implique. Le monde du travail, tous secteurs confondus, se retrouve particulièrement chamboulé en ce moment. Les mesures de confinement décidées par l'Etat ont poussé les entreprises à s'adapter, tant bien que mal, à la situation. D'une part, la capacité d'adaptation des employeurs est rudement mise à l'épreuve. Ces derniers doivent, en effet, se débrouiller avec les moyens du bord pour survivre à cette crise sanitaire et préparer une crise économique imminente. D'autre part, les travailleurs se plaignent de leurs conditions et droits qui sont davantage mis à mal. Envoi forcé au chômage technique, non-respect des mesures sanitaires, absence ou manque de considération des droits de congé et des heures supplémentaires, etc. La liste est longue. En cette célébration du 1er mai (fête du travail), puisque le coronavirus a empêché les syndicalistes de faire des manifestations pour revendiquer les droits des employés, le présent dossier essayera de faire un tour d'horizon de la réalité douloureuse du milieu du travail à Madagascar.

« Notre patron n'a jamais mis à notre disposition un moyen de transport»

Durant la période exceptionnelle de confinement et jusqu'à ce jour où l'état d'urgence sanitaire est toujours maintenu, différents dispositifs ont été pris par les entreprises privées, entre autres.  Toutefois, les droits des travailleurs ont été mis à l'écart et donc pas pris en compte, ce qui les classe dans la catégorie des victimes. Une jeune femme âgée d'une vingtaine d'année témoigne, à travers cet article, les mauvaises conditions de travail qui lui ont été infligées, depuis environ deux mois. 

« La société qui m'a embauchée, spécialisée dans la télé - secrétariat sise à Itaosy Cité, n'a jamais mis à notre disposition un moyen de transport. Nous sommes une trentaine de travailleurs et seuls 8 d'entre nous habitent aux alentours de notre lieu de travail. Les différentes revendications suite aux problèmes rencontrés par les employés pour se rendre au bureau n'ont abouti à rien. Pourtant, nous savons tous qu'aucun taxi-be n'a desservi la Capitale durant une longue période. Et même actuellement avec le déconfinement progressif, il n'y a toujours pas de transport en commun à l'heure de la sortie du personnel. Par conséquent,  je me rends au travail à pied pour y passer 8  heures de temps. Comme j'habite à une dizaine de kilomètres de mon bureau, je pars deux  heures à l'avance pour arriver à l'heure. Le directeur nous laisse choisir entre un travail d'une demi-journée ou une journée entière. Ceux qui optent pour cette dernière option perçoivent par contre un bonus de 1000 ariary pour un travail de l'équivalent d'une heure, c'est-à-dire que la somme de 1500 ariary habituelle pour une heure de travail en moyenne a été haussée de 2500 ariary. Or, malheureusement, avec la fatigue, il me paraît difficile d'assurer le travail d'une heure. Ma situation financière va du pareil au même. 

En  ce qui concerne les gestes barrières et sanitaires, elles sont plus ou moins respectées. Premièrement, il n'y a pas de prise de température pour déterminer l'état de santé de tout le personnel. Or, toute personne qui ne se présente pas au bureau, qu'importe le motif, est automatiquement renvoyée. De plus, la distanciation sociale d'un mètre est impossible à appliquer avec la disposition des boxes individuels. Heureusement, chacun met un masque offert par la société elle-même, la seule assurance pour ne pas être contaminée. De l'eau et du savon sont également mis à disposition à l'entrée. 

Par ailleurs, la Direction nous a informés que la situation sera rétablie une fois la situation d'urgence  sanitaire levée. »

Inspection du travail et des lois sociales 

Peu de descente sur terrain 

Ils sont au nombre de 150. Et pourtant trois inspecteurs ou quatre seulement effectuent la descente sur terrain mensuellement pour résoudre les problèmes des employés.  Leur intervention tarde ainsi à venir face aux abus des employeurs concernant le non-respect du droit du travail. Cela entraîne la grogne des salariés durant cette crise sanitaire. Les membres de l'Inspection du travail et des lois sociales (ITLS) ont alors exposé leur situation au Président de la République à travers une lettre. Selon leurs dires, cette situation est liée à l'insuffisance de leur « condition de vie et de service ». « Absence de moyens de transport, d'équipement de protection individuelle et d'indemnités de risques », évoque Ravelomahatratra Rojomampionona, président de l'ITLS. Les membres de l'Inspection du travail et des lois sociales espèrent ainsi une attention de la part du Président de la République pour qu'ils puissent renforcer leur travail. Ce dernier consiste à assister les chefs d'entreprise dans la gestion des personnels ainsi que descendre sur terrain pour contrôler l'application et le respect du droit des travailleurs et ce, dans le secteur privé.

CTM SSM

« Besoin de retouche du Code de travail »

 Depuis le début de la période de confinement, les travailleurs sont confrontés à de grandes difficultés. Outre celle financière, leurs droits sont totalement bafoués par les employeurs. Une estimation de la Confédération des travailleurs Malagasy (CTM) a avancé que 80% des entreprises dans tout Madagascar ont déjà réduit de moitié le nombre de leur personnel, et d'autres les 2/3. Avec l’etat d’urgence sanitaire dans le pays actuellement, ce ne sont plus les personnes sous-contrat à durée déterminée (CDE) les victimes, mais celles ayant un CDI. Elles sont soumises à un chômage technique, au congé forcé, à la rupture de contrat et le non accès à la protection sociale.

 Selon le secrétaire général du Sendika Kristiana Malagasy (Sekrima), Rémi Boutodi, la faille sur la protection des droits des travailleurs malagasy, notamment dans le secteur privé se trouve au sein des textes administratifs. D'après lui, les travailleurs, même sous Contrat à durée indéterminée sont devenus actuellement très vulnérables puisqu'il n'y a aucun texte sur la protection des travailleurs dans une situation similaire. « En cas d'urgence comme celle-ci, les travailleurs devront jouir d'une subvention salariale afin qu'ils puissent subvenir à leurs besoins dans le cas où ils ne percevraient pas leur solde. », explique-t-il.  Pour le CTM, cette subvention devrait être intégrée dans le Code de travail.

Cette année, la célébration du 130e anniversaire de la journée internationale du travail a été exceptionnelle. Une célébration que les Syndicats réunis dans le CTM SSM ont marquée par une sorte de pétitions, selon le secrétaire général de l'Industriall Unio Building Madagascar, Barson Rakotomanga. En effet, des fiches conformes aux normes syndicales ont été distribuées au sein des entreprises auxquelles sont intervenus ces syndicats afin que tous les travailleurs puissent réclamer leurs droits. 

« C'est la première étape de notre revendication, en cette période de crise sanitaire. Les syndicats représentent les travailleurs et négocient des accords en leur faveur. Ils exercent leur rôle à différents niveaux », conclu-t-il. En cette période d'état d'urgence sanitaire, tous les travailleurs ne devraient pas être victimes de congé forcé, chômage technique et travail à la pièce c'est-à-dire, le salaire en  rapport avec la production.

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Editorial

  • Cause toujours !
    Palabre par-ci ! Causerie par-là ! Décidément en face, de l’autre côté de la rive, on n’en finit pas de jacasser, de caqueter ou de papoter. De la cacophonie ! De l’énervement superficiel ! D’un semblant de colère d’un juste ! En réalité, on a la peur bleue d’être fauché à … jamais.Ravalomanana Marc en binôme avec Rivo Rakotovao s’agitent. Si le premier fut un ancien Chef d’Etat plutôt un président déchu, le second un futur ex-président d’institution. Entourés d’une cohorte de rapaces avides de proies faciles, ils font du bruit, du tapage inutile. Le tout donc dans un ensemble factice portant l’étiquette d’opposition. A Madagasikara, il n’existe pas d’opposition à proprement parler. On n’a que des ex de ceci ou d’anciens de cela ou encore des ratés qui gesticulent dans un but inavoué de récupérer, d’une manière ou d’une autre, quelque chose qui a échappé à la prise. Inaptes…

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