Publié dans Economie

Importation de véhicules - Le boom coréen transforme le marché de l’occasion malagasy

Publié le mardi, 10 février 2026

Chapeau : Le parc automobile malagasy se transforme rapidement, porté par une demande croissante en mobilité et l’ouverture du marché aux importations. Les voitures d’occasion coréennes dominent ce mouvement, tandis que les véhicules neufs et les premières initiatives électriques commencent à redessiner le paysage du secteur.

Les voitures coréennes dominent l’occasion

À Madagascar, les véhicules d’occasion représentent désormais la majorité des importations annuelles. Selon les dernières estimations pour 2023, près de 30 000 unités toutes catégories confondues ont été importées, incluant voitures particulières, SUV/4×4, camions légers et utilitaires. Parmi ces importations, les véhicules coréens pèsent près de 24 % en valeur, selon les données compilées par Trend Economy. Cette proportion en fait le segment le plus dynamique du marché.

Avant la pandémie, environ 10 000 véhicules coréens d’occasion étaient importés chaque année, contre 6 000 véhicules européens, confirmant la préférence des consommateurs malagasy pour les modèles asiatiques. Les raisons sont multiples : un prix plus compétitif, une fiabilité perçue et un approvisionnement relativement facile en pièces de rechange. Le phénomène coréen dépasse donc le simple effet de mode ; il traduit une adaptation pragmatique des ménages à la réalité économique locale.

Cette croissance a également favorisé la structuration progressive du marché. La création du GIVEOM (Groupement des importateurs de véhicules d’occasion à Madagascar) constitue un pas important vers la professionnalisation du secteur. Ce groupement regroupe une trentaine d’opérateurs et vise à améliorer la transparence des transactions, à représenter les importateurs auprès des autorités et à instaurer des standards de qualité pour les véhicules vendus. L’existence de ce cadre organisationnel contribue à renforcer la confiance des consommateurs, un élément crucial dans un marché où l’achat d’un véhicule d’occasion représente souvent un investissement conséquent pour une famille malagasy moyenne.

Les véhicules neufs, un indicateur de confiance

Si le marché de l’occasion explose, le segment des véhicules neufs reste limité mais constitue un baromètre précieux de la demande solvable. En 2023, 4 606 véhicules neufs ont été mis à la consommation, pour une valeur CAF (coût, assurance, fret) d’environ 481,2 milliards d’ariary. Cette activité reflète une demande ciblée pour des modèles adaptés à des usages professionnels, urbains et familiaux.

Cependant, la dynamique des ventes de véhicules neufs est marquée par des fluctuations, révélant la volatilité du marché face aux contraintes économiques locales. Sur les dix premiers mois de 2023, moins de 3 900 unités ont été importées, traduisant un ralentissement conjoncturel lié à la hausse des coûts d’importation, aux variations du taux de change et à la conjoncture inflationniste. Malgré tout, les véhicules neufs restent un indicateur clé : ils montrent qu’une partie de la population malagasy dispose d’une capacité d’achat suffisante pour accéder à des produits premium et que le marché conserve un potentiel de croissance pour les modèles récents et technologiquement avancés.

Préférence des consommateurs

Le succès des voitures d’occasion coréennes s’explique par plusieurs facteurs. Outre le prix d’achat réduit et la disponibilité des modèles récents, la fiabilité perçue et l’accessibilité des pièces de rechange constituent des arguments décisifs. Dans un contexte où la mobilité individuelle devient un impératif pour le travail et l’éducation, les ménages malagasy privilégient ces véhicules pour un coût jusqu’à 30 % inférieur à celui d’un modèle neuf équivalent, même après l’application des droits de douane et des frais logistiques.

La structuration du marché par le GIVEOM renforce la confiance des consommateurs en garantissant la qualité et la transparence des transactions. Les véhicules européens, africains et chinois continuent d’être importés, mais la domination des voitures coréennes illustre un véritable bouleversement du parc automobile. Cette tendance redéfinit la composition du marché et influence également les stratégies des concessionnaires locaux, qui adaptent leurs stocks et leurs services après-vente en fonction de cette demande spécifique.

Régulation et fiscalité

Une réforme fiscale récente a introduit une taxation sur les véhicules à moteur, impactant droits de douane, taxes additionnelles et normes environnementales. Cette mesure touche à la fois les véhicules neufs et d’occasion, influençant directement les prix d’achat et la structure de la demande. Pour les importateurs et concessionnaires, cette taxation représente une source d’incertitude. Selon plusieurs professionnels du secteur, elle pourrait freiner légèrement le volume des importations à court terme, tout en orientant progressivement le marché vers des véhicules à plus forte valeur ajoutée, plus récents ou plus écologiques, notamment hybrides ou électriques.

Cette réforme s’inscrit dans un effort plus large de l’État visant à structurer le marché, à améliorer la sécurité des véhicules importés et à limiter l’impact environnemental. Elle pose cependant un défi aux ménages et aux entreprises qui doivent jongler entre mobilité indispensable et contraintes budgétaires, notamment dans un contexte économique marqué par l’inflation et la fluctuation des devises.

Enjeux futurs

Les perspectives du marché automobile malagasy reposent sur plusieurs facteurs convergents. La croissance urbaine, avec l’extension des villes et l’augmentation de la population active, stimule naturellement la demande en mobilité individuelle. Parallèlement, l’augmentation progressive des revenus et la volonté de moderniser les flottes professionnelles et publiques encouragent l’importation de véhicules plus récents et plus performants.

L’intérêt croissant pour les véhicules électriques et hybrides reflète une tendance mondiale qui influence Madagascar. Dans un contexte où les gouvernements et acteurs économiques cherchent à réduire les émissions de gaz à effet de serre et la dépendance aux carburants fossiles, ce segment, encore embryonnaire, pourrait se développer rapidement dans les prochaines années si les infrastructures et les incitations sont alignées.

En parallèle, le boom des importations coréennes illustre la consolidation de la position des constructeurs asiatiques sur les marchés émergents. Leurs modèles, compétitifs, fiables et adaptés aux réalités locales, continuent de séduire les consommateurs malagasy et de remodeler la composition du parc automobile. Cette dynamique pourrait aussi inciter les concessionnaires européens et chinois à réviser leurs stratégies, en proposant davantage de services, des garanties ou des offres de financement attractives pour rester compétitifs.

Entre contraintes et opportunités

Le parc automobile malagasy est donc à la croisée des chemins. Les voitures d’occasion coréennes dominent le marché par nécessité économique et accessibilité, les véhicules neufs reflètent une demande solvable mais restreinte, tandis que les véhicules électriques émergent comme une tendance d’avenir à accompagner et structurer. La structuration progressive du marché via le GIVEOM et la nouvelle fiscalité constituent des leviers pour orienter ce marché vers plus de transparence, de régulation et de durabilité.

À long terme, les enjeux seront multiples : garantir la qualité des véhicules importés, favoriser l’adoption de technologies plus propres, soutenir la croissance des concessionnaires et des importateurs locaux et répondre aux attentes d’une population urbaine en quête de mobilité fiable et abordable. Dans ce contexte, le marché automobile malagasy illustre à la fois les défis économiques d’un pays en développement et les opportunités offertes par les innovations technologiques et les stratégies de marché globalisées.

Le boom coréen n’est donc pas un phénomène isolé mais un indicateur clé des transformations profondes que connaît le secteur automobile à Madagascar. La combinaison d’une demande pour l’occasion, d’une offre limitée mais croissante de véhicules neufs et de l’émergence progressive de l’électrique façonnera le paysage de la mobilité sur l’île pour les années à venir. Les décisions politiques, les stratégies des importateurs et l’évolution des infrastructures détermineront dans quelle mesure Madagascar pourra conjuguer accessibilité, durabilité et modernité dans son parc automobile.

Premiers signes d’électrification

Dans ce contexte dominé par l’occasion, la mobilité électrique commence à se faire timidement une place. Bien que représentant une part encore marginale du parc global, les véhicules électriques et hybrides suscitent l’intérêt des entreprises, des flottes municipales et d’une clientèle urbaine soucieuse de durabilité et d’optimisation des coûts d’exploitation.

Le marché malagasy de l’électrique est encore limité par plusieurs obstacles : le coût d’acquisition élevé, l’insuffisance des infrastructures de recharge et le manque de maintenance spécialisée. Néanmoins, certains opérateurs locaux innovent en proposant des solutions adaptées, notamment des véhicules électriques conçus pour le climat et le relief malagasy, et même des conversions de véhicules thermiques en électriques. Ces initiatives, bien que modestes, traduisent une prise de conscience croissante de la nécessité d’aligner le marché automobile sur les tendances mondiales de transition énergétique.

Par Hary Rakoto

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Editorial

  • Opération délicate
    Le faux et l’usage de faux envahissent l’Administration, grand « A » s’il vous plaît, à savoir le domaine général qui englobe tous les secteurs d’activités de l’Etat ou de la République. Faux et usages de faux, du jargon populaire « fosika », faux diplômes ou certificats de fin d’étude gangrènent presque tous les Corps de métier de l’Administration entre autres les départements clés comme l’Enseignement supérieur, l’Education nationale, la Justice, la Régie financière, les Forces de défense et de la sécurité (FDS), etc. Les concours d’entrée dans l’administration publique sont infestés de faux dossiers. Des diplômes de Baccalauréat, de Licence, de Master I ou II se trouvent les plus menacés. Il y a eu même certains de faux diplômes de Doctorat !

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