Publié dans Politique

Hajo Andrianainarivelo - «  L'une des mesures phares pour Madagascar, c'est d'établir une bonne gouvernance ! »

Publié le lundi, 05 décembre 2022

De passage à Paris, l'ancien ministre et président du parti malgache MMM a évoqué sa préoccupation que les prochaines listes électorales en vue des présidentielles et autres élections de 2023 soient réalisées « dans les meilleures conditions possibles ». Il plaide aussi pour l'établissement d'une bonne gouvernance, mesure phare pour l'avenir du pays.

AfricaPresse.Paris (+) : Monsieur le président du MMM, le parti Malagasy Miara Miainga, vous faites étape à Paris en route pour Madagascar après un voyage au Panama, où vous avez participé au congrès de l'Internationale centriste. Quel message avez-vous voulu porter aux Latinos ?

Hajo Andrianainarivelo (=) : « En fait notre Parti MMM est membre de l'Internationale centriste. Le Comité Exécutif s'est donc déroulé au Panama pour prendre certaines résolutions sur les affaires nationales et internationales. Et Madagascar était représenté par notre parti. Parmi les points de discussions figuraient les élections dans le monde et plus particulièrement en Afrique. Nous y avons relaté les problèmes rencontrés aujourd'hui par Madagascar dans la préparation de l'élection présidentielle de 2023, qui devrait être une élection démocratique et inclusive, mais surtout une élection qui devrait renforcer la démocratie à Madagascar. »

(+) : Plus précisément… ?

(=) : « Nous avons demandé le soutien de l'Internationale centriste pour que la refonte de la liste électorale en cours à Madagascar se déroule dans les meilleures conditions possibles. À savoir, sur le plan technique, un logiciel audité par un organisme indépendant et, sur le plan juridique, que la loi électorale puisse répondre aux normes internationales et surtout aux recommandations faites par les partenaires techniques et financiers de Madagascar, ainsi que par l'ensemble des acteurs politiques du pays. Tout cela pour que l'on parvienne l'année prochaine à une élection sans contestation et, encore une fois, transparente et inclusive. »

(+) : Vous évoquez l'élection présidentielle de novembre 2023 ?

(=) : « Oui, l'élection présidentielle est prévue en novembre 2023, mais il y aura aussi les élections communales parce que les mandats des maires et des conseillers communaux arrivent à leur terme l'année prochaine. »

(+) : Quel est concrètement le problème des listes électorales à Madagascar ?

(=) : « La dernière refonte de la liste électorale remonte à 2012. Elle a été réalisée dans des conditions difficiles parce que nous étions en période de transition, donc sous sanctions de la communauté internationale. Aujourd'hui, nous pensons que cette refonte devrait s'aligner sur les normes internationales requises, mais surtout suivre l'évolution technologique, c'est-à-dire faire en sorte que l'on puisse avoir maintenant une base de données nationale, consultable par tout le monde, via Internet ou un autre moyen, et donc une liste électorale la plus transparente possible pour éviter ce qui est arrivé dans le passé : des oublis, des doublons, des noms fictifs… Notre parti MMM a donc proposé que dans un premier temps, l'on audite le logiciel et dans un deuxième temps, d'éditer des listes électorales alphanumériques, mais aussi d'y faire figurer la photo de chaque électeur. C'est faisable dans un pays où nous n'avons que 13 millions d'électeurs. Parce que vous savez aussi bien que moi que dans certains villages, beaucoup de gens ne savent encore ni lire ni écrire, mais reconnaîtront quand même le visage des gens. Donc sur le plan technologique, c'est faisable. Sur le plan juridique, des améliorations doivent être apportées à la loi électorale pour une réelle indépendance de la Commission Électorale Nationale Indépendante, comme entre autres le pouvoir de proposer la date des élections et un budget autonome. Le Gouvernement, de son côté, doit mettre en place selon les dispositions législatives l'ANRCM (l'Autorité Nationale de Régulation de la Communication Médiatisée).»

(+) : Dans la perspective de l'élection présidentielle, quelles sont les mesures phares que votre parti MMM préconise pour enfin commencer à sortir Madagascar de la grande pauvreté, voire de la misère que l'on connaît dans les provinces du Sud ?

(=) : « Je pense que l'une des mesures phares pour Madagascar, et qui englobera pas mal de choses, c'est d'établir une bonne gouvernance. Cette gouvernance est administrative, elle est économique, elle est dans la vie quotidienne… Depuis sa création, notre parti le MMM prône la décentralisation comme méthode de gouvernance. Et nous pensons qu'en appliquant cette méthode de gestion et de gouvernance, nous allons résoudre une grande partie des problèmes du pays - qui est immense, avec ses 587 000 km2, c'est quand même la troisième plus grande île au monde - et donnerons de l'espoir aux jeunes et à tous les intervenants, tous les acteurs du pays. Parce que la décentralisation vous permet de responsabiliser chacun à son niveau, quel que soit son statut. Et notre approche est précisément de responsabiliser chaque citoyen, chaque responsable malgache par rapport à l'avenir du pays : des Collectivités décentralisées à l'Administration centrale… Cela dit, les problèmes sont effectivement immenses, dans tous les domaines, mais il va falloir prioriser. Et nous pensons que la gouvernance est la première chose à améliorer. Cela inclut aussi tout ce qui est lutte contre la corruption, contre les trafics en tous genres, et donc une administration et justice indépendantes. Cela exige d'avoir une vision claire sur l'avenir des jeunes, sur le capital humain. La décentralisation devrait permettre à chacun d'avoir une responsabilité, que ce soit au niveau de l'éducation, des écoles et universités, des centres de santé de base et hôpitaux, parce que le capital humain est primordial pour l'avenir d'un pays. Il y a un millier de problèmes à résoudre, mais le plus important, c'est surtout cette volonté de vouloir changer les choses et de faire en sorte qu'il y ait une gouvernance moderne dans le pays, dans tous les domaines. L'objectif est de sortir de l'extrême pauvreté les 82% de Malgaches qui s'y trouvent aujourd'hui, selon les dernières statistiques. »

(+) : Qui soutient Madagascar dans ses efforts pour accéder au développement ?

(=) : « En fait, Madagascar est soutenue par tout le monde, il n'y a pas de doute à ce sujet. Mais c'est d'abord à nous, Malgaches, de penser l'avenir du pays de nos enfants. C'est à nous de prendre nos responsabilités et de faire en sorte que ce soutien apporté par les uns et les autres, qu'il soit conséquent ou pas, puisse être transformé en vrais projets de développement pour le peuple malgache. La responsabilité nous incombe de convaincre les partenaires de Madagascar à faire un peu plus par la suite. Mais si nous-mêmes à Madagascar, ne faisons pas cet effort, ce sera vain, même si l'on déverse des milliards de dollars sur Madagascar. Le travail doit être effectué par nous-mêmes. Et le message et le débat qu'on vous annonce ici, c'est de dire à nos amis à l'étranger, quels qu'ils soient, de continuer à aider Madagascar, de croire en Madagascar, même si c'est parfois compliqué pour eux, et surtout donc d'être vigilants sur le fait que cette aide puisse vraiment apporter le vrai développement et pérenniser la démocratie dans le pays. Mais encore une fois, c'est à nous, Malgaches, de prendre notre destin en main. Nos amis, on l'espère, seront toujours là pour appuyer cette démarche. »

(+) : Avez-vous une attente particulière vis-à-vis de la France ?

(=) : « Oui ! Que la France continue à croire à Madagascar et que la France tienne sa place dans la coopération avec notre pays. Une coopération que l'on espère privilégiée car nous sommes liés par une histoire commune. C'est comme une famille, et quoi que l'on en dise, l'essentiel, est que la famille reste unie, dans le succès comme dans les difficultés. Mais bien sûr, on espère que dans la coopération entre la France et Madagascar, ce sera toujours un succès. »

(+) : Serez-vous candidat à l'élection présidentielle de novembre 2023 ?

(=) : « C'est le congrès du MMM qui décidera du candidat qu'il va présenter ou soutenir »

(+) : Quand aura lieu le congrès ?

(=) : « Le congrès du parti aura lieu durant le premier semestre de l'année prochaine, mais c'est aussi au parti de décider de la date.»

 

Alfred MIGNOT, AfricaPresse.Paris (APP)

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Editorial

  • Du déjà entendu !
    Redite. Ibidem. Récidive. La communauté internationale revient à la charge avec quelques nuances près. Une subtile note qui sonne après tout en litanie ou refrain du déjà entendu et qui, passez-nous les termes, frise à certains égards l’arnaque !SEM Arnaud Guillois, l’ambassadeur de France, en résidence à Antananarivo, au cours d’une conférence de presse tenue ce lundi 23 janvier à la Résidence de France, devait s’étaler au moins sur deux sujets essentiels relatifs aux défis et enjeux de l’année en cours. En fait, sur les deux thèmes majeurs évoqués à savoir l’élection (présidentielle) et les îles Eparses, Arnaud Guillois annonçait la couleur concernant la position officielle affichée par le Quai d’Orsay.De l’élection, notamment présidentielle, qui se tiendra normalement au cours du dernier trimestre de l’année 2023, l’ambassadeur Arnaud Guillois a bien voulu émettre son avis qui devait, soulignons-le encore une fois, légitimement refléter la position officielle de la France dont…

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