Publié dans Politique

Entretien avec Violette Kakyomya - « Le parcours d'une femme de carrière est rempli de défis ! »

Publié le vendredi, 08 mars 2019

Violette Kakyomia, coordonnateur résident du Système des Nations unies, a accepté de répondre à nos questions à l'occasion de cette journée qui met les femmes à l'honneur. Abordant son parcours au sein des Nations unies et sa présence à Madagascar, elle ne manque pas de lancer un message lié au thème mondial de cette journée du 08 mars qui est : « Penser équitablement, bâtir intelligemment et innover pour le changement ». Interview !

L.V : Est-ce que vous pouvez nous parler de votre parcours brièvement ?

Je suis coordonnateur résident du Système des Nations unies à Madagascar actuellement et cela va faire 3 ans que je suis au pays. J'ai fait carrière depuis le niveau peut-être le plus bas jusque-là où je suis. Une des femmes qui a vraiment grandi aux Nations unies, j'ai assumé le poste de chef de programme, chef des unités. J'ai travaillé environ dans 10 pays jusque-là. La plupart de ma carrière était au Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) mais j'ai aussi passé quelques années au Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA). J'ai assumé le poste de coordonnateur résident au mois de mars 2016. Voilà en bref mon parcours jusqu'ici. Mais avant les Nations unies, j'avais travaillé dans mon pays (ndlr : en Ouganda) ; j'ai travaillé avec les ONG dans le domaine du développement sur la question des femmes et des enfants.

L.V : En tant que femme occupant un poste de décision, quel est le plus grand défi pour vous ?

V.K : (…) Moi, je préfère parler de défis tout au long de ma carrière parce que  je trouve que cela permet aux femmes de faire carrière jusqu'à un très haut niveau. Parce qu'on commence la carrière, puis il y a la famille, les enfants, les évènements de la vie qui ne permettent pas aux femmes d'avoir les mêmes opportunités. Nous devons vraiment regarder cet aspect pour assurer que les femmes peuvent aussi faire carrière et avancer. Les défis sont comment combiner la vie familiale et faire carrière de la même manière parce que souvent pour vraiment avancer dans la carrière, il faut travailler plus que 100%. Il faut travailler plus que les huit ou neuf heures qu'il faut travailler au bureau et puis combiner cela avec la vie familiale, élever les enfants, assurer que tout va bien à la maison, s'occuper de toute autre chose qui vient avec la vie familiale. C'est un grand défi !    

L.V : Au niveau des Nations unies, est- ce que la parité genre est respectée ?

V.K : Oui. Je suis très fière de vous informer qu'au jour d'aujourd'hui, avec le secrétaire général actuel, Monsieur Antonio Guterres,  nous sommes arrivées à 50 % pour l'équipe de Senior Management, l'équipe qui dirige les Nations unies au plus haut niveau. C'est la première fois aux Nations unies qu'on atteint vraiment la parité au niveau le  plus haut. Et aussi pour les coordonnateurs résidents qui dirigent les équipes-pays partout dans le monde, nous sommes arrivées à 50% et ça, ça montre que même si on avait commencé depuis à suivre pour avoir cette égalité, nous arrivons maintenant à l'avoir mais il y a encore beaucoup de travail à faire au niveau intermédiaire et plus bas. Nous continuons à suivre cela.

L.V : Comment trouvez- vous la participation de la femme à Madagascar et en Afrique ?

V.K : Je dirais que ça avance. Nous avons les améliorations que ce soit à Madagascar et au niveau des autres pays d'Afrique. Je pense que dans quelques pays, par exemple, si vous voyez le cas d'Ethiopie et du Rwanda nous avons commencé à voir la parité au niveau du Gouvernement, au niveau de l'Assemblée nationale et au niveau des autres institutions. A Madagascar, comme vous le savez, nous avons encore beaucoup à faire même si on doit dire qu'il y a des progrès. Au niveau du Gouvernement, nous avons maintenant 6 femmes ministres. Nous devons nous féliciter car ce sont les femmes qui aiment occuper les postes importants et nous avons confiance qu'elles vont faire du bon travail, mais on peut avoir aussi plus et j'espère que ça va continuer. Et si vous voyez aussi, pour l'Assemblée nationale qui vient de finir, on avait peut-être quelque pourcentage, ce n'est pas beaucoup de femmes et nous espérons qu'avec les élections législatives, on aura encore plus, comme ça on peut avoir les femmes dans les positions de pouvoir. Nous avons aussi noté l'amélioration par rapport au nombre de femmes qui sont sur la liste électorale. Par rapport aux derniers chiffres avant la dernière révision, nous avons remarqué presque 4 500 000 femmes sur la liste sur presque 10 millions d'électeurs. Cela montre que presque 5 millions de femmes peuvent voter. Tout ça, ce sont des améliorations très importantes mais il y a beaucoup qui peut encore être fait Madagascar et en Afrique et partout dans le monde.

L.V : Depuis le 1er janvier 2019, vous occupez un nouveau rôle au sein des Nations unies. Pouvez- vous nous parler du renforcement du rôle du coordonnateur résident et de la réforme au sein des Nations unies ?

V.K : La réforme des Nations unies, qui vient de commencer le 1er janvier, est peut-être la plus ambitieuse des réformes que notre organisation a connues depuis des années. Le secrétaire général actuel a entamé une réforme très ambitieuse pour la mise en œuvre de l'Agenda actuel auquel tous les pays ont adhéré, y inclus Madagascar, l'Agenda 2030 et les 17 objectifs du développement durable. C'est un agenda très ambitieux.

L'arrangement qu'on avait avant au niveau des Nations unies où le coordonnateur résident qui est le chef de l'équipe des Nations unies dans un pays. Ce rôle était avant combiné avec le rôle de représentant résident du PNUD. On pense que pour la redevabilité du Système des Nations unies, il faut un coordonnateur résident qui n'assume pas les fonctions d'un chef d'agence et qui assume à plein temps le rôle de chef d'équipe ; qui est l'interlocuteur du Gouvernement, de l'Etat, pour assurer constamment le suivi de la réalisation des 17 ODD ; et qui est aussi redevable au pays et au secrétaire général pour le travail qui est fait constamment pour l'atteinte de ces objectifs.

Moi, j'étais avant, depuis mars 2016, représentant résident du PNUD mais j'assurais aussi le rôle de coordonnateur résident. Depuis le 1er janvier de cette année, le secrétaire général m'a renommée son représentant à Madagascar et chef d'équipe de Nations unies. Maintenant, à plein temps, je joue le rôle chef d'équipe. L'équipe est composée par les chefs d'agence. Nous sommes presque 1000 fonctionnaires des Nations unies à Madagascar dans différents domaines et nous travaillons pour assurer que Madagascar avance. J'espère dans ce rôle que je viens d'assumer que je pourrai vraiment contribuer au progrès de Madagascar et à la réalisation des ODD.

L.V : A l'occasion de la Journée internationale de la femme, quel est votre message ?

V.K : Je voudrais passer un message avec trois recommandations. Je voudrais lancer un appel pour l'augmentation du nombre de femmes dans les postes de décision, c'est fondamental. Quand on parle de ça, on ne parle pas juste au niveau du Gouvernement, au niveau régional. Les gouverneurs qui vont être nommés, il faut vraiment qu'ils soient conscients de ça. Les chefs d'institution, il faut qu'ils soient conscients de cela, il faut augmenter le nombre de femmes. On ne peut pas avancer, nous ne pouvons pas atteindre  le 17 ODD si on laisse la moitié de la population derrière. Certains disent que les femmes qualifiées manquent, mais elles sont là. Il faut vraiment faire un petit effort pour les chercher et les encourager à assumer ces postes de responsabilité. Et je voudrais aussi lancer un appel pour les personnes qui sont responsables pour faire tout ce qui est possible pour augmenter la participation des femmes dans les secteurs- clés. Au cours des trois ans durant lesquels j'ai travaillé à Madagascar, j'ai eu l'opportunité de rencontrer des femmes qui sont leaders des organisations féminines, les femmes qui assument des responsabilités pour des associations de femmes, qui sont vraiment des femmes engagées et qui veulent faire bien. Et je voudrais lancer un appel aux responsables, que ce soit les partenaires au développement ou le Gouvernement, de vraiment appuyer ces associations.

Propos recueillis par Sandra Rabearisoa

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