Publié dans Société

Banditisme et meurtres atroces - Les vécus traumatisants de deux femmes

Publié le mardi, 10 février 2026

Deux jeunes issus de familles différentes ont été assassinés de façon barbare. Etranges coïncidences ou non, mais les faits sont survenus aux jours de leurs anniversaires.

Dans l'ombre de la ville, deux destins ont été brisés par une violence sans nom. A Tsimbazaza, le petit Miguel, à peine âgé de 6 ans, est retrouvé mort au lendemain de son anniversaire. Quelques mois avant cela, la jeune Tricha, qui allaient fêter ses 18 printemps et passer son baccalauréat, succombe à la sauvagerie des bandits, selon des sources. Leurs mères livrent aujourd'hui, avec une douleur à peine contenue, le récit de leur calvaire et de leur combat pour tenter de vivre encore. Les faits.

 

Mi-novembre 2025, c'était le jour des six ans de Miguel : l'enfant avait soufflé ses bougies, la veille, plein d'espoir et de rires. Le lendemain, son corps gisait dans un caniveau de Tsimbazaza. Selon les premiers éléments de l'enquête, des coups de couteau auraient été portés avec une telle férocité que certains y ont vu la marque d'un rituel macabre. Trois mois plus tard, nous avons retrouvé Felana, la maman du garçonnet. Elle vit un deuil sans répit.

Consciente de l'effondrement total de son employée, la Direction de la société où travaille madame Felana lui a accordé un mois de congé. Elle a fui son domicile, s'est réfugiée chez des amies, cherchant dans leur présence un peu de chaleur humaine. Rien, pourtant, n'a pu rallumer la lumière en elle : « Quand je suis seule, j'ai l'impression de voir Miguel, de l'entendre rire… et je m'effondre en larmes », avoue-t-elle d'une voix étranglée. Ce n'est qu'il y a une semaine qu'elle a repris le chemin du travail, un emploi contraignant qui l'oblige à voyager fréquemment.

Pour garder l'espoir, Felana a accepté l'aide spirituelle d'un prêtre : « Il m’a dit que mon petit garçon est désormais un ange et qu'il veille sur moi », raconte-t-elle, comme pour se rassurer elle-même. Pendant ce temps, l’enquête menée par la Justice poursuit son cours : deux personnes, dont la mère adoptive de Miguel, ont été placées en détention provisoire en attendant leur procès, fixé au mois prochain. Le père du petit garçon s'est, quant à lui, constitué partie civile dès les premières heures de l'instruction.

Depuis l'annonce de la convocation de la mère adoptive de Miguel et de son co-accusé devant le juge d'instruction, l'opinion publique retient son souffle. Personnage principal suspecté dans cette affaire aussi trouble que médiatique, elle est attendue au tournant car ses révélations pourraient bien faire basculer la suite de l'enquête.

Un climat de suspicion

Dès les premières heures, les soupçons se sont massés autour de la femme qui a recueilli Miguel. Plusieurs témoins ont témoigné d'un climat de maltraitance - humiliations quotidiennes, châtiments corporels - et livré une image d'un enfant terrorisé, contraint à l'obéissance sous peine de représailles. Face à ces accusations graves, l'intéressée est restée silencieuse, cloîtrée dans un mutisme qui n'a fait qu'augmenter la défiance.

Un comportement déroutant

Au-delà des lourdes allégations de mauvais traitements, ce sont les réactions de la mère adoptive qui intriguent le plus les enquêteurs. A deux reprises, elle a emmené les Forces de l'ordre sur des lieux-clés, indiquant sans sourciller l'emplacement du corps de Miguel. Certains y voient un geste de coopération. D'autres, au contraire, percoivent une volonté de reprendre la main sur un dossier qu'elle estime - à tort ou à raison - mal orienté.

La convocation décisive

Dans les salles feutrées du Tribunal, la confrontation promet d'être explosive. Les enquêteurs attendent de connaître sa version des faits : silence, dénégations, aveux partiels ou reconstruction complète de la chronologie… Chaque mot pourra modifier la stratégie de la défense comme celle de l'accusation. A ses côtés, le co-accusé, lui aussi mis en examen, devra justifier, lui aussi, son rôle présumé dans la disparition et la mort de l'enfant.

En coulisses, les avocats s'affairent, les psychologues tentent de décrypter un profil hors norme, et l'opinion, décomposée, oscille entre empathie à l’endroit la mère adoptive et horreur face à l'hypothèse d'un fil conducteur criminel.

Prochaine étape : le jour de l'audience, où les versions s'affronteront sous les projecteurs. L'affaire Miguel n'en est qu'à son prologue, mais chacun pressent déjà que les révélations à venir secoueront durablement le pays.

Mea culpa

Le cas du co-accusé de la mère adoptive de Miguel mérite l'attention. Le concerné n'est autre qu'un voisin de quartier de la victime. Des témoins ont affirmé avoir entendu le suspect faire son mea culpa et surtout demander le pardon, les larmes aux yeux, devant le corps inanimé de l'enfant lors d'une veille funèbre. Il aurait affirmé ne pas savoir qui était la victime. Le concerné serait l'un des trois individus qu'une caméra de surveillance a pu filmer lors du transport du corps supposé de la victime dans une maison en chantier sise à quelques mètres de celle de la mère adoptive et du père de Miguel.

Gros cœur, hôpital psychiatrique....

Quelques mois auparavant, le 11 août 2025,  c'est une autre mère qui plonge dans l'horreur : Tricha, sa fille de 17 ans, connaît le même genre d'atrocité dans son domicile sis dans le quartier populaire de 67 Ha. Le corps de l'adolescente, qui n'était autre aussi que la fille de l'artiste Bemamy Beriziky, ou Fandrama de son nom de scène, fut retrouvé ligoté après un viol. La maman, Francine, peine à décrire l'inimaginable : « Ma fille était mon unique fierté, ma confidente (…) Aujourd'hui, je ne reconnais plus le monde et je n'ai plus confiance aux gens », confie-t-elle, la voix triste.

Bien qu'elle se trouve en ce moment à Toamasina, elle a toutefois accepté de s'épancher devant la Rédaction. C'est une femme amère, triste, traumatisée, et surtout sérieusement malade, du moins d'après ce qu'elle nous avait informé. « Ça ne va pas du tout ! Depuis ce drame, j'ai dû séjourner à l'hôpital psychiatrique, pendant un long mois. Et actuellement, je prends toujours différents médicaments à cause de ma cardiopathie. De plus, je souffre déjà traditionnellement du gros cœur », ajoute Francine.

Autre preuve que la disparition de sa fille a eu un impact très négatif sur son état de santé, la mère de famille dépend énormément de ses médicaments pour survivre. « Je ne pourrai plus jamais m'en passer car si je ne le fais pas, je serais également morte, depuis ».

Une fois, elle a essayé de sauter une prise de médicament, et elle est tombée immédiatement dans le coma. Ces temps-ci, elle a subi une série de crises cardiaques, pendant deux semaines. Récemment, elle a fait encore une chute.

Dans un climat d'inquiétude généralisée, ces deux affaires suscitent une vive émotion. Les habitants réclament davantage de sécurité et un engagement ferme des autorités pour mettre fin à ces actes de barbarie. Mais pour Felana et Marie, il n'existe aucune manière de guérir leurs plaies. Elles avancent, l'une au côté d'un prêtre, l'autre au rythme des séances de soutien psychologique, imposent de rappeler les morceaux d'une vie irrémédiablement bouleversée. Leur combat, c'est désormais celui de la mémoire : que Miguel et Tricha ne sombrent pas dans l'oubli.

Affaire Tricha

Lors de l'éclatement de la triste affaire Tricha, la Brigade criminelle (BC), sise à Anosy, a pris en main l'affaire. Bien que l'enquête ait été plus ou moins couronnée d'un succès depuis, du moins partiellement, il semble que la Police se réserve surtout de communiquer officiellement quoi que ce soit, sous prétexte de ne pas vouloir court-circuiter l'affaire. Si cette position de la Police est compréhensible à certains égards, elle aurait toutefois engendré des frustrations, aussi bien chez la famille de la victime que chez les médias locaux. Cette frustration est telle que la famille a dû récupérer le dossier de ce service de police pour qu'elle s'en remette ainsi à la Gendarmerie nationale. 

Franck R.

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Editorial

  • Opération délicate
    Le faux et l’usage de faux envahissent l’Administration, grand « A » s’il vous plaît, à savoir le domaine général qui englobe tous les secteurs d’activités de l’Etat ou de la République. Faux et usages de faux, du jargon populaire « fosika », faux diplômes ou certificats de fin d’étude gangrènent presque tous les Corps de métier de l’Administration entre autres les départements clés comme l’Enseignement supérieur, l’Education nationale, la Justice, la Régie financière, les Forces de défense et de la sécurité (FDS), etc. Les concours d’entrée dans l’administration publique sont infestés de faux dossiers. Des diplômes de Baccalauréat, de Licence, de Master I ou II se trouvent les plus menacés. Il y a eu même certains de faux diplômes de Doctorat !

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