Publié dans Dossier

26 juin 1960 - Des personnalités racontent la première fête de l’indépendance

Publié le lundi, 24 juin 2024



26 juin 1960 – 26 juin 2024. Madagascar célèbre son 64e anniversaire du retour de l’indépendance demain. Une célébration hautement importante pour le pays et les Malagasy car marquant un nouveau départ dans notre histoire. Le 26 juin est également synonyme de fête et de réjouissances. En 1960, il ou elle n’avait que quelques dizaines d’années. Ci-dessous, les témoignages de quelques personnalités qui racontent la manière avec laquelle elles ont vécu cette première fête nationale du 26 juin 1960.

Fredy Rajaonera Andriambelo
« Nous devons exploiter judicieusement cette liberté pour laquelle nos aïeux se sont battus »
Charismatique capitaine d'industrie depuis près de quarante ans, Fredy Rajaonera partage son expérience et sa vision après 64 ans d'indépendance du pays.
Lors de la première célébration de l’indépendance de Madagascar, j'étais encore un enfant. Je ne savais pas encore combien la vie pouvait être dure, bien que ce fût moins difficile qu'aujourd'hui. Cependant, l'importance de cette proclamation d'indépendance résonnait fortement autour de moi. Ce n'est qu'en entrant dans la vie active que j'ai pleinement réalisé l'ampleur de cette liberté, particulièrement dans mon secteur d'activité. A l'époque, nous assistions aux prémices de ce qui deviendra le marché de l'importation massive de litchis, débutant modestement avec environ 2.000 tonnes expédiées via le port de Manakara, une infrastructure qui, aujourd'hui, n'est plus qu'un vestige de la gloire agricole de cette Région.
Au fil du temps, j'ai occupé divers postes, notamment à la Direction du groupe où je travaille actuellement et à la Présidence du Syndicat des industries de Madagascar. La liberté acquise est une opportunité que nous devons exploiter pleinement, surtout sur le plan économique. Il est crucial de renforcer continuellement la politique de promotion industrielle pour générer une croissance significative pour le pays. Cette ambition s'est concrétisée bien plus tard avec l'adoption de la loi sur le développement industriel à Madagascar, promulguée il y a environ six ans, mais qui attend toujours son décret d'application.
Hary Rakoto

Rakotoarisoa Randriamanantena Jacqueline, Professeure émérite de l'Université d'Antananarivo
Ses souvenirs lors de la célébration de la Première République
Le 26 juin 1960 a marqué un tournant historique pour Madagascar. Il s’agissait de la première célébration de la journée de l'indépendance. A cette époque, Rakotoarisoa Randriamanantena Jacqueline, alors âgée de 10 ans, vivait cet événement marquant avec une intensité particulière, enracinée dans une histoire familiale nationaliste.
Rakotoarisoa Jacqueline appartient à une famille nationaliste, et l'histoire de son père a profondément marqué sa perception de l'indépendance. Mon père était allergique aux "Vazaha" , un sentiment exacerbé par la mort de son frère lors des événements de 1947 », raconte-t-elle. En 1939, son père était fonctionnaire de l'administration coloniale, formé à Mir de Vilaire, et avait participé à la Seconde Guerre mondiale. En 1946, ses parents étaient gouverneurs aux Comores, avant d'être affectés à Mahitsy en 1947. Là, son père était chargé de la collecte des impôts, tandis que sa mère, obligée de travailler comme ménagère, présidait la Croix-Rouge locale. « Ils n'ont jamais accepté les ordres coloniaux, ce qui a conduit à de fréquentes mutations », se souvient-elle. En 1953, son père a été affecté à Antsirabe, puis à Manandona et Tritriva, des postes perçus comme des punitions.
Avec l'instauration de la Première République en 1958, il ressent un immense soulagement. « Il était enfin libre des ordres des "vazaha", dit-elle. Lors de la fête de l'indépendance en 1960, son père a emmené toute la famille à Antananarivo en taxi-brousse pour la célébrer. Elle a raconté : « Nous ne savions pas chanter l'hymne national car nous n'avions pas de radio, mais nous connaissions bien le drapeau malagasy ». Le 25 juin au soir, son père a acheté des « arendrina » malagasy pour les festivités. Le lendemain, ils se sont rendus à l'avenue de l'Indépendance, près de l'hôtel de ville. « Il a déchiré le drapeau français et a porté un chapeau malagasy "penjy" », raconte-t-elle avec fierté. Leur mère, quant à elle, est restée à la maison pour préparer un repas festif. Elle se souvient de son père achetant des fary (bonbons), des poissons colorés et des bonbons « gasy », ses préférés jusqu'à aujourd'hui. « Quand nous sommes rentrés, maman avait préparé du "voritsiloza" et "rogay" », raconte-t-elle. Pour nous les enfants, elle avait acheté des dinettes en argile pour que nous puissions jouer à cuisiner. « C'était l'hiver, et ces moments ont marqué mon enfance à jamais ». Selon elle, cette journée de célébration de l'indépendance restera gravée dans sa mémoire comme un symbole de liberté et de fierté nationale, une époque où sa famille a pu enfin voir ses aspirations nationalistes réalisées. « Ce jour-là, nous avons ressenti un profond sentiment de liberté et d'appartenance à notre pays », se souvient-elle avec émotion.
Carinah Mamilalaina

Le Pr Raymond Ranjeva avait 17 ans
Il avait 17 ans en juin 1960. Encore élève au lycée d’Andohalo, il était parmi les benjamins à avoir été conviés à assister à la cérémonie de proclamation de l’indépendance. « Je venais de réussir la première partie du baccalauréat. J’avais reçu l’invitation à venir à Mahamasina », dit-il. Une chose l’avait surpris une fois installé. « La proclamation se déroulait sur ce qu’on appelait "Vatomasina" (Pierre sacrée) et j’étais étonné. Au lycée, nous apprenions qu’il n’existait plus de Vatomasina à cet endroit car ladite pierre sacrée était démontée pour en faire du pavé à Antananarivo. Pourtant, c’était là-bas que l’indépendance de Madagascar était proclamée et l’étonnement me gagnait », se souvient-il.
La revue des troupes était la deuxième chose la plus importante qui marquait le jeune Raymond Ranjeva le jour de la proclamation de l’indépendance le 26 juin 1960. « Cela avait attiré notre attention car les Malagasy avaient une armée », souligne-t-il. « Par la suite, nous pouvions acheter des timbres-postes dédiés à la célébration de l’indépendance. La stupeur se lisait dans le regard des gens dans la rue ce jour-là. Je m’en souviens bien », ajoute-t-il.
Le soir de ce jour mémorable, il assistait à la messe de l’indépendance célébrée à la cathédrale d’Andohalo. Le monseigneur Rakotomalala, qui était l’archevêque d’Antananarivo, le premier Malagasy à avoir occupé cette fonction, dirigeait la messe. Mais comme il n’était pas encore intronisé, c’était le père Michel Ranaivo, à la fois sénateur de Madagascar, qui officiait la messe. Raymond Ranjeva était parmi les jeunes qui servaient la messe à ce moment-là.
Aucun mauvais souvenir ne restait de ce jour. Seulement, d’après ses dires, la fête de l’indépendance n’existait pas encore. Celle-ci sera célébrée fin juillet de la même année. Le Pr Raymond Ranjeva conseille vivement la consultation du Livre d’or de la République édité par le Gouvernement de l’époque. « Ce document contient tant d’enseignements à tirer », conclut-il.

Tsiantery Jean-Marc Georginot raconte son 26 juin à 9 ans
Inspecteur du travail retraité, cet homme originaire de Befandriana-Avaratra était commissaire permanent auprès du Conseil suprême de la révolution (CSR, formé le 15 juin 1975) et conseiller technique auprès de plus d’une dizaine de ministères durant plusieurs années jusqu’à son départ à la retraite en 2011. Né en 1951, il avait 9 ans en 1960. « Nous étions dans la brousse de la commune rurale d’Ambararata, Befandriana-Avaratra, le jour du 26 juin 1960. Ce que nous avions vu pouvait être différent de ce qui se passait en ville. Les gens faisaient la fête et dansaient chez nous. Ils abattaient des zébus et organisaient un bal populaire le soir. Mais c’était assez moins solennel que la fête du jour de la proclamation de la République du 14 octobre 1958 où une fête grandiose avait eu lieu. On avait claironné que c’était l’indépendance et il y avait beaucoup à espérer ».
M.R.

Chanteuse Voahirana
Fan du podium
« L’une des choses qui m’a le plus marquée dans les années 60 à chaque célébration du retour de l’indépendance a été le podium. Il était impératif pour nous d’assister au podium qui avait lieu à l’hôtel de ville, Analakely. A l’époque, on n’avait pas le souci de se faire voler ou tabasser. On n’avait pas à se trop soucier de l’insécurité, contrairement à aujourd’hui. C’était aussi toujours amusant de voir autant d’étudiants alignés dans des défilés avec l’Armée. Durant le régime du Président Philibert Tsiranana, les défilés militaires se sont déroulées à Antanimbarinandriana. On sentait vraiment le goût de la fête à cette époque. Aujourd’hui, le monde n’est plus le même qu’avant. Cependant, cela n’empêche pas au peuple de faire la fête. La flamme du patriotisme ne s’est jamais éteinte. Elle est innée en nous ». Rappelons que la chanteuse Voahirana, de son vrai nom Josiane Olga Ramahavalisoa, est née le 16 mai 1950. Issue d’une famille d’artistes, Josiane Olga commençait à chanter en 1962. Elle avait seulement 12 ans. En 1963, Henri Ratsimbazafy lui avait donné un second rôle de chanteuse dans son groupe.
Si.R

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    Le tourisme, le fer de lance pour la relance de l’économie nationale, se trouve en tête de la ligne du front dans la bataille sans merci contre la malédiction, si on peut s’exprimer ainsi, qui semble s’éterniser. En effet, il faut batailler dur si l’on veut briser à jamais le blocage en béton gênant la remontada. En diapason avec le ministère des Transports et de la Météorologie, le département du Tourisme et de l’Artisanat, en tête de peloton, sous l’impulsion de l’inamovible ministre Randriamandranto Joël conduit en tandem avec le ministre Ramonjavelo Manambahoaka Valéry Fitzgerald, le combat. En fait, les ministères du Tourisme et des Transports sont deux départements appelés à unir leur force dans un cadre de stratégie commune afin de coordonner les actions.

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