Publié dans Politique

Professeur Henri Rasamoelina - « L’ombre de la France plane toujours ! »

Publié le mardi, 10 février 2026

Henri Rasamoelina, Professeur titulaire émérite en sociologie à l’université de Fianarantsoa, docteur en droit et sciences politiques, diplômé en histoire des civilisations nous livre une analyse sur l’évolution de la coopération militaire à Madagascar.

 

La Vérité Hebdo (LVH) : Comment pourriez – vous résumer la coopération militaire qui a existé entre Madagascar et les autres pays depuis notre indépendance ?

Pr Rasamoelina (PR) : Au cours de la Première République, évidemment que nous avons développé une coopération militaire avec la France. Puis, cela a évolué pendant la 2eme République car nous nous sommes tournés vers l’Union soviétique ou l’URSS. La 3eme République a été marquée par un retour en force de Didier Ratsiraka puis l’avènement de Marc Ravalomanana qui s’est davantage penché vers les Américains. Il faut néanmoins rappeler que le chef d’Etat – major de l’armée française ainsi que le ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin avaient effectué une visite à Madagascar à cette époque. La 4eme République, bien évidemment, est marquée par une coopération renforcée avec la France.

LVH : Le contexte politique a – t – il donc une influence sur ce changement fréquent en matière de coopération militaire ?

PR : On peut dire ça. Mais je pense surtout qu’il y a une question de jeu géopolitique menée par les grandes puissances, dont la France en l’occurrence, dans l’océan Indien. J’ai appris plus tard que, au cours de la Deuxième République, c’est la France elle – même qui a encouragé le régime de Didier Ratsiraka à développer une coopération avec l’Union soviétique. Quand j’étais ministre, j’ai appris que tous les équipements militaires qu’on avait achetés auprès des Soviétiques, même une balle, devait faire l’objet d’un compte rendu minutieux à Paris. La France voulait stopper, par tous les moyens, l’expansion des Etats – Unis dans l’océan Indien. 

LVH : Que pensez – vous de l’actuel régime de la Refondation qui développe une coopération avec la Russie ? 

PR : Effectivement, j’ai appris dans les médias que Madagascar se tourne vers la Russie. Pourtant, à ma connaissance, il me semble que le précédent régime avait déjà relancé la coopération avec la Russie en 2018, et on avait même parlé de la signature d’un accord de coopération militaire en 2022. A mon avis, le régime actuel ne fait donc qu’appliquer la continuité de cet accord. 

LVH : Comment alors expliquez – vous le fait que la Russie soutient les revendications de la Grande île en vue de la restitution des îles Eparses ?

PR : Je tiens à rappeler qu’au cours d’un déplacement sur les îles Glorieuses, Emmanuel Macron avait déclaré « Ici c’est la France ». Ces propos n’étaient pas vraiment adressés aux Malgaches mais aux Russes et aux Américains. (…). C’était une sorte d’avertissement face à d’éventuelles tentatives par la Russie ou les Etats – Unis de s’emparer directement ou indirectement de ces îles.

LVH : Quelle coopération serait alors le plus bénéfique pour le pays. Une coopération tournée vers la Russie, la France, les Etats – Unis ou la Chine ?

PR : Cela dépend avant tout de nos dirigeants. Mais à mon avis, la France tentera à tout prix d’empêcher toute alliance avec les Etats – Unis. Elle redoute l’influence américaine sur les îles de l’océan Indien. Je pense qu’elle préfèrerait encore, et de loin, une influence présumée de la Russie. (…) D’ailleurs, j’ai appris que les politiciens malgaches qui se sont aventurés vers une alliance avec les Américains ont payé le prix fort en voyant leur carrière politique brisée.

LHV : Comment la Grande île arrivera – t – elle à tirer son épingle du jeu ?

PR : A priori, les relations internationales aujourd’hui sont encore dictées par les accords d’antan comme celui de Yalta entre autres. Si la France sentait vraiment une menace russe, elle ne serait pas aussi calme. Par exemple, en 1972 au cours de la 2eme République, l’accord de coopération avec cette puissance coloniale a été rompu. Mais une fois de plus, il me semble que c’était encore la France qui était derrière cette rupture. Il faut juste que les dirigeants arrivent à trouver les orientations qui seront bénéfiques pour le pays.

(Propos recueillis par Sandra Rabearisoa)

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Editorial

  • Opération délicate
    Le faux et l’usage de faux envahissent l’Administration, grand « A » s’il vous plaît, à savoir le domaine général qui englobe tous les secteurs d’activités de l’Etat ou de la République. Faux et usages de faux, du jargon populaire « fosika », faux diplômes ou certificats de fin d’étude gangrènent presque tous les Corps de métier de l’Administration entre autres les départements clés comme l’Enseignement supérieur, l’Education nationale, la Justice, la Régie financière, les Forces de défense et de la sécurité (FDS), etc. Les concours d’entrée dans l’administration publique sont infestés de faux dossiers. Des diplômes de Baccalauréat, de Licence, de Master I ou II se trouvent les plus menacés. Il y a eu même certains de faux diplômes de Doctorat !

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