Publié dans Dossier

Santé et droits reproductifs - La révolution de l’éducation sexuelle…

Publié le lundi, 28 septembre 2020

Auparavant considérée comme un sujet tabou, souvent pervers. L’éducation sexuelle commence à être reconnue comme une priorité pour éviter divers maux touchant les jeunes, dont la grossesse précoce. La plupart des projets et programmes de santé et droits sexuels et reproductifs (SDSR) en tiennent compte. L’éducation sexuelle couvre plusieurs aspects, que ce soit physique, émotionnel, social, éthique et autres, à inculquer aux enfants dès qu’ils ont atteint l’âge de 5 ans. La santé sexuelle est même intégrée dans les droits humains. Nous rapportons dans ce dossier la grande révolution de l’éducation sexuelle ces dernières années, y compris les activités entreprises. A cela s’ajoutent les témoignages des générations qui ont bénéficié d’une éducation sexuelle et de celles qui en étaient privées. Pour sa part, un expert en la matière délivre des conseils aux parents sur la manière d’aborder le sujet à la maison.


TEMOIGNAGES
Des générations en parlent

Un tabou pour certains, un sujet de discussion et de complicité pour d’autres. Bon nombre de personnes qui ont accepté de se livrer dans ce dossier n’ont pas bénéficié d’une éducation sexuelle chez eux. Ils se sont instruits à l’école, avec leurs camarades, dans les livres ou sur Internet. Certains ont quand même pu en jouir avec leurs parents, notamment leurs mères. Ils en témoignent…

Soleille R., journaliste culturelle

Etant fille unique, je n'avais vraiment de réelles explications sur les transformations que mon corps allait subir, ni sur ce que je devais faire ou pas. Je me rappelle juste des mises en garde de ma mère par rapport aux garçons. C'étaient plutôt les copines et mon professeur de sciences au collège qui m'apprenaient les choses essentielles. J'ai su, très jeune, comment on faisait les bébés, à la télé et dans les livres. J'aurais aimé que mes parents me fassent confiance et me disent directement que, une fois arrivée à un tel âge, je vais peut-être devenir sexuellement active et que je vais devoir me protéger. Au lieu de juste m'interdire tout rapport avec les hommes. A cause de leur réaction, je leur ai caché des choses. Entre interdire et expliquer les précautions à prendre, il y a un énorme gouffre. Je saurai au moins comment faire avec ma fille.

Rado Randrianandrasana, chef du projet « Système d’information »

Je n’ai pas vraiment reçu une éducation sexuelle à la maison. J’ai eu l’impression qu’à un certain moment où mon père s’est rendu compte que je commençais à fréquenter les filles, il s’est inquiété un peu. Le sexe a toujours été un sujet tabou chez nous, quoi qu’il ait quand même essayé. Un jour, quand on était rentré de l’école, il m’a juste prévenu sur le fait de pouvoir mettre enceinte une fille, etc. Mais en tout, j’avais beaucoup de questions en suspens. A part cela, j’ai tout découvert de par moi-même, à travers mes amis et mes lectures. Par conséquent, je n’ai pas de référence sur ce qui est normal ou pas, mais je pense que j’étais assez précoce sexuellement parlant, par curiosité et par avidité de curiosité sur « l’interdit ». Je ne dis pas que c’est la faute aux parents, j’aurais juste aimé avoir plus de confidence en matière de sexe…

Manohiarivony, journaliste

Personnellement, je fais partie de ceux qui n’ont pas été éduqués sur la reproduction par mes parents. Mon père partait souvent en mission, tandis que ma mère travaillait et s’occupait de nous en même temps. Au fil du temps, il y avait un problème de communication et un manque de complicité entre nous. C’est seulement en classe que j’ai étudié la reproduction. Maintenant que je suis une mère de famille, je me rends compte que l’éducation sexuelle doit être privilégiée à la maison et ce dès le plus jeune âge.

Huguen Ida, sportive

J’ai eu la chance d’être très proche de mes parents, et ce, sur tous les plans. Ma mère m’a tout inculqué depuis mon enfance, à l’exemple de l’hygiène intime, prendre soin de son corps, faire face à sa menstruation, etc. Mes parents sont au courant de tout sur moi, même jusqu’à maintenant. Ils connaissent où je vais, qui je fréquente et même ma décision d’avoir mon premier rapport sexuel. On parle de tout sans tabou mais avec un total respect. Maintenant que je suis une mère de famille, j’ai pris exemple sur mes parents et leur ouverture d’esprit. Ma fille de 10 ans me demande des conseils sur la gestion de l’hygiène menstruelle, tandis que mon fils de 5 ans me parle de son érection matinale en toute innocence. Leur père et moi n’hésitons pas à répondre à leurs questions, en tenant compte de leur âge et de ce qu’ils doivent savoir. Si j'ai un conseil à donner aux parents, c'est d'être ouverts aux enfants, être leurs amis, voire leurs confidents.

Hasi A., Slameuse et étudiante en psychologie

J’ai eu ma première éducation sexuelle à l’âge de 2-3 ans, quand j’ai commencé l’école. A l’époque, ma mère m’a appris que les filles avaient des foufounes, et les garçons des zizis. Elle me rappelait également tout le temps qu’il ne faut laisser personne me baisser la culotte ou me toucher dans cette partie. J’ai aussi découvert assez tôt l’existence des cycles menstruels par rapport aux gens de mon âge, vers 5 ans. On habitait dans une grande pièce et ma mère s’habillait souvent devant moi, et j’étais curieuse de savoir à quoi servait cette couche qu’elle enfile alors qu’elle est déjà une grande personne. L’éducation sexuelle plus sérieuse a commencé quand j’avais 11ans, en classe de 6ème. Elle a vérifié mon programme en S.V.T. Et en voyant le thème « puberté », elle m’a dit de la prévenir quand on finira d’aborder ce thème en classe. Donc, une fois qu’on a le cours, je le lui ai dit, et elle m’a demandé ce que je savais déjà (je ne connaissais que le cycle de 28 jours). Ainsi, elle m’a expliqué - plus ou moins - à quel moment on risque d’avoir des enfants si on a des rapports sexuels, et bien évidement elle me mettais en garde sur le fait que je dois garder ma virginité avant le mariage, et de faire attention aux garçons, sinon j’aurai des problèmes plus tard. Néanmoins, ces instructions m’ont aussi, d’autre part, empêché de partager mes premiers exploits sexuels avec ma mère, par peur d’être punie ou de la décevoir, parce que je n’ai pas fait attention à mon corps comme elle le souhaitait. Au lieu de lui demander conseil, j’ai dû faire appel à l’Internet quand j’en avais besoin.



Philémon Ndremana
« Des parents sollicitent des formations en éducation sexuelle… »
Expert en santé et développement des jeunes. Philémon Ndremana figure parmi les acteurs engagés dans la santé de la reproduction des adolescents depuis l’an 2000 ainsi que dans promotion de la santé et droits sexuels et reproductifs à Madagascar. Il fait d’ailleurs partie du réseau SDSR, récemment mis en place pour y arriver. Ce spécialiste de l’ONG Seed Madagascar nous livre quelques avancées et informations à retenir en matière d’éducation sexuelle, notamment l’implication des parents.
La Vérité (*) : La difficulté des parents à aborder la question de sexualité à leurs enfants sont-ils toujours valables de nos jours ?
Philémon Ndremana (=) : D’abord, je tiens à préciser que l’éducation sexuelle par les parents tient compte de diverses interférences de la société ainsi que de la culture, y compris les valeurs, les aspects et les tabous. Cependant, on a constaté une nette évolution en la matière ces 5 dernières années. Actuellement, ce sont les parents qui sollicitent les acteurs à leur dispenser des formations sur la communication et l’éducation sexuelle. L’ONG Seed Madagascar a mis en œuvre un programme d’éducation sexuelle pour les parents, précédée par une enquête à ce sujet.
(*) : A quoi consiste ce programme et dans quelles Régions est-il mis en œuvre ?
(=) : Quatre Régions sont classées comme pilotes dans la mise en œuvre de ce programme d’éducation sexuelle pour les parents, mené auprès des lycées. Il s’agit des Régions d’Analamanga, Boeny, Anosy et Androy. Concrètement, le programme vise à renforcer les compétences en communication parents-enfants, à alléger la réticence et les doutes et à instaurer la relation de confiance entre les deux parties. Au lieu d’insister sur le tabou, la prévention domine dans les séances. Les rôles des parents sont également mis en exergue, tout comme les droits humains, le genre et les normes sociales.
(*) : Comment les parents doivent-ils aborder l’éducation sexuelle à leurs enfants ?
(=) : Selon nos constats, les parents dans les côtes sont directs quand ils communiquent avec leurs enfants, contrairement à ceux des hauts plateaux qui semblent tourner autour du pot. Parler d’éducation sexuelle aux enfants ne se fait pas toujours d’une manière formelle. Cela peut se faire dans tous les contextes, en regardant un film ou des publicités à la télé ou encore à partir d’un cas social, à l’exemple de la grossesse d’un proche, le viol d’une voisine. La communauté, dont les tantes et oncles ou les grands-parents, peuvent également en parler aux enfants, sur demande des parents, puisque dans certains cas, c’est la communauté qui éduque l’enfant.
(*) : A partir de quel âge un enfant doit-il en bénéficier ?
(=) : L’éducation sexuelle peut se faire dès que l’enfant se pose des questions sur comment est-il sorti du ventre de sa mère. Ce besoin d’informations se constate à partir de 5 ans et jusqu’à 8 ans, la période de curiosité de l’enfant. A ce moment, les parents devraient l’inculquer la connaissance de son corps, l’hygiène corporel, etc. Entre 8 et 12 ans, le sentiment amoureux ainsi que la relation amicale et interpersonnelle de l’enfant grandissent. Les parents devraient en profiter pour renforcer la communication et devenir ses amis. Entre 12 et 15 ans, la menstruation, la puberté, les infections sexuellement transmissibles ou encore la prévention de la grossesse précoce devraient être discutées à la maison. Au-delà de 16 ans, les parents peuvent parler de tout à leurs enfants, d’autant plus que tous les aspects de la sexualité et la SDSR sont déjà traités au lycée. Bref, l’éducation sexuelle doit se faire par tranche d’âge.

Dossier réalisé par Patricia Ramavonirina


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Editorial

  • Avec ou sans … !
    L’absentéisme. C’est le mode opératoire opté des sénateurs de l’Opposition pour exprimer leur… colère. En effet, Thierry Raveloson, Andriamandavy Riana, Olga Ramalason et compagnie, les sénateurs HVM et TIM, boudent. Ils désertent les séances de la Session ordinaire (la dernière du genre) de leur institution. Un manquement flagrant envers le devoir sacré qu’ils sont censés assumer en tant qu’élus. Et ils sont payés pour ! En droit de leur réclamer des comptes, les contribuables suivent de près la situation. A moins que ces « têtes brûlées » du Palais de verre renoncent à toucher leurs indemnités et avantages divers. C’est à voir !Arrivé en fin de parcours, le mandat des sénateurs se termine mal pour ne pas dire en queue de poisson. En tout cas, les sénateurs de l’Opposition doivent s’attendre à une telle mésaventure. En 2018, au tout début de la campagne électorale, le candidat Rajoelina annonçait déjà la…

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