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Zina Raminosona, PDG de la société Andao Compagny - « Les potentiels de l'industrie du traitement des déchets largement sous-exploités »

Publié le mardi, 02 avril 2024
Zina Raminosona, PDG de la société Andao Compagny - « Les potentiels de l'industrie du traitement des déchets largement sous-exploités » Crédit photo : fournie

Dans le paysage entrepreneurial malagasy, Zina Raminosona se distingue par son dynamisme et son engagement en faveur du recyclage des matières plastiques. PDG de la société Andao Compagny, il partage avec nous son parcours inspirant et sa vision pour l'avenir de l'industrie du recyclage à Madagascar.

La Vérité (-) : Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de ce qui vous a motivé à vous lancer dans l'entrepreneuriat ?

Zina Raminosona (+) :"Après avoir obtenu mon master en entrepreneuriat à l'étranger, j'ai décidé de retourner à Madagascar pour devenir entrepreneur. En 2019, j'ai fondé mon agence de communication, l'agence Kaky, avant de me lancer dans le recyclage des déchets plastiques avec Andao Compagny en 2021.

(-) : Parlez-nous de votre engagement dans le domaine du recyclage des matières plastiques.

(+) : "Mon engagement dans le recyclage a été inspiré par une expérience personnelle lors d'une visite à Madagascar en 2017, où j'ai été confronté aux déchets plastiques après un cyclone. J'ai alors décidé de chercher des solutions pour transformer ces déchets en objets utiles au quotidien".


(-) Comment fonctionne exactement votre processus de recyclage des matières plastiques pour les transformer en objets utiles au quotidien ?

(+): Le processus commence par la collecte, qui constitue le plus grand défi du recyclage. Nous devons obtenir des déchets plastiques propres et en grande quantité, généralement des bouteilles de 30 grammes ou plus. Une fois collectés, les déchets sont stérilisés et transformés en poudre de plastique. Cette poudre est ensuite utilisée pour fabriquer des plaques, qui sont enfin façonnées en objets tels que des tables-bancs. La collecte est cruciale car nous avons besoin d'un stock suffisant pour faire fonctionner notre processus de fabrication.

(-) Quels sont les principaux défis que vous avez rencontrés dans le développement de votre entreprise de recyclage?

(+) : Le financement a été notre premier obstacle. Nous avons lancé nos entreprises avec nos fonds propres, une démarche difficile mais qui nous a permis de comprendre la valeur de l'argent et de développer une structure solide. Ensuite, la sensibilisation au recyclage des déchets à Madagascar est un défi majeur.  La prise de conscience sur le recyclage des déchets demeure largement limitée, avec peu d'entreprises opérant dans ce domaine. De manière prédominante, les Malagasy ne sont pas conscients des méthodes de recyclage disponibles. A Madagascar, les déchets sont généralement mélangés, rendant difficile la mise en place du tri.
Un autre obstacle  concerne l'industrialisation, nécessitant des infrastructures adéquates, des installations et un accès à l'électricité fournie par la JIRAMA. Il nous a fallu six mois pour trouver un emplacement approprié pour notre entreprise. Un autre défi  réside dans le manque de compétences techniques dans ce secteur, une situation similaire à celle rencontrée par de nombreuses autres entreprises. Enfin, sur le plan marketing, nous sommes confrontés à une clientèle limitée à Madagascar, en raison d'un faible intérêt pour les produits. Découvrir les véritables motivations des consommateurs reste un défi de taille.



(-) : Quels sont les avantages écologiques de l'utilisation de matériaux plastiques recyclés par rapport aux matériaux traditionnels ?

(+): Les avantages environnementaux de l'utilisation de plastiques recyclés par rapport aux matériaux traditionnels tels que le bois ou le métal sont multiples. Contrairement au bois, dont la disponibilité diminue à Madagascar, et à la mélamine, moins durable, nos tables-bancs en plastique recyclé sont garanties 10 ans et peuvent durer bien plus longtemps avec une utilisation appropriée. Le plastique conserve ses propriétés intactes tant qu'il n'est pas soumis à l'exposition solaire ou aux produits chimiques. En outre, utiliser des déchets recyclés sensibilise les enfants à la valeur des déchets, les incitant à voir au-delà de leur simple élimination et à considérer leur potentiel pour créer quelque chose d'utile. Cette éducation contribue à changer les mentalités et à encourager une utilisation plus responsable des ressources.

(-) : A part les déchets plastiques, y a-t-il d’autres matières premières utilisées ?

Notre entreprise se distingue des autres acteurs du secteur du recyclage par son engagement à utiliser exclusivement des déchets, sans aucun ajout ni colorant. Contrairement aux pratiques courantes qui impliquent souvent un mélange de matériaux recyclés, notre processus garantit un recyclage à 100 %. De plus, notre approche permet une réutilisation totale des produits recyclés, offrant ainsi un potentiel de recyclage et de réutilisation maximale.

(-) : Produisez-vous exclusivement des tables-bancs ?

(+) : "Pour l'instant, nous diversifions nos activités en produisant des tables-bancs, qui ont un impact  sur l'environnement, l'assainissement et l'éducation. De plus, nous avons également des projets  pour fabriquer des tables de bureau, des tables de réunion, et autres. Bien que certaines entreprises locales achètent nos produits existants, nous concentrons nos efforts sur la promotion des tables-bancs en raison de leur impact positif considérable.


(-) : Quels sont les projets futurs de votre entreprise dans le domaine du recyclage des matières plastiques ?

(+) : "Notre principal objectif est l'industrialisation. Nous avons conclu un partenariat avec le ministère de l'Environnement et du Développement durable pour recevoir les déchets triés du centre de tri du village, en collaboration avec le  FID,  afin de garantir un approvisionnement continu en matières premières. En parallèle, nous travaillons sur un deuxième projet : une collection de meubles destinée aux entreprises et aux particuliers, en collaboration avec divers designers.

(-) : Comment envisagez-vous de diminuer le coût, étant donné qu'il est plus élevé par rapport à d'autres matériaux comme le bois et la mélamine ?

(+) : Bien que notre produit soit plus coûteux que d'autres matériaux tels que le bois ou la mélamine, cela est principalement dû aux frais de traitement des déchets. Actuellement, notre processus de traitement des déchets est principalement manuel, ce qui entraîne des coûts plus élevés. Pour réduire ces coûts, nous envisageons d'industrialiser notre processus de production afin d'augmenter notre capacité et d'optimiser nos opérations. Le deuxième aspect important est le partenariat. Plus nous avons de partenaires, plus il y a de personnes et d'organisations intéressées à participer à la fabrication des équipements de tables-bancs, qu'il s'agisse d'ONG, d'associations, de gouvernements ou d'entreprises. De plus, un investissement  peut contribuer à réduire les coûts. Par exemple, tandis qu'une table-banc en bois importée coûte environ 200 à 300 mille ariary, notre produit se situe autour de 450 mille ariary. Bien que notre prix soit plus élevé que celui du bois, notre objectif est d'offrir un produit de qualité, justifiant ainsi son coût plus élevé.

(-) : Comment voyez-vous l'avenir de l'industrie du recyclage des matières plastiques, et quel rôle votre entreprise espère-t-elle y jouer ?

(+) : Pour moi, dans l'industrie du traitement des déchets en général, il y a un potentiel énorme, surtout dans le domaine de la collecte, une activité encore largement sous-exploitée. Actuellement, peu d'entreprises se consacrent à cette tâche, mais celles qui le font, collectent et trient les déchets avant de les vendre aux industriels. Cette entreprise, je crois, connaîtra un essor considérable et deviendra une solution d'assainissement très lucrative. Par ailleurs, il est impératif que le Gouvernement continue de promouvoir le recyclage des déchets, en accélérant notamment les projets déjà initiés, comme celui de MEDD. Cette industrie ne se limite pas à une simple question d'assainissement ; elle offre également d'importantes opportunités financières. Par exemple, à Antananarivo, où 150 tonnes de déchets plastiques recyclables sont générés quotidiennement, les matériaux récupérés peuvent être valorisés à 1 200 dollars par tonne. Il existe  déjà une demande pour ces déchets.

(-) : Avez-vous d'autres choses à souligner sur ce sujet ?

(+) : Je souhaite vivement encourager les jeunes entrepreneurs malagasy à s'investir davantage. Les idées  des jeunes sont une source d'inspiration inestimable. Bien que de nombreux jeunes se lancent dans l'entrepreneuriat, il est essentiel que davantage s'engagent pleinement dans cette voie. En effet, pour apporter un réel changement à Madagascar, l'entrepreneuriat est une voie incontournable. Les entreprises créent des revenus et des produits qui peuvent contribuer à sortir le pays de sa situation actuelle. 
Carinah Mamilalaina

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Editorial

  • Sur tous les fronts !
    Rajoelina Andry Nirina, Président de la République de Madagasikara, fonce sur tous les fronts. Accompagné de son épouse, fidèle à ses côtés, il arpente et dévale monts et vallées. C’est dur d’être numéro Un d’un pays qui se débat contre les emprises de la pauvreté. Le couple présidentiel assume. Hier en Corée du Sud ! Avant-hier à l’Union africaine. Aujourd’hui à Genève. Demain et le lendemain, ailleurs ! Le feu professeur Zafy Albert bâtit sa notoriété en faisant le tour de Madagasikara, à travers ce qu’on appelait le « Mada – raid ». Des descentes de proximité, que le professeur-président effectuait, visaient à rencontrer les concitoyens là où ils se trouvent. Des contacts directs que les gens appréciaient beaucoup. Le feu colonel Ratsimandrava Richard, le père du Fokonolona, parcourait le pays, par le moyen du « Ala-olana », afin d’apporter des solutions aux problèmes quotidiens de la population à la…

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