Un arbre peut en cacher un autre ! Une affaire peut en cacher une autre ! Une similitude simple, en apparence, mais reflète une réalité déconcertante. Dans la vie « sociétale » entre les arbres dans la grande forêt dite forêt vierge, il y a en fait « deux forêts » : la forêt des grands arbres et la forêt des petits arbres appelée aussi le sous-bois. La première, constituée de hauts bois où l’on peut rencontrer des essences à haute valeur ajoutée. La seconde, essentiellement composée des bois de petite taille. La relation entre ces deux types d’essence n’est pas si facile que ça ! La première cache la seconde. Les grands arbres et le sous-bois ont un point commun : le besoin des rayons solaires pour survivre. Et c’est une lutte permanente entre les deux. Quelle analogie, une grande affaire cache une autre ! En effet, sous l’ombre des grands arbres se cache le sous-bois.
Aujourd’hui, jeudi 31 juillet 2025. La date n’est pas anodine pour Madagascar Airlines. Elle marque la fin officielle du mandat de Thierry de Bailleul, directeur général de la compagnie depuis deux ans et demi. Si la reconduction de son contrat reste possible, aucune annonce n’a encore été faite, plongeant la compagnie dans une forme d’attente pesante. Le Conseil d’administration, dans un souci de continuité, a tenté de rassurer en mettant en avant les avancées du Plan Phénix 2030 dont la digitalisation progressive, le renforcement de la flotte d’ATR, le développement du hub d’Ivato et une gouvernance stable. Mais derrière cette communication maîtrisée, le flou domine.
L’affaire des cinq Boeing 777 continue de faire grand bruit à Madagascar. Dernier rebondissement, le Premier ministre Christian Ntsay a officiellement annoncé que l’Etat malgache sollicitait l’aide du FBI américain et d’Interpol pour mener l’enquête. L’objectif est de retrouver les personnes à l’origine de ce scandale qui ternit l’image du pays à l’international.
Ces avions, temporairement immatriculés à Madagascar, ont fini par atterrir en Iran après avoir transité par le Cambodge. Ce qui soulève de sérieuses suspicions de contournement des sanctions internationales. Une enquête interne a déjà été ouverte, et l’ancien ministre des Transports, Valéry Ramonjavelo, a été remercié par décret présidentiel pour « faute lourde ».
Face aux défis budgétaires, le maire de la Commune urbaine d'Antananarivo (CUA) a tenu à rassurer son personnel. Mme Harilala Ramanantsoa a reconnu que « les rentrées financières de la Commune ne sont pas encore au niveau attendu », soulignant qu'un effort considérable est nécessaire pour améliorer la collecte des recettes. Malgré cette situation, elle a affirmé avec conviction que le paiement du salaire des employés ainsi que le fonctionnement général des services administratifs ne sont pas menacés.
Un train peut en cacher un autre ! Le pays n‘est pas encore sorti de l’auberge. La triste affaire d’Ambohimalaza, qui a ébranlé les fauteuils de certains membres du Gouvernement, peine à faire tomber le rideau c’est-à-dire sans être concrètement et complètement effacée, et en voilà une autre qui vient vicier ou empoisonner l’atmosphère et secoue derechef le Gouvernement. Le temps est dur ! La Grande île traverse une zone de turbulence. De fortes secousses font tanguer le navire. Dans la précédente édition, nous avions dû déplorer que le pays, tel un grand bâtiment sans repères, va à la dérive et ce pour plusieurs cas qui sèment la panique.
Le couac survenu à Ambohimalaza met en lumière les carences de gestion de certains membres du Gouvernement. Leur incapacité voire incompétence à contourner une douloureuse affaire. Une affaire qui, au final, éclabousse l’Exécutif. Sous d’autres cieux, un couac de cette ampleur aurait suffi à pousser des hauts responsables incriminés vers la porte. La culture de la démission, en cas d’échec avéré, nous échappe encore. On s’agrippe ! On s’accroche !
Et voilà une autre « affaire » déroutante qui éclabousse le Gouvernement du moins un membre du Gouvernement. Le ministère des Transports pour être précis, le ministre de tutelle, se trouve dans l’œil du cyclone, de l’ouragan, dans « l’affaire des cinq Boeing 777 ». L’Aviation civile de Madagascar (ACM), l’autorité nationale compétente pour tous mouvements d’aéronefs à Madagasikara a délivré des certificats d’immatriculation provisoire et de navigabilité des 5 aéronefs et ceci dans le cadre de traitement de dossier de la société UDAAN. Dotés de cette immatriculation en 5R, les cinq aéronefs partaient en direction vers l’Iran. D’où l’éclatement de l’affaire sur la scène internationale en particulier du côté des Etats-Unis. L’Iran jusqu’à nouvel ordre sous la coupe d’embargo international ne peut engager aucune transaction internationale. Madagasikara est pris pour cible d’avoir violé la sanction internationale. Le mal est fait ! Le pot cassé ! L’heure est grave ! Quelles que soient les explications apportées par la partie malagasy, le Gouvernement se trouve dans une situation difficile sinon délicate. Les « deux lettres » apparemment contradictoires émanant d’une part du ministre des Transports et de la Météorologie en guise de demande d’explication adressée au DG de l’ACM et d’autre part, la réponse du DG de l’ACM à l’endroit de son supérieur hiérarchique, le ministre compliquent le cas. Selon certains observateurs, des têtes vont tomber. Par analogie des cas, le directeur de la veille sanitaire, de la surveillance épidémiologique et de la riposte auprès du ministère de la Santé publique saute de son poste. Le DG de l’ACM, le fusible tout donné, a bien signifié qu’il a agi sur « instruction » du ministre, son patron direct. Un Conseil des ministres s’est tenu hier pour trancher sur ce cas. La réunion a décidé de démettre le ministre des Transports.
Madagasikara risque gros dans cet imbroglio. A moins de faire preuve de transparence et de réagir avec des mesures adéquates, la Grande île pourrait bientôt faire face au pire. La communauté internationale n’est pas de nature ou du genre à se contenter des explications à la va- vite. Le locataire de la Maison Blanche non plus ne tolère point des écarts ayant lien avec la violation à des sanctions internationales auxquelles les USA tiennent beaucoup !
Ndrianaivo
A l’occasion de l’ouverture de la 8e édition de la semaine de l’industrialisation de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), organisée à Madagascar en marge du 45e sommet régional, le Président Andry Rajoelina a mis en lumière les progrès significatifs accomplis par la Grande île dans la voie de l’industrialisation et de la transformation agricole ainsi que la transition énergétique.
Le thème de cette édition, « Promouvoir l'industrialisation, la transformation agricole et la transition énergétique pour une SADC résiliente », illustre parfaitement les défis et ambitions partagés par les pays de la région. Pour Madagascar, ce sommet est l’occasion de réaffirmer son engagement à bâtir une économie compétitive et intégrée, fondée sur des secteurs clés capables de créer de la valeur ajoutée et de l’emploi.
Dans son allocution, le Chef de l’Etat a ainsi rappelé que la croissance économique ne peut être durable sans industrialisation et que celle-ci repose sur une production d’énergie fiable et abordable. « Il n’y a pas de croissance économique sans création d’emploi, et cette création d’emploi ne peut être effective sans industrialisation », a-t-il insisté.
Madagascar a ainsi lancé le programme « One District one Factory », qui a permis d’implanter 57 unités semi-industrielles à travers le pays. Ce dispositif vise à développer la transformation locale, à stimuler l’innovation et surtout à générer des emplois pour la population.
Par ailleurs, la transformation agricole constitue une priorité nationale. Grâce à la mécanisation et à l’accompagnement des agriculteurs, Madagascar ambitionne de tripler sa production rizicole, passant de 2,5 tonnes à près de 12 tonnes à l’hectare dans les prochaines années, un enjeu crucial dans la lutte contre la pauvreté.
Le Président Rajoelina a également mis l’accent sur la transition énergétique, indispensable pour soutenir l’essor industriel. Face au coût élevé de la production électrique actuellement dominée par le thermique (fuel), le pays accélère le développement des énergies renouvelables. La part des énergies propres dans le mix énergétique national a ainsi progressé de 16% en 2020 à 28% en 2024. Et un vaste plan d’installation de parcs solaires, avec une capacité de 100 mégawatts par an, est lancé pour atteindre 70% d’énergie propre d’ici 2028.
Ces avancées se traduisent déjà dans les chiffres. En effet, la valeur ajoutée manufacturière a crû de 5,2% ces dernières années, notamment dans le textile et les filières vertes, tandis que la mécanisation agricole a permis une hausse de 18% des rendements rizicoles.
Le Président Rajoelina a conclu son discours en affirmant que Madagascar est engagé dans une dynamique de transformation énergétique et industrielle qui profitera à l’ensemble de la population. Et lui d’appeler les partenaires régionaux à renforcer cette coopération pour une Afrique australe plus forte et résiliente.
Lalaina A.
La décision est tombée hier en début de soirée. Le ministre des Transports et de la Météorologie, Valéry Ramonjavelo a été démis de ses fonctions selon un décret signé par le Président Andry Rajoelina et le Premier ministre, Christian Ntsay. Cette abrogation intervient près de 72 heures après les révélations liées à l’octroi d’immatriculation provisoire pour cinq avions Boeing 777 qui ont pu atterrir en Iran. Un scandale qui a défrayé la chronique et qui a été relayé par les médias internationaux. Avant – hier, ce membre du Gouvernement s’est défendu au cours d’une conférence de presse en affirmant avoir été complètement « trompé » dans cette affaire. Par la suite, l’ouverture d’une plainte a été annoncée tout comme l’émission d’un avis de recherche contre deux opérateurs économiques qui seraient directement impliqués dans cette affaire.
Selon une source proche de la Présidence de la République, la décision d’immatriculation des avions n’a fait l’objet d’aucune concertation auprès des deux Chefs de l’Exécutif et a donc été prise de façon unilatérale par le ministère des Transports et de la Météorologie. En l’absence d’une telle consultation auprès des éminentes institutions, aucune autorité ni département ministériel n’a le pouvoir d’engager la responsabilité de l’Etat malagasy, d’autant plus qu’il est question d’engagement international qui risque d’avoir de lourdes conséquences pour l’image et la souveraineté de Madagascar.
A travers cette abrogation – la deuxième en deux semaines – le numéro un de l’Exécutif veut montrer l’exemple en appliquant la politique « tolérance zéro » dans la gestion des affaires nationales. Nommé lors d’un remaniement gouvernemental au mois de février 2023, l’ancien secrétaire général auprès de la Présidence aura occupé le poste de ministre pendant près de deux ans et demi. Le Premier ministre assurera l’intérim en attendant la nomination d’un nouveau titulaire au département du ministère des Transports et de la Météorologie.
Sandra R.
La semaine de l’industrialisation 2025 de la SADC, qui se tient présentement cette semaine au Novotel, a été l’occasion pour Madagascar d’afficher haut et fort son ambition industrielle. Tiana Rasamimanana, président du Syndicat des industries de Madagascar (SIM), a donné le ton dès l’ouverture : « L’industrialisation n’est pas un rêve, c’est une nécessité. Et c’est maintenant que ça se joue ». Devant une audience composée de représentants gouvernementaux, de diplomates et d’acteurs économiques venus des 15 pays membres de la SADC, son message a été clair : il faut en finir avec l’exportation de matières brutes et miser sur la transformation locale. Le Gouvernement malagasy, à travers la stratégie impulsée par le Président de la République Andry Rajoelina, a fait de l’industrialisation l’un des piliers de sa politique de développement. Mais le SIM insiste : l’Etat ne peut pas avancer seul. « Le secteur privé doit être un acteur central du changement, pendant que le secteur public joue le rôle de facilitateur », a rappelé Rasamimanana. Parmi les chantiers prioritaires évoqués : la mise en place de zones économiques spéciales, le soutien aux PME et startups locales, ou encore l’investissement dans des infrastructures partagées pour fluidifier les échanges entre les pays de la région.
Combat culturel
Mais l’enjeu va au-delà de la seule question industrielle. Pour le SIM, il s’agit aussi d’un combat culturel. « Il faut apprendre à aimer nos produits, à consommer local, pour faire vivre notre économie », martèle un industriel du secteur textile. Le label Malagasy ny Antsika veut ainsi redonner ses lettres de noblesse au vita gasy. En parallèle, le syndicat veut aussi impliquer les jeunes, à travers des initiatives d’éducation à l’entrepreneuriat et de sensibilisation à l’industrie. Cependant, tout n’est pas encore gagné. Le manque d’électricité, les coûts logistiques élevés ou encore la faible productivité restent des obstacles majeurs. « On a les idées, on a l’envie, mais il nous faut des moyens », résume une entrepreneure dans l’agroalimentaire. Malgré tout, l’optimisme reste de mise. L’intégration régionale via la ZLECAF ouvre de nouvelles perspectives, à condition que les gouvernements harmonisent leurs politiques et que les investisseurs suivent.
Cette semaine d’échange et de partage pourrait ainsi marquer un tournant. A condition, comme le dit si bien un participant, « de passer des discours aux machines qui tournent, des promesses aux produits sur les rayons ».
Depuis 2022, près de 18.000 enfants et adultes ont pu obtenir leur acte de naissance. Un engagement renouvelé en faveur de l'identité juridique pour tous a été scellé hier. A cet effet, la signature d'un nouveau protocole de coopération couvrant la période 2025-2026 a eu lieu entre la Commune urbaine d’Antananarivo (CUA) et l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Cette initiative ambitieuse vise à enregistrer 24.000 personnes supplémentaires à l'état civil, avec une attention particulière portée aux populations vulnérables. Elle s'inscrit directement dans le cadre de la cible 16.9 des Objectifs de développement durable (ODD), qui milite pour garantir une identité juridique pour chaque individu, incluant l'enregistrement des naissances.
Cela repose sur trois axes d'intervention stratégiques. Le premier axe met l'accent sur l'enregistrement rétroactif des naissances, une démarche cruciale pour permettre à des milliers de personnes dépourvues de documents officiels d'obtenir enfin un acte de naissance, indispensable à leur existence légale. Le deuxième volet de l'accord concerne la modernisation des guichets uniques, répartis dans les six Arrondissements de la capitale, un effort visant à simplifier et à rendre plus accessibles les services d'état civil pour tous les citoyens. Enfin, le troisième axe est dédié au renforcement des capacités au niveau des agents d'état civil, et ce à travers des formations spécialisées et la fourniture d'équipements informatiques adaptés, garantissant ainsi un service de qualité et efficace.
S’ouvrir aux perspectives
La première magistrate de la ville d’Antananarivo, Harilala Ramanantsoa, a réaffirmé avec conviction l’engagement indéfectible de la Commune à poursuivre ces actions vitales. « Nous réaffirmons haut et fort notre engagement pour cela », a-t-elle déclaré, en soulignant l'importance de cette mission, tout en saluant la mobilisation exemplaire de tous les acteurs de terrain. A l’approche de la Journée africaine de l’état civil, la mairesse a insisté sur un principe fondamental : « Aucun citoyen ne doit être privé d’une existence légale ». De son côté, le représentant de l’OIF à Madagascar a rappelé une réalité. « Cet accord est bien plus qu’une signature : il y a des vies et des droits fondamentaux derrière ces chiffres », a-t-il affirmé, en mettant l'accent sur l'impact humain de l'initiative. Il a tenu à marteler une vérité simple mais puissante : « un acte de naissance représente plus qu’un papier. Il change une vie ». L'OIF a par ailleurs exprimé l'espoir que cette initiative puisse servir de modèle et inspirer d'autres projets porteurs de transformation sociale à Madagascar, en Afrique et même au-delà.
Nikki Razaf